Le ministre du Travail, Jean Boulet, a déposé son hypothèse de règlement aux deux parties, mercredi, dans l’espoir de mettre fin au lock-out qui sévit à l’Aluminerie de Bécancour depuis plus de 15 mois. Et il assure qu’il y requiert des concessions de la part des deux parties.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

Il attend une réponse d’ici une semaine à dix jours.

Son hypothèse de règlement inclut un protocole de retour au travail sur une période moindre que les 10 mois précédemment proposés par la direction de l’aluminerie — ce qui avait fait grincer des dents les travailleurs.

Au cours d’une conférence de presse à Québec, le ministre a précisé que son hypothèse de règlement abordait tous les points importants : les salaires, le régime de retraite, les mouvements de main-d’œuvre, la réorganisation du travail, la sous-traitance, les libérations syndicales et la durée de la convention collective.

Il a indiqué qu’il s’attendait à obtenir la réponse patronale avant la réponse syndicale. Et il espère que le syndicat soumettra l’hypothèse de règlement à ses membres afin qu’ils puissent se prononcer lors d’une assemblée générale. Il s’attend d’ailleurs à une réponse « d’ici une semaine, 10 jours maximum ».

« Je requiers des concessions des deux parties », a-t-il insisté, lui qui était avocat spécialisé en droit du travail avant de se lancer en politique. Il faut dire que les propos du premier ministre François Legault, qui avait jugé « déraisonnables » les syndiqués, alors qu’il s’agit d’un lock-out et non d’une grève, avaient découragé les travailleurs.

Visiblement sensible au fait que les travailleurs estiment avoir subi une gifle de la part du premier ministre, le ministre du Travail a ajouté : « il y a des éléments qui leur sont favorables » dans cette hypothèse de règlement.

« Je suis confiant, je suis profondément convaincu que c’est une hypothèse qui est acceptable, qui est raisonnable, qui permettrait de préserver les emplois qui sont chers au Québec, à la Mauricie et au Centre-du-Québec et de permettre à la compagnie de poursuivre ses opérations de façon tout à fait efficace, tout en améliorant sa productivité », a estimé le ministre Boulet.

Pour concevoir cette hypothèse, il a dit s’être inspiré de la jurisprudence et des conditions de travail qui existent dans des milieux semblables.

Optimiste, le ministre a dit espérer que même si l’une des parties refusait d’accepter ou d’entériner son hypothèse de règlement, celle-ci contribuera à tout le moins à provoquer une reprise du dialogue.

Le syndicat l’étudiera

Avant de rencontrer la presse, le ministre a rencontré séparément la direction d’ABI et les représentants du syndicat des Métallos, affilié à la FTQ, pour leur présenter son hypothèse de règlement. Clément Masse, président de la section locale 9700 du syndicat des Métallos, y assistait, en compagnie de Dominic Lemieux, adjoint au directeur québécois du syndicat des Métallos.

Le syndicat a fait savoir qu’il ne souhaitait pas commenter cette hypothèse de règlement pour l’instant. Il souhaite en prendre connaissance à fond avant de commenter au cours des prochains jours.

L’intervention du ministre survient après celle d’un médiateur, d’un médiateur spécial en la personne de l’ancien premier ministre Lucien Bouchard et celle du premier ministre François Legault. Le syndicat avait également proposé de soumettre le litige à un arbitrage de différend, ce qu’Alcoa, propriétaire majoritaire d’ABI, avait refusé.

C’est le 11 janvier 2018 que les 1030 travailleurs d’ABI ont été mis en lock-out par la direction de l’aluminerie, au lendemain du rejet en assemblée générale des offres finales de l’employeur.