Le patron de la Banque Laurentienne attribue aux relations de travail une année 2019 difficile où la pression s’est particulièrement fait sentir sur les résultats.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« J’aurais pu me passer de la dernière année ! », lance François Desjardins en entrevue au siège social de la banque dans la foulée de la présentation des résultats de fin d’exercice de l’institution financière montréalaise.

La signature d’une nouvelle convention collective au printemps a mis un terme à l’incertitude qui planait sur la banque, croit-il. « Les employés et les clients ne savaient pas s’il allait y avoir un conflit de travail », ajoute François Desjardins.

Redémarrer une machine inquiète, ça prend du temps. On va la voir, la croissance. Et elle va générer de la rentabilité. Mais ça prend du temps à rebâtir.

François Desjardins

La Laurentienne a dévoilé mercredi un bénéfice par action ajusté trimestriel en recul de 14 %, c’est-à-dire substantiellement inférieur aux attentes, et des revenus en baisse de 6 %.

Le gestionnaire qui fête ses 49 ans jeudi soutient que parce que les négociations avec les dirigeants syndicaux ont traîné, l’organisation a « délibérément ralenti » la croissance de tous les prêts personnels pour accumuler davantage de liquidités en cas de conflit de travail.

Au même moment, ajoute-t-il, les revenus provenant des marchés des capitaux ont subi les impacts de l’instabilité du marché.

L’actif total a diminué cette année et les résultats ont été affectés. En raison du contexte de relations de travail et de son incidence sur la performance financière, la banque reporte d’une année (de 2021 à 2022) l’atteinte des cibles fixées.

Ces cibles de performance sont notamment de réduire l’écart de rendement des capitaux propres par rapport à la moyenne des principales banques canadiennes (ce ratio s’est creusé cette année) et d’amener le ratio d’efficacité ajusté sous les 63 % (il s’est détérioré en augmentant à plus de 72 % en 2019).

Ces cibles avaient déjà été reportées une première fois l’année dernière, souligne l’analyste Gabriel Dechaine, de la Financière Banque Nationale. Son collègue Richard Roth, de la TD, estime de son côté que le marché escomptait déjà le délai annoncé mercredi.

L’action de la Laurentienne a cédé 3 % mercredi, à 44,45 $, à Toronto.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Transformation sur sept ans

François Desjardins estime que la partie difficile de son plan de transformation présenté il y a quatre ans « touche à sa fin » et qu’une croissance de 5 % à 10 % par an des bénéfices par action peut être attendue au cours des trois prochaines années.

Il pense aussi possible de relancer l’activité dans le secteur des services aux particuliers. En misant entre autres sur les « milliers de conseillers financiers indépendants » qui font affaire avec la filiale B2B Banque, il vise dorénavant une augmentation de près de 9 % de la valeur des prêts personnels d’ici 2022 et une hausse d’au moins 15 % de la valeur des dépôts de particuliers sur trois ans.

Lorsqu’on lui demande s’il a eu des remises en question depuis sa nomination en 2015, François Desjardins répond : « Tous les jours », mais « jamais par rapport au plan stratégique ».

« L’industrie en général est en train de réaliser des choses qui me faisaient peur. L’inertie est la chose qui me fait le plus peur. Notre industrie se transforme. Les consommateurs utilisent leur téléphone pour exécuter leurs opérations. Si on ne réagit pas assez vite, ce sont les Google et Amazon de ce monde qui vont gagner. »

« Au début, dit-il, on me demandait si j’allais trop vite ou si les clients allaient me suivre. Aujourd’hui, on voit plusieurs choses qu’on a faites il y a deux ans être réalisées ailleurs. La fusion de succursales et la numérisation de certaines transactions, par exemple. On voit ça ailleurs », dit François Desjardins.

Sa feuille de route depuis quatre ans

Conversion
Il y avait quelque 150 succursales en 2015. Après de multiples fusions, il n’en reste qu’environ 80. Le PDG préfère parler de « cliniques financières » plutôt que de succursales à la suite de la conversion de l’ensemble des établissements en emplacements ayant pour mandat d’offrir uniquement du conseil. Parallèlement, la Laurentienne a procédé à la bonification des services sur ses plateformes numériques.

Convention
La nouvelle convention collective augmenterait la capacité à mettre en œuvre des processus plus efficaces. L’entente met l’accent sur la performance individuelle plutôt que sur l’ancienneté et la sécurité d’emploi. L’unité de négociation couvre presque exclusivement les postes en contact direct avec la clientèle et aucun autre poste ne peut être ajouté. Le nombre de syndiqués est passé d’environ 1800 en 2015 à 700 aujourd’hui.

Relocalisation
Le siège social autrefois situé sur l’avenue McGill College a été déménagé à la Cité du commerce électronique, à quelques pas du Centre Bell. Les employés de l’essentiel de tous les bureaux situés dans l’île de Montréal y sont regroupés sur une dizaine d’étages. Cette décision a été justifiée pour permettre des économies en réduisant notamment les coûts locatifs.

Acquisitions
En 2016, la banque a fait l’acquisition des activités canadiennes de financement d’équipement et de financement corporatif de CIT. L’année suivante, elle a acheté Northpoint Commercial, un prêteur américain spécialisé dans le financement de stocks. Cette transaction établit une présence de la Laurentienne aux États-Unis.