La jeune entreprise Sonder, qui se présente comme une chaîne hôtelière nouveau genre, vient de se réserver des locaux au centre-ville en vue d’y établir son siège social canadien, a appris La Presse.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Avant de crier victoire, Montréal devra toutefois coiffer Toronto et Vancouver au fil d’arrivée, car la vedette montante fait grimper les enchères auprès des gouvernements, à la façon d’Amazon. Mais Montréal est mieux positionné cette fois, selon nos informations.

En attente d’un coup de pouce financier du gouvernement, la société fondée ici par des étudiants de McGill avant de déménager à San Francisco zyeute le 425, avenue Viger Ouest pour y installer son second siège social. Au cabinet du ministre provincial de l’Économie, on se refuse à tout commentaire.

Sonder vaut plus de 1 milliard US, ce qui fait d’elle une licorne, une appellation prestigieuse dans le monde des jeunes pousses technologiques.

Ses revenus atteignent 400 millions US en 2019, avance l’entreprise.

À la différence d’Airbnb, Sonder est responsable des appartements qu’elle offre en location à court terme. Elle se présente comme une chaîne hôtelière et offre à ses clients de faire le ménage et propose un service de conciergerie. Elle loue des étages entiers ou encore l’immeuble complet. Sonder offre 8500 unités en location dans 20 villes.

Moins controversée que son concurrent Airbnb, Sonder n’est pas sans déranger. L’arrondissement de Ville-Marie a d’ailleurs adopté un règlement en septembre pour exiger des hôtels un bureau de réception physique ouvert en tout temps dans le but de barrer la route à Sonder, qui offre un service de réception numérique. Pour les opposants à la location à court terme, Sonder contribue, tout autant qu’Airbnb, au retrait de logements du parc locatif montréalais.

Un projet costaud

Selon nos informations, Sonder a signé un contrat conditionnel de location pour deux étages au 425, avenue Viger Ouest, la même adresse où déménagera Google en 2020. Cette dernière dispose d’ailleurs d’un droit de premier refus sur les bureaux que convoite Sonder dans l’immeuble appartenant au fonds de placement immobilier Allied de Toronto. Le locataire est représenté par le courtier Devencore, qui a un mandat pancanadien, précise-t-on dans l’industrie.

À Montréal, les deux niveaux du 425, avenue Viger Ouest font 25 000 pieds carrés chacun. Deux niveaux de cette superficie peuvent accueillir de 300 à 400 travailleurs. D’après ce qu’on sait, Sonder cherche à occuper les locaux au plus tard en septembre prochain.

Sonder emploie actuellement 140 personnes à Montréal, certains en télétravail et d’autres au 15, rue Marie-Anne Ouest.

Le projet de siège social canadien est costaud.

On parle de plus de 500 emplois, voire 800 emplois, d’ici trois ans. Des emplois de qualité : des ingénieurs informatiques, des programmeurs, des experts en finance et en gestion.

Sonder soutient qu’elle n’a pas encore fait son choix. « Notre PDG et cofondateur Francis Davidson a annoncé récemment le plan de l’entreprise d’ouvrir un second siège social, et souligné l’intérêt pour le Québec comme destination potentielle, a fait savoir la principale intéressée dans un courriel. Cependant, plusieurs facteurs doivent être pris en considération et aucune décision n’a été prise à ce stade-ci. Nous espérons l’annoncer dans les prochains mois. » Allied et Devencore n’ont pas voulu commenter la nouvelle non plus.

Le gouvernement Legault sollicité

Il n’est pas exclu que Sonder ait conclu d’autres ententes conditionnelles ailleurs au pays, comprend-on. « On espère juste que les gouvernements vont se mettre à table pour réussir à les attirer à Montréal, dit un professionnel de l’immobilier qui a demandé la confidentialité pour ne pas nuire à ses affaires. En ce moment, c’est la concurrence pour savoir qui propose la meilleure offre entre Vancouver, Toronto et Montréal. Sonder fait, à plus petite échelle, ce qu’Amazon avait fait pour son second siège social. »

D’après le Registre des lobbyistes du Québec, l’entreprise cherche à convaincre Investissement Québec et le ministère de l’Économie de lui verser « un soutien financier pour créer de l’emploi et développer des outils et des plateformes technologiques ».

Le retour en force de Sonder serait digne d’un conte de Noël pour la métropole québécoise avec tous ces nouveaux emplois.

Sonder a été fondée à Montréal en 2012 par des étudiants de McGill, Francis Davidson et Lucas Pellan. L’entreprise a déménagé à San Francisco en 2017 pour se rapprocher des capitaux-risqueurs de la Silicon Valley. Son cofondateur Francis Davidson n’a jamais caché sa préférence pour Montréal comme emplacement d’un second siège social.

En juillet dernier, la jeune pousse a conclu une énième ronde de financement, cette fois de 225 millions US. La firme montréalaise Inovia était de la partie. Au fil des ans, Sonder a recueilli plus de 400 millions US, ce qui lui donne une valeur supérieure à 1 milliard US.