(Québec) Québec craint que le licenciement de 60 employés du service des finances de Rona à Boucherville marque le début d’une relocalisation d’emplois plus importante au siège social de l’entreprise propriétaire, Lowe’s, aux États-Unis.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué mercredi que l’entreprise américaine n’avait pas informé le gouvernement de cette relocalisation d’emplois. Par voie de communiqué, hier, Rona a écrit qu’en tant « que division canadienne d’une compagnie internationale, nous avons pris la décision d’avoir recours aux services partagés de comptabilité de Lowe’s ».  

« Ces 60 personnes, c’est peut-être un début. Mais je vais m’assurer que c’est bien circonscrit », a affirmé mercredi M. Fitzgibbon, qui craint d’autres pertes d’emplois.  

« Quand on commence, ça peut être assez systémique, a-t-il dit. Mais à ce stade-ci, je ne veux pas qu’on panique, je ne veux pas envoyer un mauvais message, je n’ai pas l’information. On va l’obtenir. »

Doit-on boycotter ?

Visiblement contrarié, le premier ministre du Québec, François Legault, n’a pas appelé les Québécois à boycotter Rona, mais il a clairement indiqué mercredi où il magasine lorsqu’il va en quincaillerie.  

« Je ne vais pas commencer à lancer une série de boycottage, a-t-il affirmé. Il y a des endroits dans certaines régions du Québec où il y a seulement un Rona. Mais moi, j’essaie d’acheter québécois dans des magasins québécois. »

Ces pertes d’emploi, a ajouté le premier ministre, « c’est très malheureux. Ce sont des bonnes jobs, des jobs payantes. » Il a du même souffle accusé le précédent gouvernement libéral d’avoir permis la vente de Rona à des intérêts américains.   

Le ministre Fitzgibbon se dit pour sa part « préoccupé » par le sort des travailleurs touchés. Il signale que le gouvernement du Québec fera des efforts pour leur trouver un autre emploi.

M. Fitzgibbon a également l’intention de parler à son futur homologue fédéral, qui sera nommé bientôt, afin de s’assurer que les engagements pris par Lowe’s envers Ottawa au moment de l’achat de Rona soient respectés. « Je n’étais pas là à l’époque, mais on peut questionner. Peut-être qu’après trois ans, quatre ans, peut-être qu’ils vont être moins intéressés » à les respecter, a-t-il soutenu.

Après les vérifications auprès d’Ottawa, « on verra ce qu’on peut faire pour aider Rona si on peut les aider. Est-ce qu’il y a quelque chose à faire au Québec pour solidifier la filière Rona ? Probablement pas, parce qu’il y a d’autres compétiteurs qui ont émergé. Nous, comme gouvernement, on est fiers de voir ça. »

D’ailleurs, « disons que je ne fais pas beaucoup de travaux chez nous, mais si j’avais à y aller, j’irais prendre un magasin québécois », a-t-il aussi souligné, à l’instar de M. Legault. Certes, « ce n’est pas au gouvernement de dire aux gens où aller acheter », mais « moi j’irais ailleurs ».

« Il faut comprendre qu’on voit beaucoup de clients qui ont quitté Rona pour aller chez Canac, Patrick Morin ou d’autres, on voit le côté nationaliste des Québécois. Alors Rona a peut-être payé un prix par rapport à ça. Ce n’est pas Rona qu’il faut blâmer, c’est peut-être Lowe’s. »

Il se dit préoccupé pour les fournisseurs de Rona qui ont subi les contrecoups de la transaction, alors que Lowe’s a des « approvisionnements mondiaux ».  

« Les magasins comme tels, on peut aller chez Canac et Patrick Morin. Les fournisseurs, ce sont eux qui ont été touchés beaucoup par ça aussi. »

Au moment de l’acquisition controversée de Rona en 2016, la direction de Lowe’s s’était engagée à maintenir le siège social des activités canadiennes à Boucherville et à garder la « vaste majorité » des postes chez Rona. Deux ans plus tard, à la fin de l’année 2018, l’entreprise annonçait la fermeture de neuf magasins Rona et la perte d’une soixantaine d’emplois au Québec.

– Avec Janie Gosselin