Avec l’arrivée massive de fromages européens dans les comptoirs des supermarchés et des boutiques spécialisées, la Fromagerie Perron a décidé de défier la concurrence et de passer à l’offensive en lançant cette semaine une nouvelle gamme de cheddars millésimés, vieillis six ans. Selon l’entreprise, il s’agirait d’une première au pays.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« C’est sûr qu’avec la venue des fromages européens, pour nous, c’est important de faire un fromage qui nous démarque, qui est inimitable », a expliqué Marc Landry, vice-président agroalimentaire, secteur des fromages chez Nutrinor, la coopérative propriétaire de la Fromagerie Perron, au cours d’un entretien téléphonique, mardi. « Étant donné qu’on a une bonne notoriété, il faut mettre l’emphase là-dessus pour faire face à la compétition, en proposant des nouvelles gammes, poursuit-il. Il faut montrer aux gens qu’on est encore l’un des meilleurs cheddars au Canada, même s’il y a d’autres cheddars qui s’en viennent. »

Ainsi, à l’instar des vins et des alcools forts, le nouveau produit sera vendu dans un emballage où l’on indique clairement son année de production, et non la période de temps pendant laquelle il a vieilli. Le nouveau fromage, livré cette semaine sur les tablettes, s’appelle Millésime 2013.

Ce lot de cheddar est offert en quantité limitée, puisqu’il y a six ans, on n’en avait produit que 2000 kg.

Chaque mois, on fait le classement de nos fromages et on les fait vieillir en fonction du goût, de la texture.

Marc Landry

Celui choisi en 2013 s’est particulièrement démarqué.

« Pour faire partie des grands cheddars, ça prend au moins un minimum de six ans de vieillissement », ajoute-t-il. Présenté comme un produit de luxe, il sera vendu un peu plus de 10 $ pour 170 grammes. Il sera offert cette semaine dans les régions de Montréal, de Québec et du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Par comparaison, Perron vend son cheddar vieilli deux ans et quatre ans entre 7 $ et 9 $, en moyenne. Un Millésime 2014 est déjà prévu pour 2020.

Raz-de-marée européen

Rappelons que l’Accord économique et commercial global (AECG) signé entre le Canada et l’Union européenne, il y a un peu plus de deux ans, permet cette année à quelque 8000 tonnes de fromages fins produits sur le Vieux Continent de se tailler une place dans les comptoirs des épiceries fines et des grandes surfaces du pays.

Du côté de la Fromagerie Perron, on admet ressentir les effets de cette concurrence. « Oui, on le ressent, avoue Marc Landry. Je vois déjà des cheddars vieillis qui arrivent à gauche et à droite. Présentement, je ne suis pas affecté dans mes fromages vieillis, mais j’appréhende [la compétition]. De l’emmental, par contre, on en voit beaucoup plus. Je fais du suisse, un peu d’emmental. J’ai vu mes volumes affectés dans ces catégories-là. »

À son usine de Saint-Prime, au Saguenay–Lac Saint-Jean, la Fromagerie Perron produit entre 1,8 et 2 millions de kilogrammes de fromages (tous types confondus) par année. L’entreprise commercialise notamment du cheddar frais, vieilli, du suisse, de l’emmental et même de la mozzarella.