La grève des employés de Swissport chargés du ravitaillement des avions aux aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel a été déclenchée, à 11 h mardi, à la veille du Nouvel An.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Les syndiqués de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA) font du piquetage aux aéroports. « On attend maintenant un appel de l’entreprise », a réagi en début d’après-midi au téléphone Michel Richer, représentant de l’AIMTA au bureau canadien.

En tout, une centaine de personnes, ravitailleurs d’aéronefs, mécaniciens aux installations de stockage de carburant, répartiteurs, employés-entretien ravitaillement et mécaniciens, sont en grève.

Les négociations ont achoppé sur les questions financières, a précisé M. Richer, qui a dit que le comité de négociation était prêt à revenir à la table.

« Je suis déçue que les parties n’aient pas été en mesure de résoudre leurs différends et je les exhorte à poursuivre leurs efforts pour parvenir à une entente négociée », a déclaré la ministre du Travail Filomena Tassi par voie de communiqué mardi soir.

Le gouvernement du Canada soutient le processus de négociation de convention collective et y croit. Le Service fédéral de médiation et de conciliation travaille en étroite collaboration avec les parties depuis le mois d’octobre pour les aider à conclure une entente et demeurera disponible.

Filomena Tassi, ministre du Travail

Swissport Canada est le seul fournisseur de carburant des compagnies aériennes aux deux aéroports. Si l’entreprise a voulu rassurer les voyageurs et clients, Aéroports de Montréal a invité les gens à valider l’état de leur vol, précisant que « le conflit pourrait occasionner des délais dans les horaires de vol ».

En fin d’après-midi, Swissport estimait que les activités de ravitaillement se déroulaient sans délai.

Entente rejetée

Vendredi dernier, les syndiqués avaient rejeté l’entente de principe conclue entre Swissport Canada et le syndicat juste avant Noël, dans une proportion de 90 %.

À la suite de ce rejet, Swissport Canada a déposé une requête auprès du Conseil canadien des relations industrielles « pour défaut de négocier de bonne foi », en demandant la suspension du droit de grève. Dans un communiqué envoyé en début d’après-midi, l’entreprise a expliqué que le syndicat s’était engagé à recommander l’entente unanimement à ses membres.

Swissport estime aussi que l’AIMTA lui a transmis des nouvelles demandes plus élevées.

Le Conseil a jugé que certains agissements constituaient une preuve qu’« à première vue », le syndicat « n’a pas rempli son obligation » de faire tout effort raisonnable pour conclure une convention collective, sans vouloir pour autant suspendre le droit de grève avant que le mérite de la plainte soit examiné et une décision rendue.

Par contre, il a ordonné au syndicat de retirer ses demandes transmises le 29 décembre et de « reprendre immédiatement les négociations à partir de l’entente intervenue entre les parties le 21 décembre 2019 ».

Le syndicat a indiqué au Conseil des relations industrielles avoir recommandé l’acceptation de l’offre patronale à ses membres. Les membres ont rejeté l’offre en estimant que « Swissport était capable de faire mieux », a expliqué M. Richer plus tôt en journée.

Des commentaires de représentants avant le vote, laissant penser que l’entente n’était pas acceptable, ont cependant laissé la vice-présidente du Conseil, Louise Fecteau, « perplexe ».

L’AIMTA a de son côté accusé Swissport d’avoir l’intention « d’avoir recours à des briseurs de grève pour réaliser le travail ». L’entreprise avait dit avoir un plan de contingence lui permettant d’assurer les activités, avec des équipes formées prêtes à prendre la relève des syndiqués. Elle a indiqué mardi après-midi continuer ses activités avec des ressources « compétentes et formées en place pour continuer les services de ravitaillement dans le respect de la réglementation fédérale ».

Le secteur des services de transports aériens tombe sous le Code canadien du travail, qui interdit l’utilisation de travailleurs hors de l’unité de négociation pendant une grève « dans le but établi de miner la capacité de représentation d’un syndicat plutôt que pour atteindre des objectifs légitimes de négociation ».

Dans un communiqué, Aéroports de Montréal s’est désolé « que les passagers de YUL Aéroport international Montréal-Trudeau se retrouvent malgré eux au cœur du conflit de travail opposant Swissport Fuelling à ses employés responsables du ravitaillement des aéronefs ». La société a assuré que son « centre de coordination des opérations de YUL est activé et une vigie 24 heures sur 24 est maintenue. La sûreté aéroportuaire et le SPVM ont déployé des mesures afin d’assurer la sécurité et la continuité des opérations », a précisé le communiqué.

L’AIMTA avait indiqué vendredi que les employés avaient jugé « le contenu de l’offre insuffisante ». Dans un communiqué, Swissport Canada s’était dit « surpris et déçu » des résultats du vote, estimant avoir « rencontré la grande majorité des demandes du syndicat ».

Le dernier contrat de travail des syndiqués a expiré en août dernier. Les salaires et la conciliation travail-famille sont au cœur des principaux points en litige.