La plus grosse cible de l’histoire de Couche-Tard demeure difficile à atteindre : le géant australien des stations-service Caltex rejette la proposition bonifiée élaborée par l’entreprise lavalloise tout en laissant la porte ouverte à une nouvelle proposition.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Caltex explique dans un communiqué que l’offre d’achat conditionnelle valorisant l’entreprise à près de 10 milliards de dollars canadiens est jugée insuffisante. Du même souffle, Caltex offre à Couche-Tard de lui donner accès à certains renseignements non publics afin de l’aider à produire une nouvelle offre.

Caltex répond ainsi à la proposition de 34,50 $AU (environ 31,32 $CAN) par action soumise par Couche-Tard le 18 novembre. Les administrateurs de Caltex avaient rejeté une première proposition de 32 $AU par action présentée le 11 octobre.

Ce second refus de Caltex survient deux jours avant la tenue de sa journée annuelle à l’intention des investisseurs et analystes, au cours de laquelle la direction doit faire le point sur ses activités et son plan stratégique.

Plusieurs analystes et observateurs avaient souligné la semaine dernière que Couche-Tard allait devoir se montrer plus généreuse et ajuster de nouveau sa proposition pour convaincre les administrateurs de Caltex.

Couche-Tard, qui dit déjà détenir 2 % des actions de Caltex, n’avait toujours pas réagi au moment de publier. Dans ce dossier, la direction de Couche-Tard a retenu les services de Goldman Sachs pour la conseiller.

Caltex précise que l’offre de Couche-Tard représente l’équivalent d’une prime de 16 % par rapport au cours de clôture de l’action de Caltex la veille de la divulgation de cette offre la semaine dernière. Le titre de Caltex a clôturé la séance de lundi à 34,76 $AU à la Bourse de Sydney. L’action de Caltex s’est appréciée de 35 % depuis le 11 octobre.

Pas de dividende exceptionnel

En confirmant la semaine dernière sa proposition de 34,50 $AU, Couche-Tard avait précisé s’attendre à ce qu’un « nombre important » d’actionnaires de Caltex puissent bénéficier d’une valeur supplémentaire pouvant atteindre 3,61 $AU provenant des crédits d’exonération liés au versement d’un dividende exceptionnel.

Caltex n’est pas de cet avis.

La plupart des actionnaires ne toucheront pas les bénéfices avancés par Couche-Tard, soutient Caltex. « Le montant des crédits d’exonération varie selon le taux d’imposition des investisseurs. » De plus, ajoute Caltex, une proportion significative des crédits d’exonération doit être distribuée dans le cadre d’initiatives stratégiques actuellement mises en œuvre.

L’intérêt de Couche-Tard envers Caltex a été rendu public tout juste après que cette dernière eut révélé son intention, la semaine dernière, de procéder à un premier appel public à l’épargne pour une portion de son réseau de stations-service.

Caltex a une stratégie bien précise, des actifs privilégiés, un fort leadership, ainsi que des occasions de croissance qui créeront éventuellement une valeur attrayante pour ses actionnaires.

Steven Gregg, président du conseil de Caltex

« Nous avons hâte de présenter plus de détails sur l’exécution de notre stratégie durant la journée pour les investisseurs le 5 décembre », ajoute-t-il.

En plus de quelque 1900 stations-service, Caltex exploite une raffinerie et des actifs de distribution et de transport d’essence. Les magasins et stations-service de Caltex génèrent environ 35 % de ses profits.

Selon des observateurs, Couche-Tard aimerait avoir un ou des partenaires pour acheter Caltex afin de conserver uniquement les activités de détail. Le nom du gestionnaire d’actifs torontois Brookfield circule dans les médias australiens comme partenaire potentiel. La vice-présidente aux communications de Brookfield, Claire Holland, a poliment refusé de commenter.

Couche-Tard a réalisé sa plus importante prise de contrôle en août 2016 quand elle a acheté la chaîne nord-américaine CST Brands pour 4,4 milliards US. L’acquisition de Caltex représenterait la première incursion de Couche-Tard en Australie.