Le projet de transporteur à très faible coût d’Enerjet, appuyé par Stephen Bronfman et Mitch Garber, prend du retard, mais son principal dirigeant a bon espoir de voir l’initiative décoller au printemps.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le lancement du service devait avoir lieu cette année. Les déboires de Boeing avec son 737 MAX 8 sont toutefois venus mêler les cartes. « Boeing perturbe l’industrie en entier », commente le chef de la direction d’Enerjet, Tim Morgan.

« Comme de nombreux autres transporteurs aériens, nous subissons les conséquences des problèmes de Boeing », ajoute le cofondateur, ex-administrateur et ex-chef de l’exploitation de WestJet.

Le MAX de Boeing est cloué au sol depuis le printemps dans la foulée des deux accidents (octobre 2018 et mars 2019) ayant causé la mort de 346 personnes.

Tim Morgan précise que ce n’est pas nécessairement parce qu’Enerjet compte utiliser le type d’appareils cloué au sol, mais parce que la situation a créé une pénurie d’appareils sur le marché étant donné que les transporteurs bien établis doivent s’ajuster, ce qui a un impact sur les appareils qui pourraient être disponibles.

Il fait aussi remarquer que les prix ont monté dans le marché en raison de la situation.

« Mais Airbus pourrait rendre quelques appareils disponibles sous peu. Les choses pourraient changer très rapidement, dit Tim Morgan. Et lorsque les appareils de Boeing recommenceront à voler, le marché se solidifiera et ça rendra les choses plus faciles. Mais il n’y a pas d’urgence. »

Combien d’avions ?

Impossible de savoir pour l’instant le nombre d’avions loués qu’Enerjet espère utiliser. « Ça dépendra notamment des horaires de vol et des ententes avec les aéroports. Ces choses restent encore à négocier », commente de son côté Dean McKenzie, un des instigateurs du projet d’Enerjet.

Si tout se passe comme il le souhaite, les vols se feront initialement entre les principales villes canadiennes.

Dans un deuxième temps, nous aimerions aussi offrir des vols à l’extérieur du pays. Et selon les occasions qui se présentent, nous aimerions être présents dans des marchés [intérieurs] secondaires comme Hamilton, Winnipeg, Regina, Saskatoon et d’autres.

Dean McKenzie

Joint par La Presse, Mitch Garber confirme avoir investi dans le projet, mais n’a pas souhaité expliquer ou commenter son investissement.

Il n’a pas non plus été possible d’obtenir une réaction auprès de Stephen Bronfman. Son porte-parole, Daniel Granger, a simplement indiqué que Claridge – la société d’investissement privée de Stephen Bronfman – n’avait aucun commentaire à formuler sur ce dossier.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Mitch Garber confirme avoir investi dans le projet, mais n’a pas souhaité expliquer ou commenter son investissement.

Un important actionnaire d’Enerjet est Indigo Partners, une firme privée d’investissement de Phoenix, en Arizona. Fondée par Bill Franke, dont l’expertise en transport aérien est connue depuis près de 30 ans, Indigo a notamment investi par le passé dans Spirit Airlines et Frontier Airlines.

Indigo a décliné notre demande d’entrevue. L’année dernière, cependant, dans un communiqué d’Enerjet, Bill Franke disait croire possible d’augmenter « significativement la taille et la compétitivité du marché canadien intérieur et transfrontalier en offrant une autre option de transport aérien à très bas prix ».

Enerjet voit des lacunes dans l’offre en transport aérien au pays et pense pouvoir se tailler une place. « Nous n’avons pas identifié un profil de consommateur précis », affirme Dean McKenzie. « Nous ciblons ceux qui veulent payer moins cher pour prendre l’avion. Ça peut aussi bien être des étudiants, des gens ayant un budget serré que toute personne sensible au prix des billets. »

PHOTO FOURNIE PAR SWOOP

Quelques transporteurs aériens canadiens à bas prix sont en activité au Canada (Flair, Swoop) et d’autres projets, comme ceux de Jetlines et d’Enerjet, tentent de décoller.

Quelques transporteurs aériens canadiens à bas prix sont en activité au Canada (Flair, Swoop) et d’autres projets, comme ceux de Jetlines et d’Enerjet, tentent de décoller. Il y a aussi Air Canada qui a lancé Rouge, il y a six ans, en présentant ce transporteur comme étant spécialisé dans les voyages d’agrément à prix abordables.

Lancé l’année dernière par WestJet, Swoop présente son service comme un concept à la carte. C’est-à-dire qu’un prix de base pour un siège est proposé et le voyageur peut ensuite choisir d’ajouter une collation, d’enregistrer une valise et de souscrire à d’autres services moyennant des frais additionnels.

Pour Tim Morgan, Enerjet sera le premier transporteur à très faible coût au pays, car Swoop et Flair sont des transporteurs à bas prix, pas nécessairement à faible coût, dit-il.

La différence, c’est que nous allons louer uniquement des avions neufs. Nous recherchons des économies de carburant, la fiabilité et d’autres éléments du genre parce que nous devons avoir la confiance des gens. Nous devrons avoir la réputation d’amener les voyageurs au bon endroit à l’heure prévue.

Tim Morgan

La transformation d’Enerjet, transporteur fondé il y a une dizaine d’années, a été confiée à Tim Morgan. À l’origine, Enerjet était un transporteur nolisé qui visait essentiellement à transporter des travailleurs du secteur de l’énergie en Alberta. La crise financière et le ralentissement de l’activité dans les sables bitumineux albertains ont amené Enerjet à redéfinir sa mission.

À la fin octobre, Jetlines – entreprise dont les actions sont inscrites à la Bourse de croissance du TSX – a annoncé le report du lancement de ses activités en raison d’ennuis financiers.

Connus en anglais sous le sigle ULCC (ultra low-cost carrier), les transporteurs à très faible coût utilisent souvent des aéroports secondaires puisque les frais y sont généralement moins élevés.