(Montréal) La Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) a indiqué vendredi qu’elle s’efforçait de rattraper les retards accumulés dans les livraisons de céréales et de propane à la suite d’une grève de huit jours, tout en prévenant que le traitement prioritaire exigé par certains producteurs pourrait ne pas avoir lieu.

Christopher Reynolds
La Presse canadienne

Le service du plus grand transporteur ferroviaire du pays a été essentiellement paralysé la semaine dernière, lorsque 3200 chefs de train et ouvriers du CN ont formé des piquets de grève. Ne fonctionnant plus qu’à 10 % de sa capacité, les livraisons de maïs et de canola ont été stoppées. Entreposées dans des silos en attendant la reprise des livraisons, les céréales ont réduit l’espace de stockage des agriculteurs, ce qui les a empêchés de progresser dans leurs récoltes.

Ce retard a ajouté aux difficultés d’une récolte tardive qui avait déjà mis la pression sur le réseau ferroviaire, alors que les producteurs céréaliers s’inquiétaient des frais de stationnement et des pénalités de prolongation de contrat.

« Nous n’accordons de priorité à aucun produit. Lorsque nous sommes en récupération, nous nous concentrons sur la remise en marche des trains », a expliqué le chef des affaires générales et des affaires juridiques du CN, Sean Finn.

M. Finn a affirmé que le CN déployait des ressources supplémentaires pour tenter de désengorger ses chantiers ferroviaires congestionnés, mais que tout déplacement supplémentaire de produits n’était pas garanti. Le chemin de fer a pour objectif de transporter environ 5000 trémies de céréales cette semaine, comparativement à près de 6900 wagons la semaine précédant la grève.

« Le CN a indiqué qu’il n’ouvrirait pas les vannes. Ils ne veulent pas submerger le système, et nous reconnaissons que c’est une préoccupation », a indiqué la directrice des Producteurs de grains du Canada, Erin Gowriluk, lors d’une entrevue téléphonique.

« Mais c’est une période cruciale pour le secteur céréalier canadien, et la fenêtre se referme. Les agriculteurs doivent mettre ces récoltes dans le panier, et mettre sur les rails dès maintenant ce qui se trouve dans les paniers. Nous devons nous mettre sur la bonne voie, littéralement, pour nous rendre au port. »

Double problème au Québec

Les agriculteurs du Québec ont été confrontés à un double problème : une interruption des livraisons et une pénurie de propane. La province a commencé à rationner le gaz, qui est utilisé pour sécher les récoltes, ainsi que pour chauffer les hôpitaux et les maisons de soins aux personnes âgées, le lendemain du début de la grève, la semaine dernière. Le conflit s’est poursuivi pendant huit jours et a pris fin mardi.

L’Association canadienne du propane a demandé au plus grand transporteur ferroviaire du pays de fournir un « soutien prioritaire pour la reconstitution du propane » en Ontario, au Québec et dans les Maritimes. Le groupe a averti que l’imprévisibilité des livraisons pourrait aggraver la pénurie au début de l’hiver, alors que l’arrivée du temps plus froid se traduit par une réduction de la longueur des trains, en raison de son effet sur le système de freinage pneumatique.

Deux trains remplis de 10 millions de litres de propane sont déjà arrivés dans l’est de l’Ontario et à Montréal, a précisé M. Finn.

« Nous pensons que le problème du propane qui nous a été attribué pendant la grève est en train de se résoudre. Nous espérons que nous serons dans une position où la plupart des commandes de propane seront acheminées au cours de la semaine prochaine », a-t-il affirmé.

Par ailleurs, le directeur de l’association des silos à céréales de l’Ouest, Wade Sobkowich, a indiqué qu’un arriéré de 130 millions de céréales des Prairies pourrait perdre une grande partie de sa valeur si les trains ne pouvaient pas l’acheminer au port avant le printemps, période de l’année où les prix baissent habituellement en raison d’une offre mondiale accrue.

Le CN et Teamsters Canada ont conclu mardi un accord de principe au sujet du renouvellement de la convention collective, mettant ainsi fin à la plus longue grève du secteur ferroviaire depuis 2012. Le conflit a forcé l’interruption des expéditions, entraîné des mises à pied et perturbé diverses industries partout au pays.

Les travailleurs, sans contrat depuis le 23 juillet, se disaient préoccupés par les longues heures de travail, les enjeux entourant la fatigue et ce qu’ils considèrent être des conditions de travail dangereuses. Le CN affirmait de son côté que la mésentente tournait davantage autour des salaires.

La ratification de l’accord de règlement est attendue d’ici huit semaines.