Comment un détaillant peut-il élargir sa gamme de produits, conquérir de nouveaux marchés à l’étranger et faire bondir son chiffre d’affaires sans trop investir ni prendre de risque ? En mettant son expertise à la disposition de ses fournisseurs, croient les propriétaires d’Altitude Sports, qui ont décidé de suivre les traces d’Amazon, Walmart, Best Buy et Simons.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

En août dernier, Altitude Sports a emménagé dans de nouveaux locaux, rue Beaubien, en pensant « être bon pour trois ans ». Mais non, on entend déjà le vacarme des marteaux-piqueurs parce que le détaillant se prépare à prendre un second étage dans l’immeuble. La quantité d’employés doit suivre la hausse des ventes.

« On embauche plus de développeurs informatiques. Et plus on a de clients sur le site, plus il faut de support, car notre focus numéro un est l’expérience client. […] On veut que les consommateurs attendent toujours moins d’une minute au maximum », raconte le copropriétaire Alexandre Guimond, que nous avons rencontré avec Joe Asmar, le tout nouveau chef de l’exploitation (ex-Ssense).

Les bureaux d’Altitude Sports regroupent une centaine d’employés, dont environ 25 % sont des spécialistes de la technologie. Il faut dire que le détaillant réalise à peu près toutes ses ventes en ligne, puisqu’il ne compte qu’une seule petite boutique en briques et mortier (à Mont-Tremblant).

Une centaine d’autres employés travaillent dans le centre de distribution de la rue Chabanel, où l’on retrouve 200 000 produits. En période de pointe, les effectifs totaux passent à 300. 

« Tous les colis partent le soir même. On est rapide, car notre concurrent est Amazon ! » — Alexandre Guimond, copropriétaire d’Altitude Sports

Objectif : tripler les ventes en cinq ans

Avec sa nouvelle place de marché électronique (un système mieux connu sous son nom anglais de marketplace), Altitude Sports souhaite passer à une vitesse supérieure et tripler ses ventes d’ici cinq ans. Ces dernières années, ses revenus ont déjà progressé « dans les deux chiffres élevés ».

De plus, « ça nous permet d’avoir plus de grandeurs, plus de couleurs, et d’autres catégories de produits comme des vélos et des skis », détaille Alexandre Guimond. Il souhaite que son entreprise devienne ainsi un « one-stop shop » dans le secteur du sport, tant de plein air qu’urbain.

« On met l’accent sur le Canada, mais nous avons toute la planète devant nous », insiste Joe Asmar. Les États-Unis et l’Europe sont dans la ligne de mire immédiate.

« On fait 99 % de la job »

Altitude Sports croit pouvoir offrir aux marques qui n’ont pas ou peu d’expertise dans la vente au détail une plateforme et une expérience uniques dans le marché des articles de sport haut de gamme. Et une grande capacité d’analyse du comportement des consommateurs basée sur 12 ans de cueillette de données.

« On peut dire à une marque que tout le monde aime son manteau, mais qu’il lui manque deux pouces, qu’il faudrait qu’il soit plus long, car les femmes voudraient couvrir leurs fesses », donne en exemple Alexandre Guimond.

Les manufacturiers n’ont qu’à s’assurer d’expédier les colis, qui partent de leur propre entrepôt, dans un court délai. « Tout ce qu’ils ont à faire, c’est de mettre une étiquette sur la boîte avec l’adresse du client ! On fait 99 % de la job », résume, mi-sérieux, Joe Asmar.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Alexandre Guimond et Joe Asmar

Tout le reste — mise en ligne des photos, description des produits, service à la clientèle, facturation, retours, marketing, etc. — est pris en charge par Altitude Sports qui conserve un pourcentage sur chaque vente.

L’uniformité et le risque

Pour les consommateurs qui achètent en ligne sur des marketplaces, l’expérience peut être frustrante : les frais de transport varient d’un vendeur à un autre, les délais aussi… Mais Altitude Sports jure que les clients ne seront pas déçus, car les modalités d’achat seront uniformes.

L’idée a été testée avec deux marques, Garneau et Osprey. D’autres viennent tout juste de s’ajouter : Chaco, Helinox et Exped. Et les fournisseurs montrent suffisamment d’intérêt pour qu’il y ait « un line-up », vu le temps requis pour ajouter des produits sur le site.

Les deux dirigeants conviennent qu’il y a un certain risque dans cette aventure, celui que les marques nuisent à la réputation d’Altitude Sports en n’offrant pas une livraison efficace. Mais le détaillant fait partager ses trucs et veille au grain, jure-t-il.

Altitude Sports en chiffres Commandes livrées Exercice 2017  : 300 000 Exercice 2018  : 460 000 Marques 2017  : 340 2019  : 432 (220 000 produits) Employés 2011 : 15 2017 : 130 2019 : entre 200 et 300, selon les périodes de l’année Propriétaires : Maxime Dubois et Alexandre Guimond Source  :  Altitude Sports