Comment projeter une image environnementale responsable quand votre principale attraction est un circuit automobile de 4,5 km, où des milliers de véhicules roulent lentement entre les zèbres et les autruches ? Que faire pour convaincre les sceptiques qu’un zoo n’est pas qu’une prison pour animaux, une perception de plus en plus répandue ?

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Et comment faire tout cela tout « en conservant l’ADN du Parc Safari », résume son directeur du marketing Dany Roy, tout ce qui en a fait depuis 1972 une institution au Québec qui a attiré 13 millions de visiteurs ?

C’est la délicate opération dans laquelle est engagé le zoo de Hemmingford depuis un an, et pour laquelle on compte investir 24 millions d’ici 2022, année de son cinquantenaire. La somme provient en parts égales du ministère du Tourisme du Québec et de la Fondation des amis du Parc Safari, un organisme à but non lucratif chapeautant le zoo.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Véronique Ranger, directrice générale du Parc Safari

« On a fait une grosse remise en question, on a tout mis sur la table pour que le parc reste actuel. »

Véronique Ranger, directrice générale du Parc Safari

« On s’est même posé la question de la voiture. Est-ce qu’on l’enlève complètement ? Non, on ne peut pas, mais on peut faire beaucoup de choses pour s’améliorer », confie Véronique Ranger.

Étudiants à la rescousse

Même s’il peut compter sur un bon capital de sympathie auprès des Québécois, dont certains se souviennent avec émoi des premières années où on roulait en voiture entre les lions et les rhinocéros, « le Parc Safari a une image désuète », reconnaît sans détour Dany Roy.

« On sort des années 80, on arrive dans les années 2000, dit le directeur du marketing. Mais on ne veut pas la briser, cette image, on veut la moderniser. »

Le virage, officialisé avec la confirmation de la subvention de Québec en avril 2018, a notamment bénéficié de la participation de 26 étudiants en design et en études urbaines de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ils avaient le mandat de « réfléchir au parc animalier du XXIe siècle et à sa pertinence dans le monde d’aujourd’hui », comme l’a rapporté l’un de leurs professeurs cités dans le magazine ActualitésUQAM, et ont présenté en bout de piste cinq projets. On y proposait entre autres des simulations d’habitats, l’utilisation accrue de la technologie et un aménagement de l’espace centré sur les animaux, « où les humains seraient des invités ».

Du lot, on a notamment retenu l’idée de recréer des habitats dans la section pédestre du zoo, de regrouper les animaux par « thématiques », précise M. Roy. Sans abolir le circuit automobile, on a offert une forme de transport collectif, des camions de brousse qui donnent une autre perspective de la grande savane où on a regroupé 300 animaux provenant de trois continents. Bien des années après ses compétiteurs, le Parc Safari a finalement lancé au printemps une application mobile avec géolocalisation.

Se réinventer

Dans un volet plus classique, on prévoit offrir des activités à longueur d’année plutôt que sur quatre mois, comme c’est le cas actuellement. On a doublé la superficie du parc aquatique, avec l’ajout d’une Oasis tropicale avec trois glissades de 30 pi de hauteur, d’une descente de rivière plus dynamique et d’une aire de détente.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Dany Roy, directeur du marketing du Parc Safari

« La piscine à vagues du Zoo de Granby a causé la mort du Parc Safari en 2001. Un zoo, il ne faut pas que ce soit statique, il faut sans cesse se réinventer. »

Dany Roy, directeur du marketing du Parc Safari

Toucher à une institution quasi cinquantenaire comme le Parc Safari exige de la prudence, précise-t-il. Il donne en exemple l’expérience malheureuse du Parc zoologique de Paris qui, après des investissements de près de 300 millions de dollars, a vu sa fréquentation passer de 1,5 million à 516 000 visiteurs.

« On est souvent comparés au Zoo de Granby, mais nous n’offrons pas la même expérience, nous devons nous différencier. Notre côté “animaux en liberté”, c’est en train de se développer dans tous les zoos. »

La directrice générale, Véronique Ranger, voit un potentiel immense dans le terrain dont dispose le zoo, qui n’occupe que 105 hectares sur 255. « On songe à offrir de l’hébergement, à ouvrir un site de camping. » La fille du président et propriétaire à 90 % du Parc, Jean-Pierre Ranger, estime que l’attachement des employés fait également partie de l’ADN de l’institution. « J’ai commencé en 2003, j’ai été mascotte pendant deux ans ! dit-elle en riant. Nous avons un bon taux de rétention, on est chanceux, une de nos directrices est même là depuis 1972. »

Le Parc en huit dates

15 juillet 1972 Inauguration du Parc Safari africain par la société américaine Hardwick. Félins et hyènes étaient en liberté, et les visiteurs devaient traverser le parc en voiture, vitres fermées.

PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

Le Parc Safari africain, de la société américaine Hardwick, a ouvert ses portes le 15 juillet 1972.

1977 Les carnivores sont transférés dans un enclos. Les visiteurs peuvent dorénavant ouvrir les fenêtres des voitures et nourrir les animaux.

1983 Trois administrateurs québécois rachètent le Parc Safari. Les babouins qui avaient la fâcheuse habitude de déchirer les toits de voiture en vinyle sont remplacés par des macaques japonais.

1985 Aménagement de la Ferme des petits, du Sentier des chevreuils et d’une zone baignade, à laquelle s’ajoutera l’année suivante la descente en tube, une première au Québec.

PHOTO JEAN-YVES LÉTOURNEAU, ARCHIVES LA PRESSE

La Ferme des petits, le Sentier des chevreuils et une zone baignade ont été inaugurés en 1985.

1988 La Société pour la prévention contre la cruauté animale (SPCA), après deux inspections et sur la foi de témoignages, dénonce les mauvais traitements dont seraient victimes les animaux.

2001 Ébranlé par la concurrence du nouveau parc aquatique du Zoo de Granby, le Parc Safari déclare faillite. L’année suivante, il sera racheté par son président, Jean-Pierre Ranger, avec l’aide notamment d’Investissement Québec et de Desjardins.

2004 Inauguration du tunnel des félins.

PHOTO ARMAND TROTTIER, ARCHIVES LA PRESSE

Le tunnel des félins a vu le jour en 2004.

2011 Dernière grande vague d’investissements, avec la Terrasse Afrika, la Ferme des cinq continents, la Plaine africaine et un agrandissement de la section baignade.

Sources : Parc Safari, La Presse

Du « nouveau » pour les visiteurs

Safari Expédition

Plutôt que de rester dans sa voiture pour le circuit de 4,5 km, le visiteur peut maintenant embarquer sur la plateforme d’un véritable camion de brousse. Cette randonnée hors route de 45 minutes, en compagnie d’un zoologiste et par groupes d’une trentaine de personnes, se déplace dans les endroits inaccessibles et plus calmes du parc, là où se trouvent notamment les petits.

Application mobile

En plus des horaires d’ouverture, tarifs et calendriers des événements, l’application mobile lancée le 17 mai permet d’utiliser la géolocalisation lors de sa visite au parc. À pied, en voiture ou en camion de brousse, l’application peut être utilisée pour se repérer, en savoir plus sur les animaux à proximité et être prévenu des présentations et spectacles offerts.

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D’ici 2022, les camions de brousse classiques à essence seront remplacés par une dizaine de véhicules électriques, plus silencieux et moins polluants.

Véhicules électriques

D’ici 2022, les camions de brousse classiques à essence seront remplacés par une dizaine de véhicules électriques, plus silencieux et moins polluants. Jusqu’à tout récemment, on annonçait un circuit en train électrique à travers le site principal, une autre solution de rechange à l’automobile. Ce projet est pour l’instant « sur la glace », dit la directrice générale, Véronique Ranger.

Réaménagement

Depuis 1972, le Parc Safari s’est bâti « un peu comme une maison de campagne, une pièce après l’autre », dit le directeur du marketing, Dany Roy. Il n’y a effectivement pas toujours une logique évidente aux aménagements, où les macaques côtoient les ours, les hyènes et les marabouts. Les animaux seront dorénavant regroupés par habitats, « en thématiques », précise M. Roy.

Éducation

Peu connue, la mission de préservation, de reproduction d’espèces menacées et de vente ou d’échange avec les autres zoos dans le monde sera mise de l’avant, et le volet éducatif, étoffé. C’est notamment dans cette optique qu’on souhaite donner accès à l’« envers du décor », avec une nouvelle activité matinale déjà très populaire qui permet d’assister au déjeuner des lions ou de participer aux collations de divers animaux.

En chiffres

35 : nombre d’employés permanents, en plus de 290 saisonniers

450 : nombre d’animaux, de 50 espèces, dont 25 menacées

321 000 : nombre de visiteurs en 2018 (13 millions depuis la fondation)

81 % : part des visiteurs qui proviennent du Québec. 10 % vient des États-Unis.