Les consommateurs peuvent s’étonner de voir des bâtons de hockey toujours plus chers. Entretien avec le patron du fabricant montréalais d’équipement de hockey CCM, Rick Blackshaw, qui souhaite soutenir la pratique du hockey pour que le plus grand nombre de personnes s’adonnent à notre sport national.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Q. Comment les familles canadiennes peuvent-elles continuer à payer des prix élevés pour jouer au hockey ?

R. Le prix de l’équipement n’est qu’une partie de l’équation. Il y a aussi le coût lié à l’utilisation de l’aréna et les frais d’inscription pour faire partie d’une équipe. Il faut savoir que nos prix d’entrée de gamme ont peu changé au fil des ans. Vous pouvez encore acheter une paire de patins pour 49 $. Ça fait probablement 10 ans que c’est le cas. Depuis trois ou quatre ans, le prix de l’équipement de hockey a probablement augmenté au même rythme que l’inflation, c’est-à-dire de 3 à 4 %.

Dans notre quête pour fabriquer de l’équipement de meilleure qualité, le prix des produits haut de gamme a augmenté. Pour concevoir une pièce 10 % plus légère, il faut utiliser un matériel différent ou une technique de fabrication différente et cela coûte plus cher. Les produits fabriqués à partir de l’ancienne technologie sont cependant vendus à des prix moindres, ce qui fait qu’un bâton à 149 $ est de meilleure qualité au fil des ans. Ce qui était un bâton à 300 $ une année devient, trois ans plus tard, un bâton très similaire qui se vend 149 $.

Q. Que répondez-vous à ceux qui s’indignent de voir un bâton de hockey coûter 400 $ ? Cela ne contribue-t-il pas à nuire au taux de participation ?

R. Il y a des consommateurs qui recherchent les dernières tendances. Pas seulement au hockey, mais aussi dans tous les produits imaginables, comme l’orange bio à 6 $ à l’épicerie. Ces gens vont possiblement vouloir un bâton à 400 $ cette année. C’est ce qu’ils valorisent dans la vie. Et nous ciblons aussi ces gens qui veulent une performance optimale en utilisant un bâton qui pèse 40 grammes de moins. Les matériaux utilisés pour fabriquer ces bâtons coûtent cher. Mais il est encore possible d’acheter un bâton en bois à 20 $ chez Canadian Tire.

Q. Que pouvez-vous faire pour agir sur les prix et tenter d’amener plus de personnes à jouer au hockey ?

R. Nous analysons constamment notre chaîne d’approvisionnement. La réalité est que le coût de fabrication augmente (composés chimiques, fibre de carbone, fibre de verre, main-d’œuvre, électricité, transport, etc.). Pour augmenter le nombre de joueurs ici, il faut regarder du côté des immigrants qui sont le moteur de la croissance de la population. Il faut les amener à s’intéresser au hockey. Une façon d’y arriver est d’avoir des vedettes (P.K. Subban, Matt Dumba, Nazem Kadri, Brianna Decker, etc.) auxquelles ils peuvent s’identifier et raconter les histoires de gens qui viennent d’ailleurs et pour qui le hockey a eu un impact. Il faut montrer qu’il n’y a pas que des hommes blancs canadiens qui pratiquent le hockey.

Q. Pour la première fois de l’histoire, les deux principaux fabricants d’équipement de hockey (CCM et Bauer) appartiennent à des firmes d’investissement privées qui exigent du rendement. Comment est-ce possible avec un taux de participation sur le déclin au Canada ?

R. Il y a des nuances à apporter. Le nombre de joueurs inscrits auprès de Hockey Canada est marginalement en baisse dans les dernières années. Aux États-Unis, le nombre est en hausse. Et ceux qui jouent dans les ligues de garage ne font pas partie des joueurs enregistrés. Le nombre de joueurs qui jouent quotidiennement est certainement en hausse en Amérique du Nord. Et il y a des marchés en développement, comme la Russie et la Chine, où de la croissance peut être générée.

Q. Est-ce que CCM est rentable ?

R. Oui, CCM est rentable et la rentabilité s’est améliorée depuis l’achat par Birch Hill il y a trois ans. C’est tout ce que je peux dévoiler. En CCM, Birch Hill a acheté une des marques les plus populaires au pays. Le chiffre d’affaires de CCM est aujourd’hui d’environ 350 millions CAN [La Presse rapportait il y a une vingtaine de mois que le chiffre d’affaires annuel de CCM atteignait approximativement 250 millions US, soit environ 325 millions CAN]. Nous sommes heureux du momentum dont nous profitons à ce chapitre présentement.