Le syndicat des employés de la Banque Laurentienne s’indigne des propos du PDG François Desjardins, qui montre du doigt les relations de travail pour justifier les résultats décevants de l’institution financière.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« François Desjardins pousse l’insolence jusqu’à mettre les [mauvaises] performances de la banque sur le dos des syndiqués », lance Julie Tancrède, présidente du syndicat des employés de la Banque Laurentienne, dans un entretien à La Presse.

Nous sommes outrés des déclarations de François Desjardins qui pointe encore une fois du doigt le syndicat pour expliquer le retard dans l’atteinte des objectifs du plan de transformation de la banque et les résultats peu reluisants.

Julie Tancrède, présidente du syndicat des employés de la Banque Laurentienne

Dans notre numéro de jeudi, François Desjardins expliquait que parce que les négociations avec les dirigeants syndicaux stagnaient, l’organisation avait délibérément ralenti la croissance de tous les prêts personnels afin d’accumuler davantage de liquidités en cas de conflit de travail. Le PDG soulignait également que la signature d’une nouvelle convention collective au printemps avait mis un terme à l’incertitude que laissait planer un possible conflit de travail.

> Relisez notre entrevue avec François Desjardins

« Ce n’est pas de notre faute si les négociations ont été trop longues, soutient Julie Tancrède. La banque annulait les rencontres et étirait en longueur les périodes entre celles-ci. On a même fait des plaintes au Conseil canadien des relations de travail pour que le processus s’accélère. »

Elle rappelle qu’en fin de compte, la convention collective a été presque entièrement rédigée par la banque en « offre globale et finale ».

« Et lorsqu’on a présenté cette offre finale en assemblée, on avait la menace de lock-out qui nous avait été très clairement évoquée. »

Pierrick Choinière-Lapointe, directeur exécutif du SEPB-Québec (syndicat affilié à la FTQ qui représente les employés de la banque), ajoute de son côté que le syndicat n’a jamais parlé de conflit de travail. « On n’a même jamais été chercher un mandat de grève. »

« Désolant »

La direction de la banque trouve « désolant » de constater que le syndicat s’insurge ainsi.

« Lorsque des négociations durent près de trois ans, c’est un fait que ce sont de longues négociations », affirme Hélène Soulard, vice-présidente adjointe aux communications à la Laurentienne. 

C’est d’autant plus désolant que l’offre qui a été acceptée massivement par les employés en mars était sensiblement la même que celle présentée à l’exécutif syndical en août 2016 lorsque nous avons demandé d’entamer les discussions quant au renouvellement de la convention, 15 mois avant son échéance.

Hélène Soulard, vice-présidente adjointe aux communications à la Banque Laurentienne

Les propos de François Desjardins font par ailleurs craindre le pire à Pierrick Choinière-Lapointe.

« C’est assez particulier, souligne le syndicaliste. La convention collective est signée depuis plus de neuf mois et en présentant les résultats de fin d’exercice, ce dont le président parle, c’est le certificat d’accréditation. Je suis très préoccupé. On parle encore du fait que les gens sont syndiqués à la banque. Ça semble toujours un enjeu pour la haute direction. »

Il note par ailleurs que celui qui a mené sans succès une campagne de désyndicalisation est toujours employé de la banque, même si sa requête contenait de fausses signatures. Cela « n’augure rien de bon », soutient M. Choinière-Lapointe.