Nemaska Lithium et la firme européenne Pallinghurst n’ont pas réussi à s’entendre sur les modalités de l’investissement de 600 millions qui devait assurer la survie du projet de mine et d’usine de lithium de 1 milliard de dollars.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’entreprise, dans laquelle Québec a déjà investi 130 millions, a demandé la protection de la loi pour se mettre à l’abri de ses créanciers et elle partira à la recherche d’un nouveau sauveur.

« Malgré les efforts importants déployés pour conclure une entente définitive avec Pallinghurst, il semble pratiquement inévitable qu’aucune entente définitive ne puisse être conclue avant la fin de la période d’exclusivité se terminant le 31 décembre 2019 », a fait savoir Nemaska Lithium en début de soirée lundi.

Après avoir obtenu l’autorisation de se placer à l’abri de ses créanciers, Nemaska Lithium tentera maintenant de sauver son projet en trouvant un autre repreneur pour ses activités, en tout ou en partie.

« La Société prévoit qu’elle pourrait demander à la Cour d’approuver le lancement d’un processus officiel de sollicitation d’investisseurs visant à obtenir du financement supplémentaire, à vendre des actifs, à conclure une coentreprise ou une combinaison de ces opérations », a indiqué l’entreprise.

Nemaska Lithium veut « susciter de l’intérêt dans l’entreprise » dans le but de « créer le fondement d’un plan de compromis ou d’arrangement pour toutes les parties prenantes de la Société ».

Elle s’est adressée à la cour, lundi, pour obtenir la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). L’entreprise a besoin de temps « pour mener à bien ses efforts de refinancement », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Des dépassements de coûts

Nemaska Lithium exploite une mine de spodumène et une usine de lithium destiné au marché des batteries pour véhicules électriques. Des dépassements de coûts importants l’ont forcée à chercher de nouveaux investisseurs.

« Après un examen attentif de toutes les solutions de rechange possibles à l’issue de consultations approfondies avec ses conseillers juridiques et financiers, le conseil d’administration de la Société, sur la recommandation de son comité spécial, a déterminé qu’il était dans l’intérêt véritable de la Société et de toutes ses parties prenantes de déposer une demande de protection contre ses créanciers en vertu de la LACC », a fait savoir l’entreprise.

Nemaska Lithium ajoute qu’elle fera le point « une fois que l’information supplémentaire sera disponible ».

En attendant, les transactions sur le titre sont suspendues à la Bourse de Toronto.

Le gouvernement du Québec est le principal actionnaire de Nemaska Lithium, en plus d’être l’un de ses bailleurs de fonds. Au total, Québec a investi 130 millions dans l’entreprise, et le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a répété à maintes reprises qu’il n’était pas question de la laisser tomber.

Le coût du projet de mine et d’usine de transformation du lithium est passé de 1,1 à 1,5 milliard. Ce dépassement de coût a forcé l’entreprise à mettre les freins et à chercher de nouvelles sources de financement. Une partie de son effectif a été mis à pied.

La firme d’investissement européenne Pallinghurst avait annoncé son intention d’investir 600 millions dans Nemaska Lithium, mais les discussions ont échoué. « Bien que Pallinghurst ait toujours une opinion favorable du projet de Nemaska Lithium, elle n’est pas prête à prolonger la période d’exclusivité au-delà du 31 décembre 2019, ni à modifier certaines conditions posées à sa proposition d’investissement », a précisé l’entreprise.

Par ailleurs, Nemaska Lithium tente aussi d’annuler un financement obligataire de 350 millions US qui porte un taux d’intérêt élevé, afin de trouver des fonds moins coûteux pour poursuivre ses activités. Une décision du tribunal a ordonné le remboursement des détenteurs d’obligations, mais la question des pénalités à payer est toujours en litige entre Nemaska Lithium et Nordic Trustee, fiduciaire des obligations.