La nomination du nouveau leader de Mediagrif souffle un vent d’optimisme sur l’entreprise de Longueuil spécialisée dans le commerce électronique.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Si Luc Filiatreault possède une longue expérience dans le secteur des technologies, ce n’est pas la première fois qu’on lui confie un mandat visant à promouvoir la croissance au sein d’une organisation. Mais ce nouveau patron a aussi de l’expérience en vente d’entreprises.

Dans les 12 dernières années, Luc Filiatreault a travaillé au sein de trois entreprises qui ont été vendues alors qu’il occupait le poste de PDG.

En 2007, il dirigeait PG Govern lorsque cette entreprise a été achetée par une filiale de Constellation Software. Trois ans plus tard, il était aux commandes chez Nstein quand le géant ontarien OpenText en a fait l’acquisition pour un prix deux fois supérieur à sa valeur boursière. En 2012, Luc Filiatreault pilotait Neuralitic au moment où cette entreprise a été avalée par la californienne Guavus.

Rien ne garantit que la même chose se produira à court terme avec Mediagrif, car la volonté de relancer les activités à l’interne est ferme.

Le président du conseil d’administration a néanmoins indiqué hier en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires avoir eu dans la dernière année des discussions avec plusieurs acquéreurs potentiels. « On a eu des approches comme on a approché d’autres entreprises », a dit Gilles Laporte.

« En bout de ligne, les offres n’étaient pas raisonnables. Mais il ne faut pas se le cacher, Mediagrif est une entreprise complexe. Des gens nous ont dit vouloir certains morceaux, et la valeur de ces morceaux était plus élevée que la capitalisation boursière de Mediagrif. On a eu des discussions, mais rien de concluant », a-t-il ajouté.

« Mais notre intention n’est pas de vendre demain matin. De toute façon, ça ne serait pas correct pour les actionnaires de vendre, compte tenu de la valeur boursière actuelle. On va faire une petite job pour remonter ça à un niveau qui a de l’allure. »

Mandat clair

Mediagrif souhaite accélérer sa croissance et ce mandat est confié à Luc Filiatreault. Il entrera en fonction lundi.

Fils d’un diplomate canadien, Luc Filiatreault est né au Royaume-Uni. Ce gestionnaire de 54 ans a vécu dans une dizaine de pays et est aujourd’hui résidant de Saint-Bruno-de-Montarville.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Luc Filiatreault, président et chef de la direction de Mediagrif, et l’ancien PDG de l’entreprise, Claude Roy, lors de l’assemblée annuelle des actionnaires

Mediagrif est une compagnie extraordinaire et méconnue, avec des bases extrêmement solides.

Luc Filiatreault

« La croissance, l’hypercroissance même, a toujours été mon cheval de bataille », a dit Luc Filiatreault en marge de l’assemblée des actionnaires de Mediagrif, qui a été son premier contact avec les employés et les actionnaires de l’entreprise.

« Luc est un gars facile à vivre, intelligent et qui connaît l’informatique, a souligné Gilles Laporte. Il a eu du succès partout où il est passé. Il a amené beaucoup de croissance dans les entreprises où il a été présent et nous avons besoin de son dynamisme. Il va aussi aider à motiver tout le monde. On est une business de personnes. Les entreprises comme la nôtre, c’est du brain power à 100 %. »

Mediagrif était à la recherche d’un nouveau PDG depuis l’annonce, en mars, du départ à la retraite de Claude Roy.

Situation enviable

L’entreprise a amorcé cette année un recentrage de ses activités vers le commerce interentreprises (B2B). L’opération a été lancée avec la vente du site LesPAC en juin, et on cherche toujours un acheteur pour Jobboom et Réseau Contact.

Mediagrif souhaite optimiser sa croissance dans deux lignes d’affaires : l’approvisionnement stratégique (notamment avec ses filiales MERX et BidNet) et le commerce unifié (avec Orckestra, InterTrade et Carrus). Les prévisions dans ces secteurs montrent des dépenses de plusieurs milliards de dollars et une croissance à deux chiffres d’ici 2023, soutient Gilles Laporte.

Mediagrif est rentable, n’a pas de dette, et environ 80 % de ses revenus sont récurrents. « C’est extrêmement puissant », dit Gilles Laporte.

« Nous avons une marge bénéficiaire enviable dans le secteur des technologies et nos liquidités sont positives. Nous sommes assurément dans une bonne position pour nous lancer dans notre ambitieuse stratégie de croissance. »

La valeur boursière du titre n’est pas du tout représentative d’une organisation en aussi bonne santé, selon Gilles Laporte. « Nous avons un travail de communication à faire pour mieux présenter ce qu’on fait. Nous avons été négligents à ce niveau. C’est de notre faute », dit-il.

La croissance « anémique » des revenus est directement liée à la sous-performance des plateformes grand public (B2C) de Mediagrif, selon l’analyste Amr Ezzat, de la firme Echelon. « C’est ce qui a placé le titre sous pression en Bourse. »

L’action de Mediagrif s’est appréciée de 8 % hier pour clôturer à 5,72 $ à Toronto.

INFOGRAPHIE LA PRESSE