Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Groupe BMR suit avec intérêt les difficultés qu’éprouve le géant américain Lowe’s à rentabiliser ses opérations canadiennes. Depuis le début de l’année, Lowe’s accumule les déboires au Canada avec sa division Rona. BMR pourrait profiter de cette débâcle pour réaliser l’intégration des magasins affiliés à l’enseigne Rona et ainsi accélérer son plan de développement qui prévoit son déploiement sur l’ensemble du territoire canadien.

Visiblement, les efforts incessants que Lowe’s a déployés depuis 2012 pour acheter Rona et avoir une présence significative instantanée au Canada ne portent pas leurs fruits. Lowe’s, qui cherchait à rattraper l’avance que son concurrent américain de toujours, Home Depot, avait prise dans le marché canadien, a finalement réussi à mettre la main sur Rona après plusieurs tentatives en 2016.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Pascal Houle, PDG de Groupe BMR

Mais l’intégration de Rona et son modèle hybride de magasins d’entreprise et de marchands affiliés a donné du fil à retordre à Lowe’s. Les difficultés ne vont qu’en s’accélérant depuis plus d’un an maintenant, alors que les ventes comparables des magasins canadiens ont reculé à chacun des trois derniers trimestres.

« Rona est en situation de vulnérabilité », analyse Pascal Houle, PDG de Groupe BMR, le plus important détaillant québécois de quincailleries avec sa chaîne de 310 magasins, dont 250 sont situés au Québec, une cinquantaine dans les Maritimes et une dizaine en Ontario.

En début d’année, Lowe’s a annoncé la fermeture d’une trentaine de magasins d’entreprise Rona et a dévalué de 1,25 milliard son investissement canadien. Depuis 2016, Lowe’s a remplacé la presque totalité de la haute direction de Rona, dont tout récemment son PDG et son vice-président exécutif.

Mardi, Lowe’s a annoncé le licenciement de 60 employés de son siège social de Boucherville, alors que la délocalisation possible de 200 spécialistes des technologies de l’information a été mentionnée dans les médias de Québecor. Bref, l’aventure Rona de Lowe’s est en train de virer au cauchemar.

Les ventes comparables des magasins canadiens de Lowe’s sont en recul alors que l’industrie se porte bien. C’est sûr que l’on suit la situation de très près.

Pascal Houle, PDG de Groupe BMR

« On ne connaît pas les intentions de Lowe’s, mais nous sommes intéressés par les magasins Rona qui sont exploités par des marchands propriétaires. C’est notre modèle d’affaires d’appuyer des entrepreneurs indépendants en participant à leur succès et on serait en mesure de réaliser une transaction », poursuit Pascal Houle.

Bien évidemment, tout va dépendre de la suite des événements et de la volonté de la haute direction de Lowe’s de poursuivre ou non ses activités canadiennes dans leur forme actuelle. Ou encore de donner un sérieux coup de barre pour renverser la situation désastreuse dans laquelle elle se retrouve.

Depuis la vente de Rona à Lowe’s, en 2016, une dizaine de marchands ont abandonné l’enseigne Rona pour rallier celle de BMR. Les marchands affiliés à Rona sont liés à leur enseigne avec des contrats de cinq, sept ou dix ans, ce qui a pu freiner le mouvement de conversion.

Des modèles incompatibles

Dès les premières approches que Lowe’s a entreprises pour faire l’acquisition de Rona en 2012, le PDG de l’époque, Robert Dutton, avait contesté la pertinence de la démarche en raison des différences fondamentales entre les activités américaines de Lowe’s et celles de Rona.

Un constat que partage encore aujourd’hui Pascal Houle.

« Lowe’s exploite des magasins corporatifs grande surface en milieux urbains. Rona a des centaines de magasins de toutes les tailles en région qui appartiennent à des marchands affiliés. Ils ne savent pas comment opérer cette structure. Ils ont commis une erreur stratégique », constate Pascal Houle.

Le PDG du groupe québécois de quincailleries n’a pas eu de discussions avec la direction américaine de Lowe’s. Il ignore tout des intentions du groupe, mais il affirme qu’il serait en mesure de faire une offre si l’occasion se présente.

BMR n’est pas intéressé aux quelques 200 magasins d’entreprise Rona ni aux 21 Réno-Dépôt, mais aimerait bien intégrer les 200 magasins Rona affiliés et la centaine de magasins Ace à l’ouest du Québec, eux aussi exploités par des marchands affiliés.

Notre ambition, c’est de devenir un groupe pancanadien, et cela nous permettrait de réaliser notre objectif beaucoup plus rapidement que prévu.

Pascal Houle, PDG de Groupe BMR

Il précise toutefois que l’intégration de plusieurs Rona serait plus compliquée à réaliser dans les nombreuses régions au Québec où BMR est déjà présent.

Le financement d’une telle opération ne ferait pas problème. BMR appartient à La Coop fédérée, un groupe solide qui affiche des revenus annuels de 8,5 milliards et qui est actif dans trois grands secteurs : la transformation alimentaire avec Olymel, la production agricole (engrais, semences…) avec Sollio Agriculture et, enfin, les activités de détail avec BMR.

« On a les ressources à La Coop fédérée et les partenaires financiers pour réaliser une transaction de cette envergure. On ne connaît pas les plans de Lowe’s, mais la publication des prochains résultats financiers, le mois prochain, va nous donner une bonne indication de l’évolution de leur situation », souligne Pascal Houle.

Groupe BMR pourrait bien devenir la solution québécoise aux problèmes canadiens persistants que rencontre l’américaine Lowe’s.