Une vente de la division Transport à Alstom, une transaction dans laquelle la Caisse de dépôt deviendrait actionnaire de la société française, est en discussion au conseil d’administration de Bombardier mercredi, a signalé à La Presse une source proche du dossier.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Cette information tend à confirmer une nouvelle diffusée par le réseau d’informations économiques français BFM : le conseil d’administration d’Alstom s’apprête à se réunir pour présenter une offre formelle pour l’acquisition de la division Transport de Bombardier, spécialisée dans le matériel ferroviaire. Cette offre donnerait une valeur d’un peu moins de 7 milliards de dollars américains à cette division. Toujours selon BFM, la part de Bombardier (70 %) serait achetée au comptant, tandis que celle de la Caisse (30 %) serait convertie en actions d’Alstom — dont la Caisse deviendrait ainsi l’un des plus importants actionnaires.

Le quotidien économique allemand Handelsblatt affirmait pour sa part mercredi qu'Alstom va racheter l’activité ferroviaire de Bombardier pour sept milliards d’euros (10,1 milliards CAN), se basant sur des sources industrielles.

L'action de Bombardier a terminé la journée de mercredi en hausse de plus de 10,5 % à la Bourse de Toronto, à 1,57 $.

L’analyste Benoit Poirier, de Desjardins, juge « élevé » le prix annoncé d’environ 7 milliards de dollars. Il évalue lui-même la division Transport à 4,9 milliards, ce qui laisserait environ 2,5 milliards à Bombardier. La part de la Caisse est assortie d’un rendement annuel minimum garanti de 15 %, ce qui place sa valeur à environ 2,4 milliards à l’heure actuelle.

La partie ne serait pas gagnée, rappelle toutefois M. Poirier. « Nous prévoyons que la fusion ferait face à un examen important des autorités antimonopolistiques, ce qui pourrait en retarder la conclusion », écrit-il. L’Union européenne a rejeté l’an dernier un projet de fusion entre Alstom et Siemens, dont la taille est similaire à celle de Bombardier Transport.

Le conseil d’administration de Bombardier est réuni mercredi et doit procéder à une annonce de façon imminente. La société dévoilera ses résultats financiers jeudi.

L’annonce à venir sera « positive » pour le Québec, soutient le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

À son arrivée à la réunion du caucus caquiste mercredi, il a dit avoir « toute l’information » à ce sujet, mais qu’il n’est « pas à l’aise d’en parler » pour le moment. Il laisse à Bombardier le soin de faire l’annonce d’abord et fera une sortie par la suite. Il commentera jeudi.

« Je pense que c’est positif », s’est-il limité à dire. Au sujet du maintien des emplois, « on va avoir des bonnes nouvelles sur ça ».

La semaine dernière, le ministre Fitzgibbon disait que Bombardier ne peut conserver ses deux principales divisions en raison de sa lourde dette à rembourser (9 milliards US). Elle devra donc se départir soit des trains, soit des avions d’affaires, disait-il. Dans les derniers jours, on a fait état de discussions de Bombardier avec Alstom, à propos de la division Transport, et avec le géant américain Textron, en vue de la vente de sa division d’avions d’affaires.

Mais si l’on se fie aux déclarations du premier ministre François Legault, les avions d’affaires ne seraient pas concernés dans les discussions en cours. Il a précisé qu’il y a « deux débats actuellement », l’un concernant l’A220 et l’autre « sur la question de la division Transport ». La Caisse de dépôt a une participation de 30 % dans cette dernière.

Le gouvernement a déjà signifié qu’il n’a pas l’intention d’investir davantage dans le programme de l’A220 — connu précédemment sous le nom de C Series et sur lequel Airbus a mis la main. Il veut surtout protéger son investissement de 1 milliard US qui risque toutefois d’être dévalué, ou alors sa participation de 16 % risque d’être diluée. On peut s’attendre à ce que Airbus contribue au financement du programme. M.  Fitzgibbon n’a voulu ni confirmer ni infirmer que le gouvernement injecte des fonds dans Bombardier autrement.

- Avec la collaboration d’Hugo Pilon-Larose et l'Agence France-Presse