(Québec) Depuis cinq ans, la crise du plastique ne cesse de prendre de l’ampleur alors qu’on est régulièrement bombardés d’images apocalyptiques de plages submergées de déchets plastiques ou de sites de récupération inondés de ballots de résidus en attente permanente de recyclage. La crise du plastique est même devenue l’une des principales sources de l’écoanxiété ressentie par de plus en plus de gens sur la planète.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Malgré tout, la production mondiale de plastique progresse toujours de près de 4 % par année. Mais la prise de conscience collective des effets dévastateurs de la prolifération des déchets plastiques exerce une pression pour la réduction de l’utilisation de ce matériau devenu plus détestable qu’utile.

Jamais au cours des deux dernières années on ne m’a offert une bouteille d’eau dans les entreprises que je visite chaque semaine. Partout, on a troqué la bouteille de plastique par le traditionnel, et tellement efficace, verre que l’on pourra réutiliser des milliers de fois. Une pratique élémentaire, mais efficace.

La pression est aussi devenue grande chez les géants de l’industrie, qui sont toujours de grands utilisateurs du plastique, et certains ont décidé d’investir pour réduire ou gérer de façon plus efficace leur consommation de plastique.

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« La prise de conscience collective des effets dévastateurs de la prolifération des déchets plastiques exerce une pression pour la réduction de l’utilisation de ce matériau devenu plus détestable qu’utile », écrit Jean-Philippe Décarie.

C’est le cas de Coca-Cola, qui s’est engagée à réduire de 20 % son empreinte environnementale au cours des cinq prochaines années. La multinationale a décidé de lancer un projet-pilote avec la société d’embouteillage brésilienne FEMSA, qui est responsable de la distribution de 45 % de la production mondiale de Coca-Cola.

FEMSA s’est associée avec la firme québécoise Optel pour mieux gérer les 2 milliards de bouteilles en plastique qu’elle produit annuellement dans ses usines d’Amérique du Sud.

Optel conçoit et commercialise à l’échelle mondiale des solutions de traçabilité et d’inspection de médicaments, de produits alimentaires et de matières premières. L’entreprise est établie à Québec, où elle emploie 550 personnes, et dispose d’usines au Brésil, en Irlande et en Inde.

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Louis Roy, PDG d’Optel

Coca-Cola veut optimiser son utilisation du plastique. Grâce à nos technologies, l’embouteilleur FEMSA va être en mesure de suivre chacune des 2 milliards de bouteilles en plastique qu’elle produit en Amérique du Sud.

Louis Roy, PDG d’Optel

« Elle va être en mesure de calculer le nombre de fois que les bouteilles vont avoir été recyclées. Elle va aussi être en mesure de mieux choisir ses fournisseurs en fonction de la durabilité des bouteilles », m’explique le PDG.

En Amérique du Sud, les bouteilles de plastique sont consignées et doivent être retournées à l’embouteilleur. Une bouteille peut être réutilisée jusqu’à 25 fois durant sa durée de vie.

Spécialiste de l’économie circulaire

Optel s’est clairement positionnée pour devenir un leader mondial de l’économie circulaire. Son association avec Coca-Cola et FEMSA en est une belle illustration.

« On est devenus spécialiste de l’économie circulaire parce qu’on peut assurer la traçabilité d’un produit, d’une commodité, de sa naissance jusqu’à sa mort. Du berceau au cercueil, comme disent les Américains », m’explique Louis Roy.

« Le plastique est en soi un matériau utile. C’est sa disposition qui fait problème. En assurant une plus grande durée de vie des produits en plastique, on réduit la fabrication de nouvelles unités », précise-t-il.

La technologie d’Optel a permis au fabricant mondial d’imprimantes et de cartouches d’encre Lexmark de mettre en place un programme de recyclage de cartouches, qui étaient jusque-là jetées à la poubelle.

« Aujourd’hui, Lexmark réutilise 50 % des cartouches qu’elle fabrique. Et la beauté de la chose, c’est une entreprise montréalaise, le Groupe Lavergne, qui a le mandat mondial de recycler les cartouches d’encre usagées de Lexmark », souligne Louis Roy.

Optel est en pourparlers avec tous les grands groupes industriels qui s’intéressent à l’économie circulaire partout à travers le monde. Cette activité qui ne représente aujourd’hui que 1 % des revenus du groupe devrait générer près de 35 % de son volume d’affaires d’ici 5 ans.

On permet aux entreprises d’optimiser leur chaîne de production, de l’approvisionnement jusqu’à la fabrication. La crise du recyclage nous offre plein d’opportunités technologiques. On va aider les entreprises à régler leurs problèmes.

Louis Roy

En ayant investi 40 millions au cours des dernières années dans la traçabilité numérique, Optel est à peu près le seul acteur dans ce marché à faire ce qu’elle fait. Et l’expertise du groupe commence à être reconnue.

« J’ai été invité à participer la semaine prochaine à la rencontre de l’Assemblée des Nations unies pour l’Environnement, à New York, et à une rencontre du comité de l’environnement du Forum économique mondial. Ils veulent que je leur parle d’économie circulaire et des technologies qu’on a développées pour la rendre plus efficace. On est à la bonne place au bon moment », constate-t-il avec un large sourire.