Le Mouvement des caisses Desjardins est en voie de devenir une banque comme les autres, au détriment des principes coopératifs qui formaient la base de cette institution financière québécoise, soutient l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans un rapport qui sera publié aujourd’hui.

Martin vallières
La Presse

Selon son auteure, Julia Posca, chercheuse à l’IRIS, « il faudra bientôt cesser de prétendre que Desjardins est autre chose qu’une banque. En fait, sa mission est peu à peu passée de caisse d’épargne destinée à améliorer la situation financière de la population à une institution qui cherche à maximiser ses rendements, au détriment des services aux membres ».

Au fil de sa recherche, Mme Posca a constaté que « Desjardins est devenu un véritable complexe financier qui possède des filiales dans tous les domaines financiers, et dont l’expansion s’est accompagnée d’une embauche massive d’experts en tous genres ».

En conséquence, estime la chercheuse de l’IRIS, « l’influence des administrateurs [élus dans les caisses] s’est réduite comme peau de chagrin, au plus grand profit de technocrates salariés et, surtout, autonomes dans leurs décisions, contrevenant ainsi aux valeurs démocratiques de la coopérative ».

Moins de caisses et de ristournes

Comme exemple de cette « bancarisation » de Desjardins, Mme Posca souligne « qu’en réponse aux exigences de ses investisseurs en titres de capital et d’obligations corporatives, le Mouvement Desjardins cherche constamment à réduire ses coûts de fonctionnement, notamment par la fermeture ou la fusion des caisses qui ont un faible potentiel de croissance ».

En conséquence, soutient la chercheuse, « les premiers à souffrir de ces méthodes de rationalisation sont les milieux ruraux. De 1990 à 2018, le nombre de caisses est passé de 1350 à 238 ».

Aussi, ajoute Mme Posca, « les ristournes ont suivi le même mouvement à la baisse. Après avoir songé à les abolir, Desjardins veut maintenant les moduler selon le nombre et le type de produits financiers détenus ».

« Encourager l’endettement »

Autre exemple de la « bancarisation » de Desjardins : Mme Posca déplore que « le mouvement encourage désormais l’endettement plutôt que l’épargne parmi ses membres, en contravention totale avec ce que prévoyait sa mission d’origine ».

La chercheuse de l’IRIS présente un exemple chiffré : « les prêts hypothécaires et les prêts à la consommation représentent en moyenne 50 % de l’actif total chez Desjardins », alors qu’en 1961, « les prêts à la consommation ne représentaient que 8,8 % de l’actif total des caisses ».