Alliance Magnésium a séduit Marubeni, le poids lourd de l’économie japonaise qui investit 16,7 millions de dollars canadiens dans son projet de production de magnésium à partir de résidus d’amiante.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Marubeni devient un actionnaire d’Alliance Magnésium, qui vient de conclure un tour de financement de 100 millions. Les autres investisseurs seront connus au début de 2020, a indiqué Michel Gagnon, président du conseil d’administration et chef de la direction d’Alliance Magnésium, lors d’un entretien avec La Presse.

On sait déjà que le gouvernement du Québec a participé à ce tour de financement à hauteur de 30,9 millions, sous forme de prêt et de participation au capital-actions. Le gouvernement fédéral est aussi un des investisseurs.

C’est la première fois qu’une entreprise japonaise investit dans le capital-actions d’un producteur de magnésium. Marubeni est déjà au Québec depuis plus de 30 ans. Elle est un des copropriétaires d’Aluminerie Alouette, le plus important producteur d’aluminium au Québec.

Les 100 millions recueillis serviront à construire et à exploiter une usine de démonstration commerciale dont la production prévue est de 7000 tonnes de magnésium primaire, et de 11 700 tonnes de métal produit à partir de pièces recyclées. Cette production est déjà majoritairement vendue à l’avance.

Le plan prévoit que cette usine de démonstration produira ses premiers lingots en 2020, a précisé Michel Gagnon. La production commerciale suivra en 2022, ce qui nécessitera un investissement de 600 millions.

Alliance Magnésium pense pouvoir réussir là où Norsk Hydro (1989-2007) et Magnola (2000-2003) ont échoué. « Le contexte a changé, explique Michel Gagnon. La Chine domine toujours le marché du magnésium, mais comme elle est le plus grand producteur de voitures et de pièces d’autos, elle consomme ce qu’elle produit et en exporte moins. »

La technologie brevetée d’Alliance Magnésium permettra de produire du magnésium plus propre, ce qui est de plus en plus valorisé par le marché, estime son grand patron. L’entreprise arrive aussi au moment où le marché américain veut réduire sa dépendance envers les producteurs chinois de plusieurs métaux et minéraux stratégiques, dont le magnésium fait partie.

Demande en hausse

Le magnésium est un métal plus léger que l’aluminium et que l’acier, dont la demande est en forte hausse, assure Michel Gagnon. Sur le marché américain, le prix actuel est 50 % plus élevé que le prix de 4000 $US la tonne sur lequel repose la rentabilité du projet d’Alliance Magnésium.

Michel Gagnon est très content d’avoir recruté Marubeni, qui n’est pas seulement un investisseur, mais aussi un partenaire stratégique. Éventuellement, le géant japonais pourrait être un acheteur du magnésium et des alliages produits au Québec.

Alliance Magnésium teste sa technologie depuis 2017 sur l’ancien site de Magnola. Après l’étape de l’usine de démonstration, elle prévoit produire 50 000 tonnes de magnésium par année à partir des résidus des mines d’amiante, qui pourraient l’alimenter pendant 100 ans.

L’entreprise a les autorisations requises pour aller de l’avant avec son projet, selon son président.