Incapable de payer les loyers de ses boutiques de bijoux et de son siège social, Caroline Néron se prépare à mettre la clé sous la porte, a-t-elle confié à La Presse. Le premier versement à ses créanciers ordinaires, prévu dans trois mois, est donc compromis.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« On est encore en train de voir comment minimiser les coûts […] On travaille très, très fort à bien finir les choses. Et il faut que je les finisse », nous a affirmé la femme d’affaires lors d’un entretien téléphonique, hier après-midi.

Caroline Néron a appris la nouvelle à ses employés plus tôt cette semaine. Elle aurait alors précisé que la fermeture de l’entreprise était imminente, sans donner de date. Elle a cependant évoqué à certaines personnes et entreprises, selon nos informations, un horizon de « 2 à 3 semaines ».

Deux sociétés de Caroline Néron s’étaient placées à l’abri de leurs créanciers – en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité – le 10 janvier. Les dettes totalisaient 9 millions de dollars. L’entreprise exploitait alors 14 boutiques, contre 6 actuellement (il y a aussi une franchise). Une entente de paiement avait été conclue avec les créanciers en mai. 

« On a essayé une restructuration et c’est très difficile », dit la femme d’affaires.

Avis de retard

Les affaires sont difficiles au point où les propriétaires d'au moins trois locaux qu'elle loue lui ont transmis des avis de retard. L’un d’eux se prépare même à changer les serrures de ses locaux, a-t-on appris de diverses sources.

Caroline Néron ne cache pas qu’elle est incapable de payer toutes ses factures.

Le retail est très difficile. Il y a un changement majeur au niveau du consommateur. C’est vrai que ça va très mal. On n’arrive pas à payer les baux.

Caroline Néron

La situation est particulièrement éprouvante au Carrefour Laval, un centre commercial très performant qui exige des loyers importants. Cette succursale pourrait donc fermer à tout moment. « C’est sûr que la réalité, c’est qu’on a énormément de misère. On ne peut plus se permettre de payer des baux aussi élevés que 225 000 $ dans un Carrefour Laval. »

Caroline Néron souligne que ce bail a été signé « il y a cinq ans » et qu’à l’époque « le marché était encore bon ». Elle essaie depuis « des années » de négocier un prix à la baisse, mais en vain. Il n’a pas été possible hier de parler à un représentant du propriétaire du centre commercial, Cadillac Fairview, malgré les messages que nous lui avons laissés.

Peu d’espoir pour les créanciers

Dans les circonstances actuelles, les créanciers toucheront-ils la somme qui devait leur être versée en décembre ? Caroline Néron dit ne pas avoir « beaucoup d’espoir » d’être en mesure de remplir son engagement.

Les créanciers ordinaires – dont le principal est Revenu Québec – ont accepté à 96 % la proposition qui leur a été soumise au printemps. Celle-ci prévoit le versement d’environ 16 cents par dollar de créance (500 000 $ sur 3,2 millions) au cours des trois prochaines années. Le premier chèque est prévu pour la fin du mois de décembre, tout de suite après les ventes de Noël.

Nous avons joint mercredi le syndic responsable du dossier, Ronald Gagnon de BDO Canada. Il a affirmé ne pas « être au parfum » des intentions de Caroline Néron puisqu’il ne fait pas « de suivi régulier ». « Une fois la proposition acceptée, mon rôle est qu’elle soit respectée », a-t-il précisé. Il n’a pas rappelé La Presse hier pour détailler les étapes consécutives à la fermeture.

Objectif : donner des conférences

En ce qui concerne la créance de plus de 2 millions de dollars de Revenu Québec (taxes non versées), Caroline Néron dit avoir « sorti un montant de [sa] poche personnelle, supplémentaire à ce qui était dans le règlement », pour régler l’affaire.

J’ai payé ma dette. Ce n’était pas la mienne, mais je l’ai payée.

 Caroline Néron

Cette entente a été négociée avec le gouvernement « avant même que la proposition concordataire soit acceptée ». L’ex-dragonne a raconté à plusieurs reprises ces derniers mois que cette créance avait été provoquée par son ancien responsable des finances, qui ne versait pas à Québec les taxes perçues. Et qu’elle avait découvert les nombreuses enveloppes non ouvertes après un bon moment.

De toute évidence, cette aventure dans le monde de la vente au détail laissera bien des cicatrices à Caroline Néron.

D’ailleurs, une fois son entreprise fermée, elle dit ne pas avoir l’intention de se relancer en affaires, même s’il n’est pas totalement exclu, selon ses proches collaborateurs, qu’elle continue de vendre ses bijoux en ligne ou en gros.

« Mon intention, c’est de faire des conférences pour raconter mon histoire. Parce que j’en ai eu, des leçons de vie, dans les dernières années. Sincèrement, c’est triste de ne pas être accompagnée. En tant qu’entrepreneure, à un moment donné, tu te retrouves très seule. »