La recherche d’avions de plus en plus légers, et par conséquent moins gourmands en pétrole, profite à Alphacasting, de l’arrondissement de Saint-Laurent, la seule fonderie canadienne en mesure de produire des pièces en titane.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le fondateur Arduino Centazzo et son fils Frederik-Pierre dirigent l’entreprise d’environ 190 employés qui a conçu une première pièce en titane – un laryngoscope – il y a « sept ou huit ans », pour le compte d’un client dans le domaine médical qui en a fait la demande. Il y avait une possibilité de récupérer à bon prix un four spécialisé, alors ils ont sauté sur l’occasion. La décision rapporte aujourd’hui.

« La demande en aéronautique a explosé », note Frederik-Pierre.

Alors que l’entreprise répond typiquement à une vingtaine de demandes de soumissions par mois, elle en avait plus de 250 dans le collimateur au moment de notre passage, à la mi-septembre.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Depuis sa fondation, Alphacasting a fabriqué environ 2000 modèles différents de pièces, dans plus d’une soixantaine d’alliages.

L’entreprise est en train de franchir les étapes de qualification nécessaire chez trois nouveaux clients potentiels majeurs : le fabricant de fuselages et structures Spirit AeroSystems, ainsi que les conglomérats General Dynamics et Honeywell.

Et alors que certaines de ses pièces se sont déjà retrouvées dans des appareils de Boeing, par fournisseurs interposés, le géant a récemment demandé à Alphacasting de lui fournir directement des soumissions.

Les trois gros fabricants de pièces en titane sont complètement saturés, alors ça nous emmène beaucoup de clients. Ces clients constatent aussi que l’on fait autre chose que du titane et nous demandent de soumissionner sur d’autres pièces.

Frederik-Pierre Centazzo

2000 modèles différents de pièces

Depuis sa fondation, Alphacasting a fabriqué environ 2000 modèles différents de pièces, dans plus d’une soixantaine d’alliages. Certaines ne sont livrées qu’en quelques exemplaires, d’autres sortent à coups de milliers chaque mois. L’une des plus facilement reconnaissables est une sorte de « torche olympique » installée à la base et au sommet des poteaux dans les nouvelles voitures de métro Azur.

Le titane attire les constructeurs en raison de son faible poids, de sa résistance à la chaleur et de sa résistance mécanique « comparable à certains aciers ». Il est de plus en plus appelé à remplacer l’acier dans des avions, de la même façon que des matériaux composites remplacent les pièces d’aluminium.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Alors qu’Alphacasting répond typiquement à une vingtaine de demandes de soumissions par mois, elle en avait plus de 250 dans le collimateur au moment de notre passage, à la mi-septembre.

Frederik-Pierre Centazzo s’explique difficilement pourquoi aucune autre fonderie canadienne ne s’est encore lancée dans ce créneau, bien qu’il reconnaisse que les enjeux sont différents.

« C’est un matériau dispendieux, qui coûte de 15 $ à 16 $ la livre comparativement à 2 $ ou 3 $ pour l’aluminium. On ne peut réutiliser les retailles et ça consomme beaucoup d’électricité. »

La part des ventes de pièces en titane, déjà significative chez Alphacasting, pourrait doubler d’ici quelques années, croient les deux gestionnaires. C’est pourquoi l’entreprise investit environ un demi-million de dollars dans des chambres de coffrage destinées aux pièces en titane.