(New York) Le fonds activiste Elliott Management a annoncé avoir investi 3,2 milliards de dollars dans AT&T et pousser pour une nouvelle stratégie, une offensive saluée par Donald Trump qui en a profité pour taper sur CNN, détenue par le groupe de médias et de télécommunications.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

Elliott, un des fonds les plus puissants au monde et dont les bras de fer avec les directions des entreprises dans lesquelles il investit sont souvent très médiatisés, critique notamment l’acquisition récente pour 80 milliards de dollars de WarnerMedia, ex Time Warner (CNN, HBO et Warner Bros.) par AT&T.

«En dépit du fait d’avoir disposé de près de 600 jours entre la signature de l’accord et la finalisation de l’opération […] AT&T n’a toujours pas mis en place une stratégie claire pour expliquer pourquoi il avait besoin de racheter Time Warner», fustige Elliott, dans une lettre adressée au Conseil d’administration de l’opérateur télécoms.

Le président Trump, dont le gouvernement avait tenté de bloquer sans succès le mariage AT&T-Time Warner a réagi promptement lundi, qualifiant de «bonne nouvelle» l’incursion d’Elliott.

«Bonne nouvelle qu’un investisseur activiste soit maintenant impliqué dans AT&T. En tant que propriétaire du TRÈS FAIBLES TAUX D’AUDIENCE@CNN, peut-être qu’ils vont maintenant mettre fin aux FAUSSES NOUVELLES émanant de ses "présentateur"+ non crédibles«, a tweeté le locataire de la Maison-Blanche.

«J’ai également entendu, qu’à cause de ses mauvaises audiences, elle (CNN) perdait beaucoup d’argent […] mais le plus important, @CNN est mauvais pour les États-Unis», poursuit le magnat de l’immobilier, affirmant ensuite, sans fournir de preuves, que CNN International «déverse» des «mauvaises et fausses informations à travers le globe».

«C’est la raison pour laquelle les dirigeants étrangers me demandent toujours : "Pourquoi les Médias détestent autant les États-Unis?"», conclut M. Trump.

Fonds vautour

Elliott n’a pas dévoilé lundi ses intentions envers CNN et n’a pas évoqué dans sa lettre la couverture de la chaîne d’informations, dont les journalistes et présentateurs sont très critiques de l’administration Trump et n’hésitent pas à traiter de mensonges des déclarations non avérées du président américain.

Le fonds s’est contenté de déplorer le manque de stratégie claire de AT&T, qui se serait traduit, selon lui, par un retour sur investissement «décevant sur une période prolongée» pour les actionnaires.

Il attribue cette «contreperformance« à «une combinaison de revers stratégiques et opérationnels», dont l’acquisition avortée de l’opérateur T-Mobile en 2011 pour 39 milliards de dollars.

«En dépit de ces revers, AT&T possède encore une classe d’actifs de qualité mondiale, qui sont valorisés actuellement à des niveaux historiquement bas», défend Elliott, affirmant ensuite qu’une nouvelle stratégie pourrait permettre de les estimer à leur juste valeur.

Cette feuille de route passe, selon le fonds, par une concentration sur le portefeuille d’actifs actuels, une amélioration de la performance opérationnelle, une meilleure gouvernance, un management amélioré et davantage de contrôles.

«Elliott est impatient de travailler en collaboration avec l’équipe d’AT&T […] afin de permettre à l’entreprise de réaliser tout son potentiel», conclut le fonds.

L’arrivée du fonds dans le capital d’AT&T était saluée, elle, à Wall Street où l’action bondissait de 4,43% à 37,85 dollars dans les premiers échanges.

Elliott estime que le titre pourrait monter au-dessus de 60 dollars d’ici fin 2021 s’il est écouté, soit une progression de 65% en deux ans.

Basé à New York, Elliott Management gère environ 38 milliards de dollars d’actifs et est présent au capital de nombreuses entreprises à travers le monde – Pernod Ricard, Bayer, eBay, Sony etc – où il n’hésite pas à réclamer des changements de stratégie, des scissions d’activités et voire le départs des dirigeants quand il n’obtient pas gain de cause.

Le fonds est en outre connu pour ses relations tendues avec les gouvernements de pays en difficulté, dont il rachète les dettes en raison des hauts rendements qui y sont attachés. Ses échanges musclés avec Cristina Kirchner, l’ancienne présidente de l’Argentine, sont légendaires.

Son intérêt pour ces pays fragilisés financièrement et ses méthodes de négociation particulièrement dures lui ont valu le surnom de fonds «vautour».