Le gouvernement Legault se dit « préoccupé » par la nouvelle alliance entre le Groupe CH et Live Nation.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Le géant américain du divertissement Live Nation est devenu actionnaire à 49 % d’une nouvelle coentreprise qui abritera toutes les activités de production de spectacles du Groupe CH (evenko et L’Équipe Spectra). Cette nouvelle entité, qui s’occupera de la gestion d’artistes ainsi que de la production de spectacles au Québec et dans les Maritimes, reste détenue à 51 % par le Groupe CH.

« Nous sommes bien sûr préoccupés par la vente d’une entreprise québécoise à des intérêts américains. Nous allons donc suivre ce dossier avec attention », a indiqué par courriel le cabinet de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Nathalie Roy, qui rencontrera les dirigeants de la nouvelle coentreprise après la période des Fêtes.

À ce stade-ci, il est prématuré de commenter cette transaction et de s’avancer sur les questions de soutien financier ainsi que sur les impacts de cette transaction pour l’écosystème de la musique et du spectacle.

Le cabinet de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Nathalie Roy

« Les détails de cette nouvelle entité ne sont pas connus et devront être analysés en ce qui concerne l’admissibilité à nos programmes de subvention et aux mesures fiscales », a indiqué le cabinet de la ministre Roy.

Pas besoin de l’approbation du Bureau de la concurrence

Live Nation, une entreprise qui vaut 15 milliards US à la Bourse de New York, est de loin le plus important producteur de spectacles du monde. Pour ses spectacles d’artistes internationaux, le géant américain travaillait déjà de façon étroite avec le Groupe CH, qui agissait comme promoteur local de ses spectacles à Montréal. Depuis juin, le Groupe CH a changé son service de billetterie pour passer à Ticketmaster, qui appartient à Live Nation.

La transaction, dont les détails financiers n’ont pas été dévoilés, n’aura pas besoin de l’approbation du Bureau de la concurrence du Canada, selon le Groupe CH.

De la façon dont la transaction a été conçue, elle n’a pas à être approuvée par le Bureau de la concurrence, mais nous avons avisé le Bureau de la concurrence de la transaction et nous allons collaborer avec eux.

Paul Wilson, vice-président des communications du Groupe CH

Citant la confidentialité de ses activités, le Bureau de la concurrence n’a pas voulu confirmer vendredi s’il comptait examiner la transaction Groupe CH-Live Nation.

Le professeur en droit de la concurrence Pierre Larouche prévoit que le Bureau de la concurrence ne trouvera rien à redire à cette transaction. Soit, le Groupe CH est très présent sur la scène montréalaise des spectacles. Et Live Nation est un géant mondial qui possède un statut inégalé dans l’industrie (il vend quatre fois plus de billets de concert que son plus proche concurrent à l’échelle mondiale, AEG).

« La question à se poser, c’est : est-ce que l’acquisition change quelque chose dans l’état actuel du marché ? Dans cette transaction, evenko se rapproche de Live Nation qui lui fournissait déjà des artistes internationaux. En général, il n’y a pas de problème concurrentiel avec ces transactions-là, dit Pierre Larouche, professeur en droit de la concurrence à l’Université de Montréal. La transaction a été structurée de façon assez intelligente, car evenko s’assure de garder le contrôle [de la coentreprise] pour ne pas se priver d’avoir droit aux subventions. »

Concurrence

Les deux seuls scénarios où un voyant rouge pourrait s’allumer au Bureau de la concurrence : si la transaction empêchait un concurrent du Groupe CH de faire des affaires avec les clients de Live Nation, ou si le Groupe CH ne pouvait pas faire affaire avec d’autres promoteurs internationaux que Live Nation. Rien n’indique que ce soit le cas. « Ils se tireraient dans le pied s’ils faisaient ça. Dans la mesure où il y a de l’argent à faire, ils vont continuer à le faire », dit le professeur Pierre Larouche.

Live Nation est connue des autorités réglementaires de la concurrence aux États-Unis. L’entreprise a conclu jeudi une entente de principe avec le département américain de la Justice, qui enquêtait sur des allégations quant au fait que Live Nation aurait forcé des salles de concert à utiliser son service de billetterie Ticketmaster. Live Nation et Ticketmaster ont fusionné en 2010, mais cette fusion a été assujettie à une entente visant à éviter des pratiques anticoncurrentielles de la part de Live Nation.

L’Union des artistes et l’ADISQ n’ont pas rappelé La Presse vendredi. Le ministre fédéral du Patrimoine canadien Steven Guilbeault n’a pas commenté le dossier.