(Détroit) Plus de 49 000 travailleurs membres du syndicat United Auto Workers ont entamé lundi une grève chez General Motors, signant ainsi le premier arrêt de travail en plus d’une décennie chez le premier constructeur automobile aux États-Unis.

Tom Krisher et Mike Householder
Associated Press

Au total, 33 usines et 22 centres de distribution de pièces ont été mis à l’arrêt dans neuf États américains.

Les travailleurs ont quitté les usines et formé des piquets de grève peu après minuit, à la suite de l’échec des dernières négociations en vue de signer une nouvelle convention collective de quatre ans.

Le négociateur en chef du syndicat a affirmé, dans une lettre à l’entreprise, que la grève aurait pu être évitée si l’entreprise avait présenté sa dernière offre plus tôt.

La lettre datée de dimanche laisse entendre que l’entreprise et le syndicat ne sont pas aussi éloignés l’un de l’autre que la rhétorique qui a précédé la grève pourrait le laisser croire. Les négociations ont repris lundi à Detroit après une pause ce week-end.

Mais le porte-parole du syndicat, Brian Rothenberg, a indiqué que les deux parties ne se sont entendues que sur seulement 2% du contrat. «Il nous reste 98% à régler», a-t-il affirmé lundi.

Wall Street n’a pas été contente de voir les piqueteurs. Les actions de GM ont chuté lundi de 4,25% à 37,21 $ à la Bourse de New York.

Échelle salariale à deux niveaux

Sur le piquet de grève, lundi, à l’usine de transmission de GM à Toledo, dans l’Ohio, des employés qui disent avoir travaillé pour l’entreprise depuis plus de 30 ans s’inquiètent pour leurs collègues plus jeunes qui gagnent moins d’argent en raison de l’échelle salariale à deux niveaux de GM, et qui bénéficient de moins d’avantages sociaux.

Paul Kane, employé de GM depuis 42 ans et originaire de South Lyon, au Michigan, a affirmé que la plus grande partie des objectifs du syndicat ne le concernerait pas.

AFP

La grève entamée lundi est la première organisée par le syndicat à l’échelle nationale depuis 2007.

«Ce n’est pas correct de travailler à côté de quelqu’un, de faire le même travail et de gagner beaucoup plus d’argent», a-t-il estimé. «Ils devraient gagner la même chose que moi. Ils ont des familles à soutenir.»

M. Kane a souligné que les travailleurs de GM avaient abandonné les augmentations de salaire et fait d’autres concessions pour maintenir GM à flot en 2009, alors qu’elle traversait un processus pour se protéger de la faillite.

«Maintenant, c’est à leur tour de nous rendre la pareille», a-t-il fait valoir. «C’était la promesse qu’ils ont faite.»

Le vice-président du syndicat des travailleurs unis de l’automobile (UAW), Terry Dittes, a indiqué à GM que la dernière offre de la société aurait peut-être pu permettre de parvenir à un accord si elle n’avait pas été présentée que deux heures avant l’expiration du contrat de travail de GM, samedi soir.

Dans sa lettre au vice-président chargé des relations de travail chez GM, Scott Sandefur, M. Dittes a écrit que la société avait attendu trop longtemps avant de présenter cette offre. GM a publié un communiqué dans lequel il déclarait vouloir parvenir à un accord garantissant un avenir solide aux travailleurs et à l’entreprise.

M. Dittes a écrit qu’il restait de nombreux points importants dans les discussions, notamment les augmentations de salaire, le salaire des nouveaux employés, la sécurité de l’emploi, le partage des bénéfices et le traitement des travailleurs temporaires.

«Nous sommes prêts à nous réunir aussi souvent et aussi longtemps que nécessaire pour parvenir à un accord qui traite nos membres équitablement», a affirmé M. Dittes.

Nouveaux produits proposés

GM a annoncé dimanche avoir proposé des augmentations de salaire et des investissements dans des usines américaines pour un montant de 7 milliards US, ce qui générerait 400 nouveaux postes, dont une minorité serait comblée par les employés actuels. GM n’a pas fourni de nombre précis. La société a également déclaré qu’elle offrait une participation aux bénéfices plus élevée, des avantages pour la santé «les plus intéressants au niveau national» et un paiement de 8000 $ US à chaque travailleur lors de la ratification.

Avant l’interruption des négociations, GM a proposé de nouveaux produits pour remplacer la production dans deux des quatre usines américaines qu’elle envisage de fermer.

La société s’est engagée à construire une nouvelle camionnette électrique dans une usine de Detroit, selon une personne qui aurait parlé à l’agence Associated Press sous anonymat. La personne n’était pas autorisée à divulguer les détails des négociations.

La grève entamée lundi était la première organisée par le syndicat à l’échelle nationale depuis un débrayage de deux jours en 2007, qui a eu peu d’impact sur l’entreprise.

Les travailleurs de Fiat Chrysler et de Ford continuaient à travailler en vertu de prolongations de contrat. Tout accord conclu avec GM servira de modèle pour les discussions avec les deux autres constructeurs.