Le message avait probablement déjà été passé en privé, mais il est maintenant public : Air France aimerait bien qu’Airbus crée une version allongée de l’A220, l’ancienne C Series.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Air France a passé à la fin du mois de juillet une commande pour 60 appareils A220-300, le plus gros des deux modèles actuels de l’A220, en plus d’ouvrir la porte à 60 commandes supplémentaires.

Cette commande figurait bel et bien dans le plan de la flotte future d’Air France–KLM présenté mardi aux investisseurs par son président et chef de la direction, Benjamin Smith. Mais ce plan affichait aussi une petite surprise, contenue dans sept caractères : « -500 (?) ».

IMAGE FOURNIE PAR AIR FRANCE / PHOTOMONTAGE LA PRESSE

Aperçu du document présenté par le PDG d’Air France

Air France faisait ainsi référence à un hypothétique A220-500, un modèle allongé pour accueillir davantage de passagers. Un tel modèle fait l’objet de rumeurs depuis avant même la mise en service de la C Series. Il expliquait, entre autres, les craintes d’Airbus et de Boeing à l’endroit de l’appareil développé par Bombardier, puisqu’un tel modèle aurait rivalisé plus directement avec l’A320 et le Boeing 737, les vaches à lait des deux géants.

L’inclusion d’une telle référence n’a pas manqué d’attirer l’attention. L’hebdomadaire économique français Le Point a même décrit la manœuvre comme un « appel du pied » à Airbus de la part de M. Smith.

« Si [Airbus créait un A220-500], nous examinerions cette option pour le développement futur de la flotte moyen-courrier (post-2025) », a déclaré par courriel un porte-parole d’Air France, hier.

Un avion payant

Selon ce qu’a confié M. Smith aux investisseurs mardi, chaque nouvel appareil A220 ajoutera 1,3 million d’euros (1,9 million de dollars) au bénéfice d’exploitation d’Air France lorsqu’ils seront en service. Au total, les 60 appareils commandés représentent donc un bénéfice d’exploitation annuel supplémentaire de 75 millions d’euros (110 millions de dollars).

La direction d’Airbus a maintes fois été interrogée au sujet de la possibilité de développer un A220-500 depuis sa prise d’une participation majoritaire dans le programme. Chaque fois, elle a répondu que ses efforts liés à l’A220 étaient pour le moment concentrés sur l’accélération de sa cadence de production et la réduction de ses coûts.

Récemment, au Salon aéronautique du Bourget, l’entreprise a toutefois fait un pas en reconnaissant qu’une telle possibilité existait et que son développement pourrait se faire « assez vite ».

Le chef du soutien à la clientèle et chef de l’ingénierie du programme A220, Rob Dewar, considéré par plusieurs comme le « père » de la C Series, avait alors expliqué qu’on pouvait « certainement ajouter quatre ou cinq rangées », ce qui signifierait de 20 à 25 sièges supplémentaires.

Ajoutés aux 120 à 150 places de l’A220-300, ces sièges feraient d’un éventuel A220-500 un concurrent presque direct du plus lucratif des avions d’Airbus, l’A320neo (150-180 sièges).

« La décision dépend de la stratégie monocouloir d’Airbus », avait indiqué M. Dewar.