Un peu moins d’une centaine d’employés du siège social perdent leur emploi à la suite de la restructuration annoncée mercredi matin par Lowe’s.

André Dubuc André Dubuc
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« En lien avec la décision de fermer des magasins sous-performants, nous procédons à une réduction de nos effectifs corporatifs à travers le pays. Cette décision touche un peu moins d’une centaine d’employés au siège social de Boucherville et au bureau de Longueuil », écrit Lowe’s Canada dans un courriel.

Parmi les changements touchant le siège social régional, le service informatique sera chamboulé. Lowe’s Canada laisse tomber sa propre infrastructure informatique pour adopter à la place la plateforme américaine, a indiqué la maison-mère ce matin.

« Nous prévoyons de migrer le Canada vers la plateforme informatique américaine afin d’éliminer les inefficiences et les duplications technologiques inutiles », a annoncé Marvin Ellison, PDG de Lowe’s dans une conférence téléphonique avec des analystes financiers mercredi matin.

« Les employés canadiens ont un rôle à jouer dans cette transformation ; ils travailleront sur le développement d’une plateforme qui appuiera l’entreprise nord-américaine en entier », assure la société dans un courriel.

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Le magasin RONA de Carignan

En octobre dernier, Le Journal de Montréal avait écrit que la multinationale américaine préparait le transfert de 200 employés du service informatique vers l’Inde, une information que Lowe’s Canada continue d’infirmer encore aujourd’hui.

La direction de Lowe’s a promis fournir des détails sur le plan de match à venir au Canada au dévoilement des prochains résultats trimestriels en février prochain.

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En attendant, le quincaillier américain fermera dans les prochaines semaines 34 magasins au Canada, dont 12 au Québec.

« Bien qu’il ne soit jamais facile de prendre des décisions qui ont un impact sur nos associés et leurs familles, fermer des magasins sous performants est une étape nécessaire de notre plan visant à assurer la stabilité et la croissance à long terme de notre entreprise canadienne », a déclaré dans un communiqué Tony Cioffi, président par intérim de Lowe’s Canada.

Au Québec, les magasins qui seront fermés à la fin janvier 2020 sont les Rona de Granby, Sorel, Bécancour, Nicolet, Saint-Tite, Trois-Rivières, Saint-Félix-de-Valois, Carignan, Saint-Lambert, Saint-Sauveur, Bellefeuille — Saint-Jérôme et le Réno-Dépôt de Trois-Rivières.

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Le magasin RONA de Carignan

RONA et Réno-Dépôt ne disparaîtront pas

Le management a indiqué vouloir simplifier l’exploitation de ses cinq bannières au pays qui fonctionnent en silo, ce qui nuit aux synergies, a déploré la société. Les enseignes Lowe’s, RONA et Réno-Dépôt ne disparaîtront pas, assure Lowe’s Canada dans un courriel. Pour ce qui est de Ace et de Dick’s Lumber, les paris sont ouverts. « Nous examinons actuellement toutes les options stratégiques qui s’offrent à nous. Nous ne sommes pas prêts à partager des détails concernant notre stratégie à ce stade-ci », laisse savoir Lowe’s Canada.

Le géant américain de la quincaillerie a dévoilé ses résultats du troisième trimestre mercredi matin. Le bénéfice s’élève à 1,049 milliard US ou 1,36 $ US par action pour le trimestre terminé le 1er novembre 2019. Les ventes pour le troisième trimestre atteignent 17,4 milliards US. Les ventes de magasins comparables sont en hausse de 2,2 % sur un an. Tandis que celles aux États-Unis avancent de 3,0 %.

Des coûts et charges opérationnels avant impôts de 175 millions US à 225 millions US, comprenant la liquidation des stocks, l’amortissement accéléré, les indemnités de départ et autres, devraient être engagés au quatrième trimestre de 2019.

Au Canada, les ventes de magasins comparables ont reculé au troisième trimestre, a précisé la société dans une conférence téléphonique avec les analystes financiers.

« Les ventes canadiennes ont souffert pendant le trimestre. La rentabilité des activités canadiennes reste inférieure à la moyenne de la société en général, a dit le président et chef de la direction Marvin Ellison aux analystes financiers. Nous servons mal notre clientèle au Canada. »

Les ventes en ligne déçoivent

Dans le communiqué de presse publié mercredi matin, la société américaine a tenu à rappeler son attachement au Canada. « Nous restons commis au marché canadien et prenons des mesures décisives pour améliorer le rendement et la rentabilité de nos activités au Canada. Nous avons également une feuille de route détaillée et une équipe très expérimentée en place pour relancer notre entreprise Lowes.com », a indiqué le PDG.

La société reste insatisfaite de son site transactionnel, dont l’interface a été conçue il y a près de dix ans. Au troisième trimestre, les ventes en ligne ont crû au même rythme que les ventes en magasin aux États-Unis, une déception. « On a sous-estimé la complexité de faire du commerce électronique de façon rentable », a reconnu le patron en téléconférence avec les analystes financiers.

Établie à Boucherville au Québec, l’entreprise canadienne de Lowe’s compte plus de 600 magasins d’entreprise et marchands affiliés indépendants, sous divers formats et enseignes. Ces entreprises comptent plus de 33 000 employés.

Réaction de l’Association québécoise de la quincaillerie

« Les fermetures de magasins frappent tous les secteurs du commerce de détail, celui de la quincaillerie n’y échappe pas. La consommation de biens est en pleine mutation technologique, réagit Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT).

« Ce ne sont pas les pertes d’emplois qui m’inquiètent outre mesure, car les quelque 500 personnes touchées par la douzaine de fermetures au Québec trouveront rapidement du travail ailleurs en raison de la pénurie de main-d’œuvre, notamment au sein même de la famille Lowe’s qui comprend des centaines de magasins affiliés souvent en manque d’effectif.

« Ce qui me contrarie davantage, c’est que l’information n’est pas venue d’abord de la direction de l’entreprise, mais par des fuites de l’intérieur de la société reprise par les médias mardi soir. Cela est le signe d’un leadership défaillant, conséquence directe du départ impromptu du président canadien (Sylvain Prud’homme au début octobre), apparemment sans relève planifiée, poste névralgique laissé encore vacant sept semaines plus tard », critique M. Darveau.