Une multinationale indienne a choisi Montréal pour faire des effets visuels… sur des films de Bollywood, en Inde, ainsi qu’en Chine.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Prime Focus, une multinationale inscrite à la Bourse de Bombay, envisage de créer plusieurs centaines d’emplois dans son nouveau studio de Montréal pour sa filiale ReDefine, qui se spécialise dans les effets visuels de films à Bollywood et en Chine. L’autre filiale de Prime Focus, DNEG, est déjà l’un des studios d’effets visuels les plus importants à Montréal avec 600 employés.

ReDefine souhaite que son studio de Montréal fasse « le pont » entre la technologie des effets visuels en Amérique du Nord et les besoins grandissants en effets visuels des films à Bollywood et en Chine. « Nous croyons que Montréal doit devenir un centre stratégique [vocal point] [pour ReDefine]. Nous pensons que Montréal sera un beau pont entre l’Ouest [l’Amérique du Nord et l’Europe] et l’Est [l’Asie]. Nous voulons offrir à nos clients indiens et de l’Asie le meilleur service possible d’effets visuels et d'animation», a dit en entrevue Namit Malhotra, PDG de DNEG et cofondateur de Prime Focus, la société mère de DNEG et ReDefine.

PHOTO FOURNIE PAR PRIME FOCUS

Namit Malhotra, PDG de DNEG et cofondateur Prime Focus, la société mère de DNEG et ReDefine

Le studio montréalais de ReDefine compte déjà 75 employés après quelques mois d’activités. Le plan est d’ajouter « plusieurs centaines » d’employés au cours des prochaines années, principalement pour travailler sur des mandats d’effets visuels pour des films de Bollywood, en Inde, et des films en Chine. La vitesse de la croissance de ReDefine Montréal dépendra de son carnet de commandes.

Pourquoi avoir choisi Montréal pour des effets visuels sur des films en Inde et en Chine ? « Le monde est devenu un endroit beaucoup plus petit, dit Namit Malhotra. [L’industrie des effets visuels à] Montréal connaît une croissance, la créativité et le talent sont aussi bons que n’importe quelle ville à travers le monde, et la ville est enthousiaste de jouer sur la scène mondiale. »

C’est impressionnant de voir à quel point le Grand Montréal est devenu un centre de renommée mondiale en effets visuels et en animation. Et il y a un facteur qui explique la popularité de la métropole auprès des studios comme ReDefine. C’est le talent qui fait la différence.

Stéphane Paquet, PDG de Montréal International, l’organisme qui a aidé ReDefine à choisir de s’installer à Montréal

L’arrivée de ReDefine permet à Montréal de mettre un pied dans l’industrie du cinéma à Bollywood et en Chine, qui se développe aussi de façon importante. Bollywood et la Chine produisent de plus en plus de films d’action, qui nécessitent des quantités importantes d’effets visuels. Et les deux pays veulent rivaliser avec la qualité des blockbusters d’Hollywood. « Le marché [de l’Inde et de la Chine] évolue rapidement, dit Namit Malhotra. Nous voulons offrir la meilleure technologie et les effets visuels les plus créatifs à nos clients en Inde et en Chine. »

Les quatre premiers mandats de ReDefine Montréal : Brahmastra, un film indien de superhéros, 83, un film indien sur la victoire de l’Inde à la Coupe du monde de cricket de 1983, le film chinois Detective Chinatown 3 (le film précédent de la série a généré des revenus de 544 millions US au box-office) et Kung Fury 2, un film mettant en vedette Michael Fassbender et Arnold Schwarzenegger.

Croissance importante en effets visuels à Montréal

L’industrie québécoise des effets visuels connaît une croissance vertigineuse depuis quelques années. De 2017 à 2019, elle est passée de 3000 à 5000 travailleurs. Le chiffre d’affaires des studios établis au Québec est passé de 262 millions en 2017 à 622 millions en 2019, selon les chiffres du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec.

Le gouvernement du Québec offre un crédit d’impôt de 36 % sur les dépenses en effets visuels effectuées au Québec (ce qui paie en pratique 36 % des salaires des employés en effets visuels).Tous les studios d’effets visuels au Québec bénéficient de ce crédit d’impôt.

À l’échelle mondiale, ReDefine a 1000 employés dans ses studios en Inde, à Londres et à Montréal (75 employés). ReDefine est une filiale de DNEG (anciennement Double Negative), qui est la propriété de Prime Focus, une société inscrite à la Bourse de Bombay (Mumbai) valant environ 225 millions CAN en capitalisation boursière. Prime Focus a fusionné avec le studio britannique Double Negative en 2014.

Les cinq plus importants studios d’effets visuels au Québec

1) MPC/Technicolor (1600 employés) : le géant français Technicolor est l’entreprise la plus importante au Québec en effets visuels et en animation : il a quatre studios (MPC, Mr. X, Mill Film, Mikros). À lui seul, il représente environ le tiers de l’industrie québécoise des effets visuels. Parmi leurs derniers mandats, les studios de Technicolor ont travaillé sur 1917 (gagnant d’un BAFTA pour les meilleurs effets visuels) et The Call of the Wild.

2) Framestore (700 employés) : l’entreprise britannique est arrivée à Montréal en 2013. Framestore Montréal a remporté deux Oscars pour les meilleurs effets visuels, pour Gravity (2013) et Blade Runner 2049 (2017). Son prochain projet d’envergure : Mulan, le film de Disney.

3) Rodeo FX (675 employés) : il s’agit de la seule entreprise à propriété québécoise dans le top 5. Elle a été fondée en 2006 par Sébastien Moreau, qui a fait ses classes à Hollywood chez Industrial Light & Magic (ILM), la boîte d’effets visuels fondée par George Lucas. De 2013 à aujourd’hui, Rodeo FX est passée de 100 à 675 employés (à Montréal et à Québec). Parmi ses mandats : les séries télé Game of Thrones et Stranger Things, ainsi que les films It Chapter Two et Star Wars : The Last Jedi.

4) DNEG (600 employés) : propriété de Prime Focus, une entreprise inscrite à la Bourse de Bombay, en Inde, DNEG est arrivée à Montréal au début de l’année 2018. Le studio montréalais de DNEG travaille actuellement sur le prochain film de James Bond (No Time to Die) et Dune, le prochain film du réalisateur québécois Denis Villeneuve.

5) Cinesite (500 employés) : cette multinationale britannique s’est installée à Montréal en 2014. Le studio montréalais de Cinesite a travaillé récemment sur le film Rocketman et a fait des effets visuels pour le prochain film de James Bond (No Time to Die).