Les Français peuvent désormais déguster de la vraie de vraie poutine québécoise. C’est que la Fromagerie St-Guillaume exporte, depuis le début de l’été, son fromage en grains vers le pays du camembert.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Depuis quelques années, la Fromagerie St-Guillaume reçoit plusieurs demandes d’Européens qui s’intéressent au fromage en grains. L’entreprise du Centre-du-Québec a dû changer quelques détails de sa recette originale pour que son produit voyage mieux de l’autre côté de l’Atlantique et, surtout, pour qu’il ait la même qualité des deux côtés de l’océan.

« On a développé une recette pour la congélation et pour être sûrs que le fromage garde le même goût et la même texture. Le résultat est vraiment surprenant », explique Nathalie Frenette, directrice générale de la Coop Agrilait, propriétaire de la Fromagerie St-Guillaume.

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Robert Cloutier et Nathalie Frenette de la Coop Agrilait, propriétaire de la Fromagerie St-Guillaume

Aussitôt que le cheddar frais est prêt, il est congelé. Tout au long de son transport vers le Vieux Continent, il est gardé à une température de -18 oC. Puis, lorsqu’il arrive au restaurant P’tite Poutine, le seul client français de la fromagerie pour le moment, il est décongelé à la température de la pièce.

De cette manière, il conserve sa typique texture qui fait « scouic scouic » sous la dent, assure Mme Frenette.

C’est d’ailleurs le restaurant P’tite Poutine, situé à Lille, dans le nord de la France, qui a réussi à convaincre l’entreprise québécoise à se lancer dans l’aventure française. Mais en raison de la forte demande, la fromagerie espère accroître ses exportations vers d’autres restaurants et commerces de détail de la France et du Royaume-Uni, dès l’automne prochain.

Amoureux de la poutine

En 2016, Clément Hottin s’est installé à Montréal pour faire un stage de fin d’études en communications. Sa formation devait durer six mois, mais il est resté au Québec deux ans. « Je suis tombé amoureux des Québécois, du Québec et de la poutine », affirme-t-il au bout du fil.

À son retour à Lille, M. Hottin a eu envie d’ouvrir un restaurant servant son nouveau mets chouchou. Mais il ne se doutait pas qu’il aurait autant de difficulté à trouver du fromage en grains. En France, les amateurs de poutine utilisent souvent de la mozzarella coupée en cubes et parfois du Babybel. Le sacrilège !

« Ç’a été très, très compliqué parce que ça ne se fait pas, du fromage en grains, en France. » 

« J’ai cherché dans plein de fromageries au Québec. J’ai dû envoyer une centaine de courriels. Tout le monde me disait que c’était impossible, que ça ne se faisait pas d’exporter le produit. Puis, un jour, je suis tombé sur la Fromagerie St-Guillaume qui a eu envie d’essayer. »

Clément Hottin, propriétaire du restaurant P’tite Poutine

Le restaurant P’tite Poutine a donc ouvert en juin dernier. Au menu, il n’y a ni entrées ni desserts, et seulement quatre poutines : la classique, l’ostie bacon, la ch’ti avec du bœuf effiloché et la p’tite poutine avec du poulet au sirop d’érable. Pour se désaltérer, le restaurant propose des sodas Bull’s Head de Richmond, de la bière Boréale de Blainville et du cidre Hugues de Rougemont.

Le restaurant a aussi aménagé un petit coin épicerie où l’on retrouve plusieurs aliments du Québec comme du sirop d’érable, de la confiture aux bleuets et du cidre de glace.

Nathalie Frenette admet que l’Accord économique et commercial global (AECG), entré en vigueur en octobre 2016, a facilité les démarches pour l’exportation de fromage en grains. Surtout, l’accord a mis fin à certains tarifs douaniers entre le Canada et l’Union européenne.

« On est contents de montrer que les accords de libre-échange, ce n’est pas à sens unique. Ce n’est pas juste le fromage d’Europe qui entre ici. Ça va dans l’autre sens aussi. »