À vendre depuis « près de deux ans », l’ancien restaurant Europea de Jérôme Ferrer, dans une maison victorienne du centre-ville de Montréal, peine à trouver preneur. D’abord mis sur le marché à 495 000 $, il est désormais affiché à 190 000 $. Une situation qui met en lumière la difficulté que peuvent avoir les restaurateurs à revendre leurs actifs.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Après avoir déménagé l’Europea, à la fin de 2018, Jérôme Ferrer devait entamer des travaux dans son local des 16 dernières années – le 1227, rue de la Montagne – et y lancer un nouveau concept sans tables ni chaises. Les clients auraient mangé sur des lits, comme cela s’est vu à Miami, notamment.

Or, après une « réflexion de nombreux mois », les plans ont changé. Le chef a choisi de mettre son projet « sur la glace ». Pour le moment, il préfère concentrer son énergie et son argent dans son nouvel établissement baptisé Restaurant Jérôme Ferrer – Europea et situé rue de la Montagne, un peu plus au sud.

« C’est mieux de focaliser sur un seul objectif […], de mettre l’accent sur une seule maison », nous a-t-il confié au bout du fil.

Les repreneurs ne se bousculent pas au portillon. Ce qui ne surprend pas vraiment M. Ferrer, étant donné qu’il ne vend pas le nom Europea, dit-il. « [Autrement], c’est sûr que ç’aurait été facile et qu’il y aurait du monde à la porte ! »

Le prix de vente inclut uniquement un bail et de l’équipement.

Six mois pour vendre en moyenne

La fiche descriptive de l’ancien Europea précise que le restaurant est situé dans l’un « des meilleurs endroits du centre-ville, près du Centre Bell », de quelques hôtels et de restaurants connus, écrit Bluuglass Immobilier, mandatée pour le vendre il y a six mois. Auparavant, Jérôme Ferrer avait tenté de faire lui-même le travail.

Bluuglass ajoute que l’endroit offre des « possibilités nombreuses : restaurant, bar, speakeasy, traiteur, concept multiple » et que l’édifice (d’une valeur de 2 millions) n’est pas inclus dans le prix. Celui-ci appartient à Marc Kakon.

Si tu n’es pas propriétaire du site, si tu es juste un locataire, tout l’enjeu est là.

François Meunier, porte-parole de l’Association des restaurateurs du Québec

Il ajoute que « les fonds de commerce, ç’a toujours été dur à vendre ». Et ce, même quand les affaires sont bonnes, comme c’est le cas actuellement. Les ventes nettes (une donnée qui exclut l’impact de l’inflation alimentaire) des restaurants du Québec ont augmenté de 3,1 % en 2018, ce qui se compare à une hausse de 0,9 % au Canada.

Le directeur des ventes de Bluuglass, Nathaniel Obispo, soutient plutôt qu’il est avantageux financièrement d’acheter un fonds de commerce. « Si vous prenez un local totalement vide pour le transformer en restaurant, on parle d’un investissement de 600 000 $ pour une superficie moyenne de, disons, 1000 pieds carrés. »

Selon cet expert, les restos se vendent « en six mois, en moyenne ».

Or, l’ancien Europea est « un cas très particulier de restaurant qui faisait des ventes de 7 millions dans un marché très haut de gamme », ce qui réduit le bassin d’acheteurs potentiels.

« Loyer très lourd »

De plus, « c’est un emplacement près du Centre Bell, dont le loyer est extrêmement lourd. Et la disposition est particulière », sur quatre étages. Cela fait beaucoup d’escaliers pour le transport des plats chauds et de la vaisselle sale, note Nathaniel Obispo en refusant de dévoiler les détails du bail.

Étant donné les coûts d’occupation, un restaurateur qui vendrait des assiettes à 12 $ ne pourrait évidemment pas faire ses frais. « Il faudrait un concept assez similaire » à l’Europea en termes de gamme de prix, convient M. Obispo.

Jusqu’ici, Bluuglass, spécialisée en immobilier commercial, affirme que le 1227, rue de la Montagne a eu « plusieurs visites pour des concepts totalement différents ».

L’agence est actuellement mandatée pour vendre 34 restaurants au Québec. Très souvent, le processus se fait dans la plus grande discrétion. « Les clients et les employés ne le savent pas, ce qui permet au propriétaire de garder une belle dynamique », confie M. Obispo.

D’autres restaurants à vendre sur le site LesPacs

21, rue de la Commune Est, Montréal (La Crème de la crème) : 229 000 $
« 2 permis d’alcool de bar, très rares dans le Vieux Montréal, permis intérieur et permis sur la terrasse. Cuisine simple, reprendre ou faire un nouveau concept. »

1805, boulevard De Maisonneuve Ouest, Montréal (Presse Café) : 399 000 $
« L’entreprise a beaucoup investi dans l’équipement et la rénovation de ce café les derniers mois. Le café fait plus de 380 000 $ par an. »

1011, rue Ontario Est, Montréal (G & G Pâtisserie Gourmande) : 99 000 $
« L’établissement idéalement situé entre le Quartier latin et le Village fait partie des meilleures pâtisseries de Montréal ! Raison de la vente : Problèmes de santé. »

4906, rue Sherbrooke Ouest, Westmount (La Foumagerie) : 175 000 $
« L’entreprise est en existence depuis 39 années, est également reconnue et dispose d’une clientèle établie. Elle opère à profit et présente un potentiel d’expansion à travers une diversification de produits et services très en demande. »

34, rue Saint-Jacques, Saint-Jean-sur-Richelieu (Vivaldi) : 349 000 $
« Restaurant très rentable avec chiffre d’affaires de + 500 000 $ et ce avec ouverture seulement 30 hres/sem en soirée. Offrant tout un potentiel d’augmentation des revenus si l’acheteur désire prolonger les heures d’ouverture. La bâtisse commerciale est aussi en vente (399 900 $ + tx). »