Signe de l’importance des enjeux de sécurité, les sociétés minières canadiennes présentes au Burkina Faso et des représentants du pays, notamment l’ambassadeur au Canada, ont tenu une rencontre sur ce thème la semaine dernière à Toronto. C’était une semaine avant l’attaque meurtrière commise mercredi contre des dizaines d’employés de la minière montréalaise Semafo.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« À ce stade-ci, on ne sait pas où se trouve l’ennemi. C’était une rencontre privée sur des questions de sécurité. Ce n’est donc pas indiqué d’en discuter publiquement », dit l’ambassadeur Athanase Boudo, en entretien téléphonique.

« Il y a eu des rencontres dans le passé et il y en aura d’autres », a-t-il simplement ajouté.

Vingt-quatre heures après avoir indiqué que sa mine Boungou, au Burkina Faso, demeurait sécuritaire et que les opérations n’étaient pas affectées, Semafo a annoncé jeudi la suspension des activités à la mine.

« Le site de la mine Boungou demeure sécuritaire, mais nous avons suspendu les opérations par respect pour les victimes et les gens touchés par cet événement, et dans le but de [nous] assurer que les opérations se déroulent dans les conditions les plus sécuritaires », explique le PDG de Semafo, Benoit Desormeaux, dans un communiqué.

Nous continuons de travailler activement avec toutes les autorités concernées afin d’assurer la sûreté, la sécurité et le bien-être de nos employés, entrepreneurs et fournisseurs.

Benoit Desormeaux, PDG de Semafo

« Compte tenu de l’ampleur de l’attaque, il faudra du temps pour y faire face comme il se doit et nous ferons tout en notre pouvoir pour soutenir ceux qui ont été affectés », écrit aussi le PDG.

Pour la deuxième journée consécutive, Semafo n’a pas répondu aux appels et messages de La Presse.

Titre en baisse

Après avoir cédé 11 % mercredi, l’action de Semafo a perdu 5 % de plus jeudi à Toronto.

« J’attends de plus amples informations entourant la date de reprise des activités à la mine Boungou, mais je suppose un arrêt de 15 jours, ce qui équivaut à une réduction de 2 % de la production de 350 000 à 380 000 onces d’or attendue cette année par Semafo », commente l’analyste Ovais Habib, de la Scotia.

« Je m’attends à ce que les investisseurs portent davantage attention aux risques de sécurité inhérents à tenir des activités au Burkina Faso », ajoute l’analyste.

Attaque non revendiquée

Au moins une quarantaine de personnes ont été tuées et plus de 60 autres blessées lorsqu’un convoi de cinq autobus escorté par des militaires est tombé dans une embuscade, mercredi, sur une route publique. L’attentat est survenu à une quarantaine de kilomètres de la mine de Boungou, l’un des deux sites exploités par Semafo dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

L’attentat n’a toujours pas été revendiqué, mais le bilan élevé et le choix de prendre pour cible une entreprise étrangère donnent à penser que les auteurs sont des djihadistes bien armés.

Semafo, qui compte 1200 salariés, dont 85 expatriés, au Burkina Faso, avait déjà fait face à des enjeux de sécurité dans le passé sur des routes menant à ses installations. La minière a alors déployé des mesures supplémentaires – comme le transport de ses employés non burkinabés par hélicoptère – pour assurer la sécurité du personnel.

Affaires mondiales Canada a réitéré jeudi que rien n’indiquait jusqu’ici que des citoyens canadiens aient été « affectés par l’incident ».

Une vague d’attentats

Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a déclaré jeudi que les forces de sécurité poursuivraient « les terroristes et tous leurs complices » après cette attaque – la plus meurtrière depuis l’apparition d’islamistes dans ce pays en 2015.

La capitale du pays, Ouagadougou, a été frappée pour la première fois par des violences extrémistes en janvier 2016.

Un deuil national de trois jours a été décrété jeudi au Burkina Faso dans la foulée du massacre survenu cette semaine.

Semafo n’est pas la seule entreprise canadienne à avoir été la cible d’attentats au Burkina Faso. En janvier dernier, Kirk Woodman, qui travaillait pour la société d’exploration Progress Minerals, de Vancouver, a été retrouvé mort après avoir été enlevé dans ce pays.
— Avec La Presse canadienne

Semafo en bref
Siège social : Montréal
Année de fondation : 1994
Activités : production d’or
Nombre de mines : 2 (Mana et Boungou au Burkina Faso)
Bourse : Toronto
Symbole boursier : SMF
Capitalisation boursière : 1,1 milliard
Objectif de production 2019 : entre 350 000 et 380 000 onces d’or
PDG : Benoit Desormeaux
Fondateur : Benoit La Salle