(Montréal) Le ménage se poursuit chez SNC-Lavalin avec une nouvelle restructuration, qui se traduira notamment par la comptabilisation d’une charge de 1,9 milliard et des résultats financiers « nettement inférieurs » en 2019.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Cela a soulevé des préoccupations de la part de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le plus important actionnaire de la firme, qui l’avait pourtant soutenue lors de ses difficultés dans la dernière année.

En plus de cesser de soumissionner sur des contrats à prix fixe, qui font souvent l’objet d’importants dépassements de coûts, SNC-Lavalin regroupera ses activités dans le secteur des ressources et de construction — deux segments où la performance est loin d’être au rendez-vous — dans une entité distincte.

La firme d’ingénierie et de construction considérera également « toutes les options » relatives à son secteur des ressources, et particulièrement à l’endroit de sa division pétrolière et gazière. Cela pourrait se traduire par une vente d’actifs.

La situation a convaincu la CDPQ, qui détient une participation d’environ 20 % dans SNC-Lavalin, de sortir de sa réserve habituelle. Dans un communiqué, elle a qualifié la tendance actuelle d’« inacceptable », et indiqué qu’elle comptait suivre la situation « de près » dans les « prochaines semaines ».

« La situation dans laquelle se trouve la société exige des actions décisives, sans délai, de la part de son conseil d’administration », a fait valoir le gestionnaire de régimes de retraite.

Pour le président et chef de la direction par intérim, Ian Edwards, qui a remplacé Neil Bruce le mois dernier en recevant le mandat de mettre en place une stratégie visant à diminuer les risques, il s’agit d’une « première étape ».

« Les projets clé en main à prix forfaitaire sont la cause première des problèmes de rendement de la société, a-t-il estimé, dans un communiqué. En abandonnant ce type de contrats et en le dissociant de ce qui est par ailleurs une entreprise saine et solide, nous nous attaquons à la source du problème. »

Dans le cadre de ces ententes, on convient généralement d’un montant fixe pour la mise en œuvre d’un projet qui est remis au client lorsqu’il est terminé.

SNC-Lavalin regroupera ses activités sous l’entité SNCL Projets. D’après l’analyste Chris Murray, d’Altacorp Capital, le carnet de commandes de la firme compte pour 3,2 milliards de contrats à prix fixe, dont celui du Réseau express métropolitain, de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Les activités jugées plus profitables, comme les services d’ingénierie et de conception, le secteur nucléaire ainsi que celles de la maintenance, seront regroupées sous l’égide de SNCL Services d’ingénierie.

Néanmoins, entre-temps, SNC-Lavalin, qui publiera ses résultats du deuxième trimestre le 1er août, comptabilisera une charge supplémentaire de 1,9 milliard liée à son secteur pétrolier et gazier. Ses résultats seront aussi sous les attentes en raison de dépassements de coûts dans certains projets de construction, ce qui a incité la société à retirer ses prévisions.

Au deuxième trimestre, la firme s’attend à ce que sa perte d’exploitation ajustée liée aux activités d’ingénierie et de construction oscille dans une fourchette allant de 150 millions à 175 millions.

Cela a semblé déplaire aux investisseurs, puisque lundi avant-midi, à la Bourse de Toronto, l’action de SNC-Lavalin abandonnait 6,98 %, ou 1,78 $, pour se négocier à 23,73 $.

Cette restructuration survient alors que l’entreprise, qui est confrontée à des défis opérationnels et des déboires judiciaires qui ont fait plonger le cours de son action au cours de la dernière année. Déjà, en hiver, SNC-Lavalin avait abaissé à deux reprises ses prévisions pour l’exercice 2018.

Si les nouvelles financières ont été qualifiées de négatives par les analystes financiers, ceux-ci ont néanmoins estimé que la compagnie prenait les mesures nécessaires pour tenter de redresser la barre.

« Nous avons fait valoir la nécessité d’un virage stratégique vers (les services d’ingénierie) ainsi que le nucléaire et cette étape est maintenant franchie », a estimé Maxim Sytchev, de la Financière Banque Nationale, dans une note.

Environ 80 % des contrats à prix fixe devraient être complétés à la fin de 2021, selon M. Murray, qui s’attend à ce que le tout soit complété d’ici 2024.

SNC-Lavalin est également au cœur d’une tempête politique qui continue d’ébranler le gouvernement Trudeau en raison de pressions indues qui auraient été effectuées auprès de l’ex-procureure Jody Wilson-Raybould afin qu’elle négocie une entente à l’amiable avec la compagnie pour lui éviter un procès criminel.