(New York) Ford a annoncé jeudi des résultats trimestriels meilleurs que prévu, marqués par un retour aux bénéfices en Europe, et a promis une amélioration de sa rentabilité en 2019 grâce à sa restructuration et au dépoussiérage de sa gamme de voitures aux États-Unis.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

Ces annonces ont fait bondir l’action de plus de 9 % dans les échanges électroniques suivant la clôture de la séance à Wall Street.

Le constructeur automobile américain a dégagé un bénéfice net de 1,1 milliard de dollars au premier trimestre, en baisse de 34 % du fait d’une charge de restructuration de 592 millions, selon un communiqué.

Le bénéfice ajusté par action est toutefois de 44 cents, nettement supérieur aux 27 cents attendus en moyenne par les analystes financiers.

La marque à l’ovale bleu attribue le plongeon de ses profits à cette charge venant de sa sortie, annoncée en février, du marché des poids-lourds en Amérique du Sud et d’un repositionnement de ses opérations européennes.

Le chiffre d’affaires trimestriel a pour sa part diminué de 3,85 % à 40,3 milliards de dollars, contre 37,08 milliards attendus en moyenne par les marchés.

Si les ventes ont dégringolé de 48 % au premier trimestre, une hausse des prix de ses gros véhicules (camionnettes, multisegments et VUS) lui a permis de limiter les dégâts, a expliqué le groupe de Dearborn (nord).

« Ce trimestre marque véritablement un bon démarrage de l’année », a commenté Bob Shanks, le directeur financier, se montrant en outre optimiste pour l’ensemble de l’année.

« Nous sommes en voie d’enregistrer de meilleurs résultats en 2019 comparé à l’an dernier », a-t-il ajouté.

« Ford a commencé à récolter les fruits d’un portefeuille comportant essentiellement des camionnettes et des VUS », a commenté Jeremy Acevedo, expert chez Edmunds.com.

Tout pour les grosses voitures

De nombreux signaux sont en effet positifs : Ford a réussi à dépoussiérer sa gamme en Amérique du Nord (États-Unis, Canada et Mexique) en lançant de nouveaux modèles, dont les camionnettes Ranger et Super Duty et les VUS Explorer et Escape.  

L’Europe a dégagé un bénéfice opérationnel de 57 millions de dollars contre une perte de 62 millions il y a un an et le bénéfice a flambé à 2,2 milliards en Amérique du Nord contre seulement 300 millions au premier trimestre 2018.

La Chine, le premier marché automobile mondial, « est en train de repartir (car) l’économie chinoise semble se stabiliser », a dit Bob Shanks.

Ford semble avoir trouvé la recette pour redresser ses opérations dans les marchés internationaux, dont la performance a ces dernières années éclipsé les bons résultats de l’Amérique du Nord qui bénéficie des marges des gros véhicules.

Pour ce faire, il a engagé une vaste restructuration visant à économiser 25,5 milliards de dollars au total d’ici 2022, ce qui va passer par l’arrêt de la production des voitures compactes (berlines et citadines) en Amérique du Nord, des fermetures d’usines et des milliers de suppressions d’emplois en Europe.

Il va supprimer 5000 postes en Allemagne sous forme de départs volontaires et a fermé trois de ses quatre usines en Russie pour se limiter aux véhicules utilitaires sur ce marché qui peine à se remettre de son effondrement de 2012-2016.

Le constructeur va aussi supprimer des emplois au Royaume-Uni et fermer une usine de boîtes de vitesses en France, à Blanquefort (Gironde).

Outre cette cure d’austérité, le PDG Jim Hackett essaie par ailleurs de rattraper le retard accusé par Ford dans les technologies autonomes et électriques.

Le groupe américain a investi mercredi 500 millions de dollars dans Rivian, une start-up américaine, dont le savoir-faire pourrait lui permettre de mettre le plus rapidement possible un nouveau véhicule électrique frappé de son logo sur le marché.  

Cette alliance s’inscrit dans le cadre du plan d’investissement de 11 milliards de dollars lancé l’année dernière par Ford pour se faire une place sur le marché de l’automobile électrique, en plein développement.

Deux modèles sont déjà prévus : un multisegment électrique de la sportive Mustang, qui doit voir le jour en 2020, et une version électrique de la camionnette vedette de Ford, le F-150.

Ford s’est en parallèle allié à Volkswagen pour développer des utilitaires et une camionnette. Les deux groupes discutent d’un élargissement de leur alliance aux véhicules électriques et autonomes ainsi qu’aux services de mobilité.