(New York) Un peu plus de 10 ans après avoir cofondé Uber, son ancien patron Travis Kalanick a annoncé mardi sa démission du conseil d’administration de l’entreprise à compter du 31 décembre, coupant le dernier lien qui l’unissait au spécialiste de la réservation de voitures avec chauffeur.

Agence France-Presse

Accusé d’avoir encouragé des pratiques managériales douteuses et brutales, sur fond de sexisme et de harcèlement au travail, M. Kalanick avait déjà dû abandonner son rôle de directeur général du groupe en juin 2017.

« Uber a fait partie de ma vie ces 10 dernières années. Alors que la décennie s’achève, cela m’a semblé être le bon moment pour moi de me concentrer sur mes activités actuelles et mes initiatives philanthropiques », s’est justifié M. Kalanick, 43 ans, dans un communiqué.

En mars 2018, M. Kalanick avait annoncé la création d’un fonds d’investissement destiné à financer des projets à but lucratif et non lucratif.

Baptisé « 10 100 » (« ten-one-hundred »), ce fonds a vocation à investir dans les secteurs de l’immobilier, du commerce en ligne et dans des projets innovants en Chine et en Inde.

Des projets à but non lucratif sont également portés par ce fonds, dans les domaines de l’éducation et de l’avenir des villes.

Parmi ses dernières initiatives, M. Kalanick a notamment lancé CloudKitchens, une jeune entreprise spécialisée dans la location d’espaces dédiés à la livraison de repas.

Mise en retrait

Mardi, M. Kalanick s’est dit « fier de tout ce qu’Uber a accompli ». « Je continuerai à encourager son avenir depuis le banc de touche », a-t-il assuré.

Signe que l’ancien patron voulait prendre ses distances avec Uber, des documents déposés auprès du gendarme américain de la Bourse ont montré qu’il avait vendu, depuis début novembre, une grande partie de ses actions de l’entreprise.

La valeur totale des parts de M. Kalanick au sein de l’entreprise n’est pas connue, mais selon les documents publics les plus récents, elle pourrait s’élever à 2,5 milliards de dollars.

Uber n’a pas précisé qui remplacerait M. Kalanick au sein du conseil d’administration, dont il était le président. « Nous aurons des candidats solides à proposer au moment opportun », s’est contenté d’indiquer un porte-parole de l’entreprise.

Dara Khosrowsahi, qui a pris les rênes d’Uber en 2017, s’est dit « extrêmement reconnaissant envers la vision et la ténacité dont a fait preuve Travis pour bâtir Uber et pour son expertise en tant que membre du conseil d’administration. »

Déboires à Wall Street

C’est en décembre 2008, par une soirée enneigée à Paris et alors qu’ils n’arrivaient pas à trouver un taxi, que Travis Kalanick et Garrett Camp avaient eu l’idée d’une application mettant chauffeurs et clients en relation.

En juillet 2010, UberCab -raccourci en Uber en octobre- mettait en contact son premier passager avec un chauffeur à San Francisco, avant de se lancer à Paris l’année suivante, puis dans le reste du monde.

Mardi, Ron Sugar, le président indépendant du conseil d’administration, a remercié Travis Kalanick « pour ses services en tant que directeur au conseil d’administration », soulignant son « expertise unique » qui a transformé la jeune pousse Uber en une entreprise planétaire.

La plateforme Uber comptait 101 millions d’utilisateurs actifs mensuels (+26 %) au troisième trimestre 2019 et a réalisé 1,77 milliard de courses sur la période juillet-septembre, soit 31 % de plus qu’il y a un an.

Mais elle peine à convaincre le marché qu’elle peut parvenir à la rentabilité depuis son entrée chaotique en Bourse début mai.