Nouveau Monde Graphite veut se tailler une place dans la filière québécoise des matériaux de batterie qui est en train de prendre forme. L’entreprise transformera le graphite de sa future mine de Saint-Michel-des-Saints en un produit à valeur ajoutée utilisé par les fabricants d’anodes.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’entreprise a un atout important pour réaliser ses nouvelles ambitions. Son actionnaire, le fonds minier européen Pallinghurst, vient de s’associer à un fournisseur de l’industrie, Traxys Battery Materials, pour investir 2 milliards US dans la production de matériaux de batterie.

Les nouveaux partenaires investiront uniquement dans les pays industrialisés et dans les procédés de fabrication éthiques et responsables. Les projets de graphite, lithium, cuivre et cobalt sont dans leur ligne de mire, de la mine jusqu’à l’approvisionnement des fabricants de batteries pour véhicules électriques.

Pallinghurst a déjà investi 10 millions dans Nouveau Monde Graphite (NMG), pour une participation d’environ 20 %. Ce même investisseur a annoncé son intention d’investir 600 millions dans Nemaska Lithium, pour assurer la survie du projet de mine de spodumène et de fabrication de lithium qui bat de l’aile.

Nemaska Lithium a d’abord été un projet de mine, auquel ses dirigeants ont ajouté une usine de transformation en lithium de qualité batterie. NMG veut aussi transformer son graphite. Les deux entreprises misent sur l’énergie renouvelable d’Hydro-Québec pour accroître l’intérêt des investisseurs.

La rentabilité et l’avenir sont dans ce créneau.

Éric Desaulniers, président et chef de la direction de Nouveau Monde Graphite

C’est la raison pour laquelle le projet de mine de graphite a évolué et pris de l’ampleur, selon lui. De 300 millions, l’investissement nécessaire est maintenant estimé à 500 millions.

Direction Bécancour

NMG prévoit construire une usine à Bécancour pour transformer le graphite en flocons de la mine en un produit purifié à plus haute valeur ajoutée utilisé dans la fabrication des batteries des véhicules électriques.

L’entreprise a réservé à cette fin un terrain de 2 millions de pieds carrés dans le Parc industriel de Bécancour, où sont déjà installés des producteurs de produits chimiques, précise M. Desaulniers.

Certaines de ces entreprises pourraient devenir d’importants fournisseurs de l’usine, ajoute-t-il.

Les leçons de Nemaska

Le président de NMG dit avoir tiré des leçons de ce qui est arrivé à Nemaska Lithium, dont le projet est stoppé en raison d’un dépassement de coûts important. « Une mine et une usine de transformation nécessitent des expertises différentes et doivent être réalisées par des équipes différentes », explique-t-il.

L’entreprise a confié à René Boisvert, un ancien dirigeant de Silicium Québec, la responsabilité du projet d’usine de transformation. Le projet prévoit la production de 35 000 tonnes de graphite de qualité batterie dans une première étape. L’usine pourrait s’approvisionner en graphite auprès d’autres producteurs pour augmenter sa production à 100 000 tonnes annuellement.

Cette production serait vendue à des entreprises comme LG Chemical, Tesla ou Volkswagen et, peut-être un jour, à un fabricant de batteries installé au Québec.

Le gouvernement du Québec travaille activement à la mise en place d’une filière complète de matériaux de batteries, qui irait de la mine jusqu’à la fabrication des batteries.