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Rachat de La Baie d'Hudson: vers un redressement ou une vente?

Moins de sept ans après son retour en... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Moins de sept ans après son retour en Bourse, La Baie d'Hudson pourrait s'en retirer après l'offre de rachat déposée hier par ses principaux actionnaires.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

La Baie d'Hudson pourrait de nouveau quitter la Bourse. Son président du conseil d'administration est prêt à allonger 1,7 milliard (9,45 $ l'action) pour en devenir l'unique actionnaire. Cette offre provoquera-t-elle un démantèlement ou un redressement de la plus vieille entreprise canadienne ?

Les experts de la vente au détail ont évoqué ces deux scénarios, hier, après que le président exécutif, Richard Baker, et d'autres actionnaires ont proposé de fermer le capital du détaillant.

« Selon moi, c'est la fin de HBC telle que nous la connaissons et le début d'un énorme encaissement immobilier », a commenté sur Twitter Doug Stephens, un expert en vente au détail dont le surnom est le « Retail Prophet ».

« Je pense que privatiser l'entreprise va les aider à corriger la situation en ayant moins de comptes à rendre », a réagi au bout du fil Jean Rickli, consultant pour la firme J.C. Williams Group.

L'offre, à 9,45 $ l'action, correspond à une prime de 48 % par rapport au prix de clôture de vendredi dernier à la Bourse de Toronto et de 39 % par rapport au prix moyen de fermeture des 20 derniers jours.

Aussitôt connue en début de matinée, la nouvelle a propulsé la valeur du titre qui a rapidement gagné 45 % (de 6,37 $ vendredi à 9,23 $). Il a finalement terminé la séance à 9,07 $ (+ 42 %).

L'offre de M. Baker et de ses associés - qui détiennent déjà 57 % des actions du détaillant - est conditionnelle à la vente des actifs allemands pour 1,5 milliard. Un accord à cette fin a déjà été conclu avec le partenaire Signa.

« Nous pensons que pour améliorer les performances de HBC, il faudra beaucoup de temps et un capital patient à long terme » et que le contexte d'une société privée est mieux adapté, car moins axé sur « les résultats et les rendements à court terme », a justifié M. Baker dans un communiqué.

Comment redresser ?

Une deuxième privatisation en 12 ans favorisera-t-elle vraiment le détaillant qui accumule les pertes depuis des années ? Oui, sans l'ombre d'un doute, répond Craig Patterson, directeur de la recherche à la School of Retailing de l'Université de l'Alberta.

« Je ne sais pas si ça survivrait autrement. Le niveau d'endettement est élevé, les pertes financières aussi. Et ils n'ont pas beaucoup d'argent. HBC risque de faire faillite. » L'universitaire croit aux chances de redressement du détaillant. Mais il faudrait fermer 50 % des magasins La Baie d'Hudson pour n'en conserver « que deux ou trois dans chaque grande ville au pays ».

Son avis est partagé par Tony Hernandez, directeur de la Eaton Chair in Retailing de l'Université Ryerson à Toronto. HBC peut survivre. Mais « ils auront besoin de travailler fort pour redresser l'entreprise. On ne parle pas d'ajustements mineurs, mais de changements drastiques et significatifs ».

L'expert croit qu'il faudrait vendre la chaîne américaine Lord & Taylor, fermer Saks OFF 5TH au complet et bon nombre de La Baie. Les magasins La Baie d'Hudson devraient aussi revoir complètement l'assortiment pour se concentrer sur des produits « uniques, de marque HBC ou exclusifs », à l'image de Simons.

« Ils ont vu trop large, ils doivent revenir à la base. Tout ce qu'ils ont fait [ces dernières années], ils le défont, ce qui est une bonne chose. »

- Jean Rickli

Le consultant fait ainsi référence à la vente de Guilt et des activités européennes (entente conclue), à la mise en vente de Lord & Taylor, à la réflexion sur le sort de Saks OFF 5TH.

« L'un des problèmes, c'est que Richard Baker n'est pas un homme de vente au détail, mais d'immobilier », a déclaré un expert du secteur du détail, Bruce Winder, sur BNN Bloomberg.

Convaincu lui aussi qu'il faut fermer « un bon paquet de magasins », il juge que la fermeture du capital est le meilleur moyen d'y arriver. « Pour faire une chirurgie aussi drastique, il faut être privé, sinon les marchés s'affolent et l'action dégringole. Car il y a beaucoup de radiations d'actifs. »

Vers une « vente sans entrave des actifs »

D'autres croient que Richard Baker et son groupe voudront plutôt s'enrichir en misant sur la valeur des immeubles de HBC. Car ce magnat de l'immobilier a surtout impressionné en vendant les baux de Zellers à Target pour 1,8 milliard. « Depuis l'acquisition de HBC par Richard Baker en 2008, je n'ai encore vu aucune stratégie de vente au détail convaincante », confie Doug Stephens.

Et étant donné que « toute l'activité significative » des dernières années a été « largement axée sur le secteur immobilier en Europe et aux Pays-Bas », l'expert croit que l'exploitation de magasins « présente peu d'intérêt pour Baker et son équipe. » Et dans le contexte de la récession qui nous pend au bout du nez, il est convaincu que « nous assisterons à une vente sans entrave des actifs immobiliers de qualité supérieure [certains allant à WeWork] et à la liquidation du reste de l'entreprise ».

Pour l'ex-président de Sears Canada Mark Cohen, il est évident que ceux qui veulent acheter HBC le font pour la valeur de son immobilier car « les résultats d'exploitation ne justifient pas un tel investissement. [...] D'un point de vue d'exploitation, cette entreprise est un échec, elle n'a pas d'avenir », a-t-il dit à BNN Bloomberg.

Richard Baker a « la passion de la vente au détail. Quand il en parle, il a le sourire aux lèvres », rétorque Craig Patterson. « Il ne voudrait pas laisser en héritage l'effondrement de la plus vieille entreprise d'Amérique du Nord ! » Mais l'universitaire convient que, d'un point de vue comptable, « ce serait très logique » de vendre l'immobilier qui vaut des milliards.

Les deux possibilités peuvent exister, croit Jean Rickli : vendre les immeubles et en devenir locataire pour poursuivre l'aventure.

Chose certaine, très rares sont les entreprises sur la planète qui peuvent se targuer de susciter des débats après 349 ans d'existence.

Deux années difficiles financièrement

2018

Ventes : 9,38 milliards

Perte nette : 631 millions

Perte nette par action : 2,29 $

2017

Ventes : 9,49 milliards

Perte nette : 581 millions

Perte nette par action : 3,04 $

Exercices clos respectivement le 2 février 2019 et le 3 février 2018. On ne peut reculer davantage dans le temps car la façon de rédiger les états financiers a changé. Source : HBC

La Baie en bref

300 magasins (Saks Fifth Avenue, La Baie d'Hudson, Lord & Taylor, Saks OFF 5TH, Galeria Kaufhof, Galeria INNO)

40 000 employés

Exploite HBS Global Properties en partenariat avec Simon Property Group

RioCan-HBC en partenariat avec RioCan

Rachat de La Baie d'Hudson

Les 20 dernières années de La Baie

1999 : La Baie crée l'enseigne Déco Découverte.

2005 : L'Américain Jerry Zucker achète HBC (1,13 milliard US).

2006 : NRDC (fonds de la famille de Richard Baker) et Apollo Real Estate Advisers achètent Lord & Taylor.

2007 : HBC est privatisée par Jerry Zucker.

2008 : NRDC (fonds de la famille de Richard Baker) fait l'acquisition de HBC.

2011 : La Baie vend les 220 baux de ses magasins Zellers à Target (1,8 milliard).

2012 : HBC vend la chaîne Fields (acquise en 1978 en même temps que Zellers).

2012 : Retour en Bourse pour HBC

2013 : HBC achète Saks Fifth Avenue pour 2,9 milliards US.

2016 : HBC achète Guilt Group pour 250 millions US.

2017 : HBC vend son magasin emblématique Lord & Taylor, sur la 5e Avenue à New York, pour 850 millions US.

Juin 2018 : HBC revend Guilt Group (guilt.com) à Rue La La.

Septembre 2018 : HBC conclut une entente avec l'autrichienne Signa pour fusionner ses activités européennes (enseigne Kaufhof) avec la chaîne allemande de magasins Karstadt.

Février 2019 : Annonce de la fermeture de la chaîne Déco Découverte (38 magasins) et de 20 Saks OFF 5TH. L'avenir du reste de la chaîne est « en évaluation ».

Mai 2019 : HBC envisage la vente ou la fusion de la chaîne de 45 magasins Lord & Taylor.

Juin 2019 : HBC conclut une entente pour vendre ses activités allemandes. Et un groupe d'investisseurs (Richard Baker en tête) souhaite privatiser l'entreprise.




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