Alimentation Couche-Tard pourrait devoir ajuster une autre fois sa proposition pour Caltex si elle veut convaincre les dirigeants de l’entreprise australienne – et les actionnaires – de l’accepter.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Couche-Tard propose d’acquérir 100 % de Caltex en payant au comptant 34,50 $AU par action, soit une somme totale de 7,8 milliards CAN. Dans un communiqué publié mardi, l’entreprise lavalloise estime que sa proposition valorise Caltex à environ 10 milliards AU, l’équivalent de 9 milliards CAN. Cela inclurait notamment la dette, ce que Couche-Tard ne précise pas.

Certains analystes croient cependant que Couche-Tard devra se montrer plus généreuse.

« La proposition ne m’apparaît pas suffisante », souligne Michael Simotas, de la firme Jefferies. Elle devra être relevée pour tenir compte de la valeur des actifs que Caltex souhaitait dégager avec un premier appel public à l’épargne pour une portion de son réseau de stations-service, ajoute l’analyste.

« Par principe, une légère bonification pourrait être nécessaire pour en arriver à une entente », estime de son côté Ben Wilson, de RBC.

Le gestionnaire de portefeuille Philippe Hynes, chez Tonus Capital, estime que le prix semble juste. « Ce n’est pas une aubaine, mais pas excessif non plus. » Son confrère Philippe Le Blanc, chez COTE 100, abonde dans le même sens.

C’est raisonnable et très logique. Ça apporterait une plateforme de croissance à long terme pour développer le marché de l’Asie.

Philippe Le Blanc

Couche-Tard a les moyens de réaliser cette transaction, selon Irene Nattel, de RBC. L’état actuel du bilan laisse entrevoir une capacité de financement de 7 milliards US, de sorte que « Couche-Tard devrait pouvoir financer la totalité de la transaction et choisir éventuellement de se départir de certains actifs ».

Couche-Tard a d’ailleurs retenu les services de Goldman Sachs pour agir en tant que conseiller financier. « C’est pour identifier un ou des partenaires intéressés à acheter et exploiter la raffinerie appartenant à Caltex ainsi que ses activités de distribution de carburant », soutient Keith Howlett, chez Desjardins.

Compte tenu de la nature des actifs de Caltex et du fait que l’Océanie est un nouveau marché pour Couche-Tard, les synergies à dégager sont plutôt limitées, selon Mark Petrie, de la CIBC.

Néanmoins, comme nous l’avons vu lors de l’acquisition de Statoil Fuel & Retail, en Europe, Couche-Tard ne ménagera aucun effort dans sa quête pour identifier des occasions pour créer de la valeur.

Mark Petrie

Et si Couche-Tard devait décider d’émettre des actions pour l’aider à financer l’opération, Mark Petrie ne doute pas un instant que les marchés seront « réceptifs ».

Après avoir bondi de 4 % lundi, l’action de Couche-Tard a pris 1 % mardi pour clôturer à 43,34 $.

« À moins qu’il soit possible de dégager davantage de synergies qu’estimé en intégrant Caltex, les investisseurs peuvent se montrer patients avant d’identifier un point d’entrée dans le titre », commente l’analyste Michael Van Aelst, de la TD.

Profits en hausse

Après la fermeture des marchés, Couche-Tard a dévoilé des profits nets ajustés en hausse de 24 %, à 571 millions ou 51 cents par action, pour le deuxième trimestre de son exercice financier.

« Nous avons observé une bonne augmentation des ventes de marchandises par magasin comparable dans nos régions principales, et ce, même si nous avons enregistré d’excellents résultats l’an dernier », a déclaré le PDG Brian Hannasch, dans un communiqué.

« Nous commençons à observer une bonne progression dans les projets que nous avons lancés, notamment nos projets pilotes portant sur l’offre alimentaire, notre plateforme numérique de vente incitative et le réaménagement de nos magasins européens. Dans le secteur des carburants, bien que nous ayons observé une certaine pression sur les volumes de carburant par magasin comparable en Europe durant le trimestre, les tendances sur deux ans se sont améliorées dans nos trois régions et nos marges sont demeurées importantes. »

Les revenus du trimestre ont toutefois reculé à 13,7 milliards US, en baisse de 7 % et sous l’estimation des analystes sondés par Refinitiv (14,0 milliards).

Brian Hannasch participera mercredi matin à une téléconférence pour commenter les résultats et répondre à des questions écrites soumises par les analystes. Il y a fort à parier que plusieurs des questions soumises porteront sur Caltex.

Caltex Australia en bref

Revenus annuels : 21,7 milliards
Bénéfice net : 560 millions
Employés : 6630
Principales installations : 1 raffinerie, 94 terminaux de stockage et de distribution, 2000 magasins d’entreprise ou affiliés
Fondation : 1900
Note : données pour 2018
Sources : Thomson Reuters, Caltex Australia