Que faire pour augmenter le nombre de femmes dans les postes de haute direction et au sein des conseils d’administration ? Des acteurs du milieu des affaires y vont de leurs suggestions.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Que l’on favorise la diversité 

Pour arriver à la parité, l’imposition de quotas est nécessaire, pense La Gouvernance au Féminin. « On en a imposé un de 40 % en France dans les C.A. et on y est arrivé, rappelle la présidente et fondatrice de l’organisme Caroline Codsi. Quand on légifère, on trouve les femmes. Quand on ne légifère pas, on trouve des excuses. Je vois n’importe quelle initiative de façon positive, car ça amène des gens à penser à des groupes sous-représentés. Et ce n’est pas qu’une question éthique, mais stratégique aussi : je ne veux pas m’entourer que de personnes comme moi autour d’une table, sinon je vais me regarder dans le miroir. Je veux vivre dans un Canada prospère, et ça passe par la diversité. » 

Que l’État exige un plan

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) propose de dresser la liste des entreprises qui ne progressent pas. Et que l’État force le dépôt d’un plan pour atteindre la zone paritaire (au moins 40 % de femmes dans les C.A.) pour toutes les entreprises qui bénéficient de ses programmes. « Les entreprises sont devenues conscientes du risque réputationnel qu’elles courent quand il y a peu de femmes [à la haute direction et au conseil d’administration], dit Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM. Il reste des entreprises dinosaures qui ne bougent pas. Il faut les identifier, et le gouvernement est en droit de vouloir voir des plans pour atteindre la zone paritaire sur un horizon de cinq ans. Tous les programmes d’appui relevant de l’État devraient exiger le dépôt d’un plan visant à atteindre la zone paritaire. Les entreprises définiraient elles-mêmes leurs plans pour y arriver. » 

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Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM)

Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers

Le nombre de femmes en affaires ou à la tête d’entreprises augmente. « Mais il ne faut surtout pas ralentir le pas parce qu’on a de bons résultats, explique Sévrine Labelle, PDG de Femmessor. La nouvelle génération d’entrepreneurs est paritaire. Donc ça pourrait être tentant d’arrêter les efforts. Mais tant qu’on n’est pas paritaire dans les plus grandes entreprises, il ne faut pas ralentir. Il faut aussi voir le potentiel de développement grâce aux femmes et pousser les modèles pour les inspirer à se lancer. Femmessor a lancé une campagne récemment avec 100 femmes. Elles peuvent ainsi agir comme locomotives. »

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Sévrine Labelle, PDG de Femmessor

Fédérer les initiatives

Du côté de l’entrepreneuriat, différentes aides existent déjà pour aider les femmes à se lancer en affaires. Mais encore faut-il savoir ce qui existe, selon le Réseau des femmes d’affaires du Québec. « On veut être au courant de toute l’information qui existe pour la relayer aux femmes, souligne sa PDG Ruth Vachon. Il faut faire la promotion des programmes qui existent. Avec Ernst & Young et la BDC, on a sorti un guide pour les femmes entrepreneures. On y trouve qui donne des subventions, du financement, de la formation… C’est un lien direct pour avoir de l’aide. Mais encore faut-il que ce soit connu. »

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Ruth Vachon, PDG du Réseau des femmes d’affaires du Québec

De la volonté et des mesures incitatives 

Il est plus facile d’engager ceux qui nous ressemblent… « Ça demande un plus grand effort de regarder ailleurs, constate Christiane Bergevin, présidente du conseil de la Chambre de commerce du Canada. Or, avec des incitatifs de performance, on peut y arriver. Il faut aussi de la volonté sur le plan des promotions, car les femmes sont là. Par exemple, le pourcentage de femmes au Canada qui obtiennent un diplôme en comptabilité est de près de 50 % depuis 1989. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus de cheffes des finances dans les entreprises ? »

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Christiane Bergevin, présidente du conseil de la Chambre de commerce du Canada

— Avec Vincent Brousseau-Pouliot, La Presse