Quand il montera sur scène ce week-end à Tremblant pour un autre tour de chant, le fondateur de Sunwing, Colin Hunter, aura l’esprit tranquille : la fusion de Transat et d’Air Canada ne l’inquiète pas le moins du monde.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Même si Transports Canada demandera des avis sur le regroupement de Transat et Air Canada, il n’en recevra pas de Sunwing. « Pourquoi le ferais-je ? demande son fondateur Colin Hunter. C’est la consolidation de l’industrie et on verra ce qu’Air Canada fera avec des opérations qui sont différentes des siennes. »

On aurait pu croire l’homme d’affaires un peu nerveux de voir ses trois plus importants concurrents se renforcer. En plus du regroupement d’Air Canada et de Transat, Sunwing pourrait bientôt avoir à composer avec une WestJet dynamisée par son achat par le conglomérat Onex.

Les quatre acteurs se sont partagé la capacité vers les destinations soleil de façon presque égale l’hiver dernier, Sunwing s’installant quand même en tête avec 27 % de celle-ci. Ensemble, Transat et Air Canada en ont représenté 46 %.

« C’est une chose d’avoir de la capacité et c’en est une autre d’avoir des produits que tout le monde veut acheter, affirme M. Hunter. Et nous pensons que nous avons un produit supérieur. »

Son inquiétude est d’autant moins grande pour l’année qui vient.

« Je présume qu’il y aura une légère réduction de la capacité, mais je ne pense pas que ça arrive dans la prochaine année, compte tenu des baux pour les avions, de la maintenance et de toutes les autres choses dont il faut tenir compte quand on est dans cette industrie. »

Jamais Sunwing n’a été tentée de procéder elle-même à l’acquisition de Transat, jure-t-il.

Il n’y a jamais eu d’intérêt de notre part pour Transat. Jean-Marc [Eustache, président de Transat] essayait depuis quelques années de faire en sorte que nous travaillions ensemble et nous n’avons jamais été intéressés. Leur modèle est différent du nôtre.

Colin Hunter, président du conseil et fondateur de Sunwing

« [Transat] a des avions long-courriers, nous n’en avons aucun. Et nous n’avons aucune intention de nous lancer dans les voyages transatlantiques. Si ça change, ce sera beaucoup plus tard, ce n’est pas sur notre horizon présentement », explique M. Hunter.

L’intérêt était tout aussi absent chez TUI, un géant allemand qui détient 49 % de Sunwing, assure M. Hunter.

« Ce n’étaient que des spéculations. Je sais qu’ils n’ont fait aucune approche. »

Concurrence américaine

Ce qui ne veut pas dire que M. Hunter ne craint aucune concurrence. À plus long terme, c’est celle qui provient des transporteurs américains qui le préoccupe.

« Le Canada semble résolu à ouvrir la porte aux transporteurs américains sans réciprocité, se désole-t-il. Ça s’en vient tranquillement. Les États-Unis sont un grand partenaire commercial et je suis certain qu’ils tentent d’obtenir de plus en plus de droits pour leurs transporteurs. »

Heureusement, fait-il valoir, Sunwing n’est pas qu’un transporteur aérien. L’entreprise verticalement intégrée compte aussi près de 17 000 chambres d’hôtel, principalement dans les Caraïbes.

Pas de 737 MAX cet hiver

Sunwing a par ailleurs annoncé il y a quelques jours qu’elle faisait une croix sur l’utilisation des appareils 737 MAX de Boeing pour l’entièreté de la saison hivernale à venir. Ces appareils sont interdits de vol depuis qu’ils ont mené à deux écrasements ayant fait au total 346 morts.

« J’ai fini de m’inquiéter avec ça. C’est évident que l’industrie, menée par Airbus, essaie de garder le MAX hors service aussi longtemps que possible, estime M. Hunter. En ce qui me concerne, on ne les reverra pas chez nous avant la fin du mois d’avril au plus tôt », précise M. Hunter.

On ne peut pas se permettre de rester assis pendant des semaines à attendre que le MAX redevienne opérationnel avec un court préavis. C’est plus facile pour nous de le sortir complètement de notre grille que de dépendre de son retour.

Colin Hunter, président du conseil et fondateur de Sunwing

L’entreprise louait quatre de ces appareils au moment de leur interdiction de vol. À plus long terme, elle ne s’inquiète pas de voir les voyageurs les craindre.

« Je crois qu’après quelques vols, tout le monde sera à l’aise. En fait, je ne crois même pas que ces accidents seraient survenus au Canada ou aux États-Unis, parce que les pilotes canadiens et américains sont beaucoup mieux formés. »

Sunwing en bref

Revenus de plus de 3 milliards de dollars

17 000 chambres d’hôtel détenues ou gérées (à Cuba, elles sont gérées au nom du gouvernement)

Bientôt un nouveau bureau québécois de quatre étages à Laval

5 aéroports desservis au Québec : Montréal-Trudeau, Québec, Bagotville, Val-d’Or et Mont-Joli

17 000 employés, dont 820 au Québec

42 avions l’hiver dernier, dont une quinzaine loués directement par elle, les autres étant échangés avec des partenaires, notamment son actionnaire TUI. Onze d’entre eux étaient basés au Québec.

Ottawa annonce la tenue de consultations

Le rachat d’Air Transat A.T. par Air Canada fera l’objet d’une évaluation « au regard de l’intérêt public », a confirmé le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, et le délai prévu par la loi pour une telle consultation a été prolongé. Dans un communiqué de presse publié en fin de journée, hier, le ministre soutient que la transaction soulève « des questions d’intérêt public en matière de transports nationaux ». L’analyse du dossier se fera en collaboration avec le Commissaire de la concurrence, précise-t-on. Au moment de l’annonce de l’entente, certains observateurs ont formulé des craintes, dont celle d’une possible hausse du coût des billets d’avion vers des destinations européennes. D’après les informations transmises par Transports Canada, des consultations seront menées notamment auprès de l’industrie du transport aérien, de représentants de divers ordres de gouvernement ainsi que du public. Ces travaux devraient débuter le 4 novembre. Toujours selon le communiqué, le ministre Garneau aurait utilisé son pouvoir discrétionnaire pour prolonger le délai prévu par la loi pour tenir une telle évaluation de l’intérêt public. Au lieu des 150 jours réglementaires, Transports Canada et le Commissaire de la concurrence vont disposer de 250 jours pour effectuer leur travail. Le rapport définitif devrait ainsi être remis au ministre au plus tard le 2 mai 2020. — La Presse canadienne

Le président en spectacle

Le fondateur et président du conseil d’administration de Sunwing, Colin Hunter, sera de passage à Tremblant en fin de semaine, et ce ne sera pas pour étudier la possibilité de faire poser ses avions à l’aéroport de La Macaza.

M. Hunter a aussi un « emploi de soir », celui de crooner. Celui qu’on a déjà vu à Montréal régulièrement, notamment dans le cadre du Festival de jazz, donnera deux spectacles en ce week-end de la Fête de la musique de Tremblant, à l’invitation d’Angèle Dubeau.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Colin Hunter, président du conseil et fondateur de Sunwing, en spectacle au bar Upstairs, à Montréal, en 2010

Ce deuxième métier est plus qu’une petite passion pour l’homme arrivé au Canada en 1970. Il estime donner de 60 à 80 concerts par année. « Toutes les fins de semaine ? », lui demande-t-on.

« C’est ce que ma femme vous dirait, oui », répond-il.

Comme bien d’autres, M. Hunter a pris beaucoup de plaisir à chanter à l’adolescence, avant de mettre une pause à cette vocation lors de son entrée sur le marché du travail. C’est son vice-président directeur et homme fort au Québec, Sam Char, qui a bien involontairement relancé cette deuxième carrière lors d’un événement tenu pour des agents de voyages, il y a une quinzaine d’années.

« Il y avait un big band et je voyais Colin chanter et taper du pied à côté de moi, il connaissait toutes les chansons. Je lui ai dit de monter sur scène, il ne voulait pas. Je me suis arrangé avec le chef du groupe, qui était un ami. Il a essayé. »

[Le chef du groupe] m’a demandé de faire deux chansons. La fois d’après, c’était une demi-douzaine. Et ça a grandi.

Colin Hunter, président du conseil et fondateur de Sunwing

Double emploi

L’homme livre maintenant une trentaine de chansons dans ses spectacles, et connaît un certain succès, notamment parce que les gens qui viennent le voir connaissent son double emploi, reconnaît-il.

On ne l’entendra toutefois pas livrer ses propres compositions, prévient-il.

« Je n’ai pas le temps. J’aime les vieilles chansons de crooner, c’est ma niche. Il y a déjà tellement de bonnes chansons qui ont été écrites, et trop d’artistes aujourd’hui ne savent pas comment en écrire. »