Ventes en baisse depuis six trimestres. Absence de profit depuis quatre trimestres. Jeudi, d’autres résultats financiers défavorables ont fait plonger le titre de Reitmans de 34 %. Il a ainsi atteint sa plus faible valeur depuis 1982. Les actionnaires commencent-ils à perdre confiance ?

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Il n’y a aucun doute là-dessus, tranche Randy Harris, propriétaire et président de Trendex North America, une firme spécialisée dans le secteur de la vente de vêtements.

« Les résultats [du 3e trimestre] étaient décevants, mais pas si mauvais que ça. La dégringolade de 30 % était exagérée. Elle reflète plutôt le fait que la direction de l’entreprise a un problème de crédibilité auprès des investisseurs. »

M. Harris attribue cette baisse de confiance à la succession de plans stratégiques devant ramener la rentabilité qui ne donnent pas les résultats attendus. « Il n’y a pas de signe que l’entreprise est en train de changer », déplore-t-il.

« L’ampleur de la perte me surprend… 30 %, c’est beaucoup, a réagi Naoufel Remili, chargé de cours à l’École supérieure de mode de l’ESG UQAM. Ça envoie un message inquiétant aux investisseurs. »

La firme montréalaise d’investissement Letko Brosseau, qui possède 20 % des actions de Reitmans, a confié à La Presse qu’elle allait rencontrer la haute direction du détaillant de vêtements la semaine prochaine. Son cofondateur Peter Letko est demeuré vague sur les raisons justifiant ce rendez-vous.

À son avis, les dirigeants de l’entreprise ont « beaucoup d’expérience » et « ils font des efforts pour corriger les problèmes qu’ils ont ». Mais il convient que tout n’est pas rose.

Nous sommes toujours découragés quand une action tombe comme ça, mais je crois comprendre les raisons.

Peter Letko

Joint au téléphone, le président du conseil et chef de la direction, Jeremy H. Reitman, a avoué être « contrarié » par le fort recul de l’action, tout en reconnaissant que les résultats financiers n’ont rien de réjouissant. Il n’a pas voulu se prononcer sur la confiance des investisseurs à son endroit.

« Nous avons fait de graves erreurs »

Mercredi, après la fermeture des marchés, Reitmans a dévoilé ses résultats du troisième trimestre clos le 2 novembre dernier (données par rapport au même trimestre de l’exercice précédent).

• Ventes : 222 millions (- 7,8 %)

• Ventes comparables : - 2,8 %

• Ventes en ligne : - 2,8 %

• Achalandage : - 0,7 %

• Nombre de magasins : - 37

• Perte nette : 23,1 millions (0,47 $ par action)

Le détaillant a expliqué que ses résultats sous les attentes étaient attribuables à la performance décevante de ses enseignes de vêtements Taille Plus (Penningtons et Addition Elle).

« Nous avons fait de graves erreurs en voulant faire des changements », a reconnu Jeremy H. Reitman en entrevue. Mais il promet de « retourner à la table à dessin » et se dit très optimiste pour l’avenir. Le dirigeant a expliqué avoir « abandonné la cliente de Penningtons » en tentant de la convaincre de faire ses emplettes chez Addition Elle. Ce qui fut un échec.

La chaîne Addition Elle se démarque de Penningtons par des collections plus jeunes, plus mode, et un peu plus chères.

Des « mesures correctives » et une nouvelle direction pour les deux enseignes taille plus ont déjà été mises en place, mais les effets sur les résultats financiers se font encore attendre, reconnaît Reitmans.

Beaucoup plus de concurrence

Le détaillant ne précise pas quelle est l’importance des vêtements de grandes tailles dans l’ensemble de ses ventes du réseau de 587 magasins. Randy Harris évalue qu’ils génèrent « entre le quart et le tiers » des revenus. Il rappelle par ailleurs que ce segment et celui du luxe sont les deux qui connaissent la croissance la plus rapide. Ce qui pourrait logiquement favoriser Reitmans.

Or, « à peu près tout le monde maintenant vend du taille plus. Avant, ils étaient à peu près les seuls. La démocratisation des grandes tailles leur fait mal », note Naoufel Remili. Et la compétition en ligne dans ce créneau s’accentue, ajoute Randy Harris.

« Leur grand défi est de trouver des stratégies pour booster le commerce électronique et faire plus de liens entre les magasins et leur site web », ajoute l’expert en mode de l’UQAM, selon qui d’autres magasins devraient fermer.

À pareille date l’an dernier, le titre de Reitmans s’échangeait à 3,15 $. Jeudi, il est descendu jusqu’à 1,08 $ en début de matinée, mais a finalement terminé la séance à 1,16 $. La dégringolade depuis un an atteint donc 63 %.

Et novembre ?

Reitmans a également dévoilé quelques détails au sujet du mois de novembre. Les ventes ont reculé de 0,2 %. Par contre, les ventes des magasins comparables – une donnée clé dans l’industrie – ont augmenté de 2,2 %.