Alors qu’elle est toujours à la recherche de financement pour compléter son projet, la société québécoise Nemaska Lithium s’est adressée à la cour hier pour se départir d’une créance de 350 millions US contractée auprès d’un groupe d’investisseurs. Et elle devra trouver cette somme ailleurs.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Nemaska veut exploiter une mine de lithium à la Baie-James et une usine de transformation à Shawinigan, un projet pour lequel elle a récolté 1,1 milliard CAN en financement l’an dernier et qui fait déjà face à des dépassements de coûts de 375 millions CAN.

Si l’entreprise veut se départir de sa créance de 350 millions US, la firme norvégienne Nordic Trustee AS, qui représente les détenteurs de ces obligations de premier rang, a annoncé son intention de bloquer cette démarche, a fait savoir l’entreprise hier dans un communiqué.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Guy Bourassa, PDG de Nemaska Lithium

Après des mois de discussions entre les parties, aucune entente n’a pu être conclue et Nemaska Lithium a décidé de renoncer à ce financement, a expliqué son président, Guy Bourassa.

La créance de 350 millions US était accessible à Nemaska à certaines conditions et l’entreprise ne l’avait pas encore entamée. Mais les intérêts de quelque 40 millions US par année étaient acquittés.

Les obligations de premier rang portaient intérêt à 11,25 %.

Nemaska Lithium fait valoir que le retard dans la finalisation de son projet, annoncé en juillet dernier, est une des conditions de l’entente qui lui permet de mettre fin à ce financement.

Une bonne et une mauvaise nouvelle

La bonne nouvelle, selon Guy Bourassa, c’est que les sommes économisées en intérêts et la récupération d’une somme de 40 millions mise en garantie aideront l’entreprise à poursuivre l’avancement de son projet.

Mais la mauvaise nouvelle, c’est que Nemaska Lithium devra trouver ailleurs ces 350 millions US qui faisaient partie de son financement global de 1,1 milliard CAN.

Nemaska Lithium avait d’ailleurs remporté le prix du financement de l’année décerné par la Prospectors and Developers Association of Canada.

C’était le financement approprié l’année dernière, mais le marché change.

Gabrielle Tellier, porte-parole de Nemaska Lithium

Le gouvernement du Québec, qui a mis 130 millions dans le projet, et la firme japonaise Softbank appuient toujours Nemaska dans ses démarches de financement, a indiqué l’entreprise.

Le gouvernement du Québec est actuellement le plus important actionnaire de l’entreprise, avec une part de 13 %.

En attente des 600 millions de Pallinghurst

Le président Guy Bourassa a expliqué que son entreprise était toujours en discussions avec la firme Pallinghurst, qui a proposé d’investir 600 millions CAN dans le projet de mine de spodumène et d’usine de production d’hydroxyde de lithium.

Pallinghurst est informée de la décision de mettre fin au financement de 350 millions US et souhaite toujours poursuivre les discussions sur un éventuel investissement, indique l’entreprise. Les discussions devraient être conclues avant le 19 octobre, ont prévu les parties.

Pallinghurst a offert de participer à un financement privé de 200 millions à 0,25 $ l’action et de souscrire à une offre de droits pour une somme de 400 millions, toujours à 0,25 $ l’action.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Hier, le titre de Nemaska Lithium s’échangeait à 0,29 cent à la fermeture des marchés, en baisse de près de 8 %.

Plus tôt cette année, l’entreprise avait annoncé un retard dans la réalisation de son projet de mine et d’usine, et un dépassement de coûts de 375 millions CAN. Hier, la porte-parole parlait d’une somme de 300 millions CAN pour compléter le financement du projet, auxquels s’ajoutent les 350 millions US de la créance obligataire dont Nemaska Lithium veut se départir. Cela porte le total à quelque 760 millions CAN.

L’entreprise a fait savoir qu’au 30 juin 2019, à la fin de son exercice financier, elle disposait de 128 millions en liquidités pour continuer ses activités.