(New York) Boeing a annoncé mardi une deuxième commande ferme en deux jours de 737 MAX, un signal que la crise dans laquelle ce modèle l’a plongé depuis plus de huit mois est en train de se stabiliser malgré une nouvelle plainte judiciaire et des problèmes de moteurs affectant la version précédente.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

L’avionneur a reçu une commande pour 20 appareils de la famille 737 MAX, d’une valeur de 2,3 milliards de dollars au prix catalogue, de la part d’une compagnie aérienne non identifiée.

Lundi, la compagnie turque SunExpress avait passé une commande ferme pour 10 avions 737 MAX, pour 1,2 milliard de dollars au prix catalogue.

La liste pourrait encore grossir si la compagnie kazakhe Air Astana confirme dans les prochains mois son intention affichée mardi d’acquérir 30 Boeing 737 MAX.

Le groupe IAG (British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus), qui avait annoncé son « intention » d’acquérir 200 737 MAX 8, pour 24 milliards de dollars (prix catalogue) en juin, n’a toujours pas transformé cette volonté en commande ferme, d’après des données commerciales recensées par Boeing au 31 octobre.

Selon des sources industrielles, les discussions se poursuivent entre les deux parties.

Boeing devant Southwest

Boeing a accepté, selon ces sources, d’octroyer des rabais à ces compagnies pour les inciter à acheter les MAX, cloués au sol depuis mi-mars après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts, ce qui a déclenché la plus grave crise dans l’histoire de l’aviation civile.

« Les choses vont maintenant dans la bonne direction », estime Michel Merluzeau, expert chez Air Insight Research, tandis que Richard Aboulafia (Teal Group) juge que les commandes fermes « montrent que les choses semblent se stabiliser ».

Les deux experts font toutefois remarquer que la configuration du marché aéronautique avec un duopole Airbus Boeing laisse peu de choix aux compagnies aériennes.

« Imaginez deux compagnies aériennes. Une qui commande des MAX aujourd’hui et une autre qui achète des Airbus. La première pourrait recevoir ses avions l’an prochain alors que la seconde devrait attendre trois à quatre ans pour se faire livrer les siens », explique Richard Aboulafia.

Airbus a un carnet de commandes garni et produit à des cadences élevées, de sorte que les fournisseurs risquent de ne pas suivre de nouvelles augmentations des niveaux de production, souscrit M. Merluzeau.

Un 737 MAX de Lion Air s’est abîmé le 29 octobre 2018 en mer de Java en Indonésie quelques minutes après son décollage. Un peu plus de cinq mois plus tard un autre 737 MAX s’est écrasé au sud-est d’Addis Abeba en Éthiopie dans des circonstances similaires.

Différentes enquêtes ont mis en cause le système automatique MCAS, censé empêcher l’avion de décrocher en vol. Les pilotes ne connaissaient pas son existence puisqu’il n’était pas dans les manuels de vol.

Les enquêtes ont également révélé des dysfonctionnements d’ampleur dans le développement du MAX, comme dans son processus de certification.

Boeing fait face à des plaintes de victimes et à des enquêtes des autorités américaines.

Un nouveau front judiciaire s’est ouvert avec le dépôt d’une plainte par un actionnaire américain, The Kirby Family Partnership, qui accuse le conseil d’administration d’avoir ignoré des alarmes lors du développement de l’avion et après l’accident de Lion Air.

Sollicité par l’AFP, Boeing n’a pas souhaité commenter.

Le constructeur doit présenter mercredi au conseil d’administration de l’américaine Southwest Airlines, première cliente du MAX avec 34 exemplaires au moment de l’interdiction de vol, son calendrier de remise en service et de reprise des livraisons de l’avion, a indiqué mardi à l’AFP une porte-parole de la compagnie aérienne.

Southwest a bâti son modèle économique et son développement autour du 737 MAX. Las des incertitudes entourant le retour dans le ciel de l’avion et après des milliers de vols annulés jusqu’en mars, son PDG, Gary Kelly, a menacé récemment d’acheter des Airbus.

Boeing travaille sur des modifications de logiciels et la formation adéquate pour les pilotes pour obtenir une levée de l’interdiction de vol du MAX, qui n’est pas attendu dans le ciel au moins avant janvier 2020.

« Le pire de la crise ne sera pas passé tant que la FAA (l’agence fédérale de l’aviation) n’autorisera pas l’avion à voler à nouveau », prévient Scott Hamilton, chez Leeham, d’autant que le NTSB, le régulateur américain des transports, a recommandé mardi aux industriels du secteur aéronautique d’améliorer la conception des moteurs équipant les Boeing 737 NG (la génération de 737 précédant le MAX), à la suite d’un accident de Southwest survenu en avril 2018.