Après avoir réduit de moitié le nombre de ses magasins et investi des millions dans le commerce en ligne dans l’espoir de redevenir rentable, voilà que Le Château vise le marché américain.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Nous explorons actuellement les possibilités d’exportation vers les États-Unis de notre catégorie de robes dont une grande partie est faite au Canada », a annoncé la présidente du conseil et chef de la direction, Jane Silverstone Segal, lors de l’assemblée annuelle des actionnaires, tenue hier.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Jane Silverstone Segal, présidente du conseil et chef de la direction du Château, en 2017

L’entreprise est « en pourparlers » avec des « agents » afin de vendre en gros ses vêtements « à une variété de détaillants » au sud de la frontière. Il pourra s’agir de boutiques ou de grands magasins. Cette dernière option est la plus « logique », selon le vice-président aux finances, Johnny Del Ciancio. La stratégie sera mise en œuvre à l’automne et sera « totalement déployée au printemps ».

Les détaillants américains commencent leurs achats pour le temps des Fêtes. On va profiter de ça pour faire un test et mieux comprendre le marché.

Franco Rocchi, vice-président, ventes et exploitation

Le Château vend aussi ses vêtements sur Amazon.com (et Amazon.ca), ce qui représente « un petit pourcentage de nos ventes », a expliqué M. Del Ciancio, mais amène des clients sur son propre site web.

De 243 à 129 magasins 

Le Château, qui n’a pas fait de profits depuis 2010, s’affaire à terminer sa restructuration commencée il y a sept ans, qui s’est traduite par une importante réduction de sa présence physique.

« La fermeture de 110 magasins ou 45 % de notre réseau a évidemment affecté nos résultats. Et cela ne réjouit pas la direction de l’entreprise », a admis Mme Silverston Segal. À son dernier exercice, l’entreprise a réalisé une perte nette de 23,8 millions sur des ventes de 190,9 millions.

Dans les prochains mois, quatre magasins de liquidation additionnels seront abandonnés. Il restera alors 129 Le Château au Canada. « Après, le réseau sera optimisé », croit-on. Les magasins non rentables ont été fermés et la « redondance » est maintenant chose du passé.

« On avait neuf magasins sur la rue Sainte-Catherine entre Atwater et Berri, rappelle M. Rocchi. Il nous en reste un seul, au Centre Eaton. »

Cela dit, il y a deux ans, la haute direction était convaincue que 150 était le nombre optimal de magasins. « Ceux qui restent seront tous rentables et à de bons emplacements », nous avait affirmé M. Del Ciancio.

Le dirigeant se rappelle bien avoir tenu ces propos, mais l’achalandage continue de baisser dans les centres commerciaux à mesure que les achats en ligne progressent, a-t-il expliqué. Donc, rien n’est jamais figé dans le béton.

Est-ce qu’on pourrait encore fermer une poignée de magasins ? C’est possible. Ça dépend des conditions de renouvellement des baux.

Johnny Del Ciancio, vice-président aux finances

Pas de privatisation en vue 

À la mi-juin, le titre du Château est descendu à 0,02 $, un creux historique. La capitalisation boursière était alors d’environ 600 000 $.

Depuis, sa valeur a doublé, mais dans le contexte, est-il encore avantageux de rester en Bourse, étant donné les ressources financières que cela implique ? « Nous maintenons nos coûts bas, à un niveau raisonnable, même si nous sommes une société publique. […] Pour nous, ce n’est pas un enjeu que ce soit public ou privé », a répondu M. Del Ciancio, tout en affirmant qu’il n’y avait « pas de plan » pour retirer Le Château de la Bourse.

Il n’a pas été possible de demander au principal actionnaire, le fondateur Herschel Segal (qui possède avec sa femme Jane Silverston Segal 54 % de l’entreprise), s’il comptait privatiser Le Château. Présent à l’assemblée, il ne nous a pas accordé d’entrevue. Sa conjointe et la présidente Emilia Di Raddo non plus, d’ailleurs.

60e anniversaire

Malgré quelques périodes en montagnes russes au fil des décennies, Le Château demeure l’un des plus anciens détaillants du Québec. L’entreprise a été fondée en 1959.

L’anniversaire sera évidemment souligné. « On travaille là-dessus, confie M. Rocchi. On a le plaisir d’avoir encore le fondateur avec nous. Avec 60 ans d’histoire, ça veut dire que la grande majorité des Canadiens ont connu Le Château toute leur vie ! »

« Souhaitons-nous 60 autres belles années », a lancé Mme Silverston Segal pour conclure l’assemblée de 15 minutes qui a réuni 22 personnes et n’a pas suscité la moindre question.