Pierre Karl Péladeau discute avec les transporteurs aériens Air France et WestJet au sujet d’une potentielle acquisition du voyagiste montréalais Transat. Selon nos informations, les démarches se poursuivent toujours, et le président et chef de la direction de Québecor s’implique à titre personnel.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Les deux sources de La Presse, qui ne peuvent être identifiées car elles ne sont pas autorisées à parler publiquement du dossier, ne sont pas en mesure de préciser si les tractations vont déboucher ou non sur une offre formelle.

Il n’a pas été possible hier d’obtenir une réaction auprès d’Annick Bélanger, porte-parole de Pierre Karl Péladeau, pas plus que du côté d’Air France. Le directeur des relations avec les investisseurs chez WestJet, Jeff Hagen, a de son côté indiqué à La Presse qu’il ne commenterait pas les « spéculations ».

Questionné à savoir si Transat avait tenu des pourparlers avec Pierre Karl Péladeau, le porte-parole de Transat, Christophe Hennebelle, a d’abord répondu qu’il n’avait « pas de commentaires à formuler là-dessus ». Il a ensuite ajouté qu’« aucune discussion n’a eu lieu avec Pierre Karl Péladeau ou qui que ce soit depuis l’annonce d’un accord d’exclusivité avec Air Canada », c’est-à-dire depuis le 16 mai.

Si Transat ne peut techniquement discuter avec d’autres prétendants, la convention d’arrangement signée avec Air Canada lui permet par contre de recevoir des offres concurrentes.

Encore possible

L’indemnité de rupture payable par Transat en cas d’acceptation d’une proposition supérieure qui n’est pas égalée par Air Canada a presque triplé, à 40 millions, depuis le week-end, à la suite de la proposition majorée de 40 %, à 18 $ par action, dévoilée dimanche soir par Air Canada. La proposition d’Air Canada a maintenant une valeur globale de 720 millions.

Transat vient aussi de modifier la définition de « proposition supérieure » dans la convention d’arrangement. Une offre supérieure doit maintenant être présentée à un prix d’au moins 19 $ par action en espèces.

Le plus gros actionnaire de Transat, Letko Brosseau, soutient l’offre bonifiée d’Air Canada, mais ce gestionnaire d’actifs invite néanmoins des acquéreurs potentiels à présenter des offres supérieures. Les actionnaires de Transat sont convoqués en assemblée extraordinaire le 23 août, c’est-à-dire à la fin de la semaine prochaine.

L’intérêt de Péladeau

En mai, lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de Québecor, Pierre Karl Péladeau avait parlé d’un intérêt pour Transat alors que le voyagiste venait de révéler être en discussions préliminaires avec plus d’une partie entourant une transaction potentielle.

Pierre Karl Péladeau n’excluait alors pas d’inclure Québecor dans son plan pour une éventuelle acquisition de Transat. « Il est trop tôt pour fermer quelque porte que ce soit », avait-il dit selon un article publié par La Presse le 10 mai.

L’annonce de l’intérêt de Pierre Karl Péladeau pour Transat survenait quelques jours seulement après son acquisition des actifs de Taxelco (Téo Taxi).

Air France a regroupé ses activités avec celles du transporteur des Pays-Bas, KLM, il y a une quinzaine d’années. Le groupe Air France-KLM est dirigé depuis un an exactement par Ben Smith, qui a auparavant travaillé durant 20 ans chez Air Canada.

WestJet, dont le siège social est à Calgary, a annoncé au printemps une entente visant son acquisition par le conglomérat torontois Onex dans le cadre d’une transaction évaluée à environ 5 milliards de dollars.

Si Air Canada et Transat contrôlaient ensemble environ 60 % de la capacité des vols sur le marché transatlantique depuis le Canada, un regroupement de Transat avec WestJet et Air France-KLM leur donnerait une part de quelque 35 %. Vers les destinations soleil, Transat (22 %) et WestJet (22 %) passeraient loin devant Air Canada (24 %).

L’action de Transat a clôturé à 16,84 $ hier à la Bourse de Toronto. Elle se négociait entre 4 $ et 5 $ au début du mois d’avril.