Le colis d’Amazon que vous avez entre les mains a probablement été sélectionné et transporté par d’infatigables robots en banlieue de Toronto. Leur méthode de travail, unique, ne pourrait être reproduite par un humain. La Presse a pu visiter la première installation canadienne de haute technologie d’Amazon à Brampton, capable de produire plus d’un million de colis en une seule journée. Au menu : « rangement aléatoire », intelligence artificielle et rythme effréné.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Sécurité maximale

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Le centre de distribution robotique d’Amazon

Ouvert en septembre 2016, le centre de distribution robotique d’Amazon impressionne par son gigantisme : une façade de 400 mètres, près de 100 000 mètres carrés de plancher pour quelque 2000 employés, un vacarme incessant, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. À l’entrée et à la sortie, six détecteurs de métal ont été installés. C’est ici, résume notre guide Brenda Alfred, coordonnatrice des communications, que s’effectue « toute la magie qui a lieu après votre commande ». Le record de productivité de l’installation a été atteint le 23 novembre 2018, lors du Vendredi fou, avec un million de colis produits en une journée. Le centre de Brampton est une des huit installations canadiennes du genre d’Amazon, dont cinq en Ontario. Sa spécialité : les « petits » colis, de moins de 25 livres et 18 pouces.

Dans l’enclos

À chacun des étages visités par La Presse, les millions d’articles en stock sont enfermés à l’intérieur d’enclos, séparés du reste du centre par des grilles métalliques. C’est à l’intérieur de ces espaces interdits aux humains que s’activent les fameux robots d’Amazon. Les employés n’y sont tolérés que pour ramasser des objets tombés ou pour l’entretien ; ils doivent alors porter une ceinture de sécurité qui permet aux robots de les détecter et de les éviter. De couleur orange, pesant 145 kg mais pouvant en soulever près de 700, les robots ressemblent à des voiturettes électriques pour enfants. Ce ne sont pas ces machines qui manipulent les articles : elles ne font que se placer sous de grandes étagères, qui comportent une dizaine d’étages et une quarantaine de compartiments. Selon les ordres de l’ordinateur central, ces robots s’amarrent sous une des étagères et vont la déplacer vers un poste de travail occupé par un humain.

Organisation aléatoire

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Le rangement des articles.

Un des aspects les plus fascinants, presque troublants, est le rangement des articles de façon totalement aléatoire dans les enclos. Ici, par exemple, les jouets ou les articles ménagers ne sont pas tous dans le même secteur. Une étagère peut contenir des livres, des parfums et des téléphones. Impossible pour un humain de s’y retrouver, seul l’ordinateur sait où se trouve chaque article. Ce qui est normal, puisque ce système a été spécialement conçu pour des machines. Mais quelle est la logique derrière une telle organisation aléatoire ? « C’est plus efficace, explique Donna Beadle, porte-parole. Durant les Fêtes, par exemple, les jouets sont très populaires. On ne veut pas que les robots soient tous au même endroit en même temps. » Brenda Alfred donne en exemple le plus récent livre de Michelle Obama, Devenir, un grand succès de librairie. « Il se trouve à plusieurs étages. »

La part de l’humain

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Chaque employé dispose d’un poste de travail devant lequel vient se stationner un robot avec son étagère.

Autour des enclos à robots, les employés humains ont essentiellement deux tâches : remplir les étagères avec des articles nouvellement arrivés et prélever les articles qui viennent d’être commandés. Chaque employé dispose d’un poste de travail devant lequel vient se stationner un robot avec son étagère. Les employés disposent d’un écran d’ordinateur qui leur indique le numéro du compartiment dans lequel se trouve l’article commandé. Pour le « remplissage », la méthode est différente : l’employé scanne un article nouvellement arrivé et le place dans un des compartiments. Un système d’éclairage intelligent lui signale, avec une lumière mauve, les compartiments où il ne peut placer ces articles. L’employé ne fait que scanner le premier d’une série d’articles identiques : la reconnaissance visuelle permet à l’ordinateur d’identifier les articles suivants et d’enregistrer leur emplacement.

Emballage et course

Les articles prêts à être expédiés sont placés dans un des 40 000 bacs jaunes qui vont défiler sur des convoyeurs. À un rythme hallucinant, à quelques secondes par colis, les employés les emballent, rembourrent les boîtes avec des bulles de plastique quand c’est nécessaire et les replacent dans le convoyeur. Ces boîtes passent par une dernière étape d’étiquetage et de vérification. « On vérifie automatiquement si le poids correspond à l’article dans la boîte », explique Donna Beadle. S’il y a une anomalie, le colis est renvoyé de la ligne de production pour être vérifié par un humain. L’étape finale ressemble à une course folle sur l’autoroute : les colis défilent sur un tapis roulant, sont scannés à l’entrée et sont poussés par des coussinets à la fraction de seconde où ils passent devant leur sortie, qui correspond à une destination.

La culture Amazon

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Les syndicats ont une longue liste de griefs à l’égard d’Amazon.

Salaires trop faibles, rythme de travail épuisant et pratiques déloyales : les syndicats ont une longue liste de griefs à l’égard d’Amazon. Des milliers d’employés en Europe et aux États-Unis ont d’ailleurs débrayé le 15 juillet dernier. Les représentants d’Amazon ont tenu à faire mousser au contraire l’environnement « très collaboratif » au sein des installations. Les employés de Brampton, appelés comme chez Walmart des « associés », ont un salaire horaire de 15,75 $ dès l’embauche, profitent d’assurances médicales et d’un régime de retraite collectif. Mais c’est surtout du programme « Choix de carrière » que Brenda Alfred se montre le plus fière. Un an après leur embauche, tous reçoivent de leur employeur un remboursement de 95 % des frais liés à la formation choisie, « qui n’a pas à être reliée à Amazon », précise-t-elle. « Ça peut être en soins infirmiers, en programmation, pour obtenir un permis de conduite d’un camion. » Quelque 16 000 employés d’Amazon un peu partout dans le monde, soit 2,5 %, ont participé à ce programme.

Amazon en chiffres

232,9 milliards US Ventes nettes d’Amazon en 2018, en hausse de 31 % par rapport à l’année précédente

647 500 Nombre d’employés dans le monde, dont 10 000 au Canada

10,1 milliards US Profit net en 2018, soit 20,14 $ par action. Il était de 3 milliards US en 2017.