(Montréal) Les mauvaises nouvelles continuent de s’accumuler pour les actionnaires de Groupe SNC-Lavalin, qui voient maintenant la firme d’ingénierie et de construction sabrer son dividende trimestriel de 80 %.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Disant vouloir « renforcer » ses coffres, l’entreprise, qui a affiché une perte nette de 2,12 milliards au deuxième trimestre, a fait savoir jeudi que le paiement effectué tous les trois mois passera de 10 cents à deux cents par action.

Cette décision a des répercussions pour la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), plus important actionnaire de SNC-Lavalin avec quelque 35 millions d’actions, puisqu’elle sera privée d’approximativement de 2,8 millions chaque trimestre — soit environ 11,2 millions par année.

Le bas de laine des Québécois a aussi vu la valeur de la participation d’environ 20 % qu’elle détient dans la firme fondre de quelque 875 millions depuis le début de l’année en raison de la dégringolade du titre.

« Nous prenons note de l’intention de la société de s’attaquer à la tendance actuelle de la performance et nous allons continuer à suivre la situation », a indiqué un porte-parole du gestionnaire de régimes de retraite, Maxime Chagnon, qui n’a pas voulu commenter la baisse du dividende.

À la Bourse de Toronto, l’action de SNC-Lavalin a abandonné 9,39 %, ou 1,96 $, pour clôturer à 18,92 $ — son plus bas niveau depuis janvier 2005.

La semaine dernière, la CDPQ était sortie de sa réserve habituelle pour exiger des « actions décisives » dans la foulée d’une autre restructuration annoncée par la multinationale.

Dans ce qui constituait la troisième révision de ses prévisions, SNC-Lavalin avait annoncé qu’elle cesserait de soumissionner sur des contrats à prix fixe, où les dépassements de coûts sont absorbés par l’entrepreneur, afin de se tourner davantage vers les services d’ingénierie.

Mea culpa

En conférence téléphonique, jeudi, le président et chef de la direction par intérim Ian Edwards, aux commandes depuis moins de deux mois, y est allé d’un acte de contrition, reconnaissant que la firme était confrontée à des « défis d’envergure ».

« Au cours des derniers trimestres, nous avons fourni des prévisions et nous n’avons pas livré la marchandise, a-t-il dit. C’est inacceptable. C’est inacceptable pour moi et pour les parties prenantes qui font confiance à l’entreprise. »

SNC-Lavalin a scindé ses activités en deux secteurs, notamment afin d’isoler les segments des ressources et de la construction, où la performance est loin d’être au rendez-vous, dans une entité.

Interrogé par les analystes, M. Edwards a dit qu’il allait maintenant explorer « toutes les options » en ce qui a trait au segment des ressources, ce qui comprend une vente possible de la division pétrolière et gazière.

« C’est quelque chose qui figure dans le haut de notre liste en ce qui a trait aux prochaines étapes », a expliqué celui qui a pris la relève de Neil Bruce le 11 juin dernier.

Évoquant des « pressions » sur le bilan financier de SNC-Lavalin, l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, a estimé que l’entreprise avait pris une bonne décision en abaissant son dividende.

Encore des questions

De son côté, Maxim Sytchev, de la Financière Banque Nationale, a déploré un manque de clarté de la part de SNC-Lavalin dans sa stratégie visant à s’assurer que les contrats à prix fixe restants — qui représentent 4,3 milliards du carnet de commandes — seront livrés sans d’autres mauvaises surprises.

« Certains estiment que la société aura besoin de 500 millions à 1 milliard pour mener à bien ces projets, compte tenu du manque de résultats probants de la direction », a écrit l’analyste, dans une note.

SNC-Lavalin, qui a aussi annoncé la mise en place d’une unité de surveillance pour les contrats clé en main, s’attend à ce qu’environ 80 % des ententes soient livrées à la fin de 2021. Tout devrait être complété d’ici 2024.

Parallèlement à ses déboires financiers, l’entreprise fait toujours face à des accusations criminelles de fraude et de corruption pour des gestes qui auraient été posés en Libye entre 2001 et 2011. Un verdict de culpabilité pourrait écarter la société des contrats fédéraux pendant une décennie.

La perte nette par action de SNC-Lavalin s’est chiffrée à 12,07 $ pour la période de trois mois terminée le 30 juin. Ce résultat tient compte d’une charge de dépréciation de 1,8 milliard qui avait déjà été annoncée. Au deuxième trimestre de l’exercice précédent, un bénéfice net de 83 millions, ou 47 cents par action, avait été engrangé.

De leur côté, les revenus ont été de 2,28 milliards, alors qu’ils avaient été de 2,5 milliards il y a un an.

La perte nette du secteur de l’ingénierie et de la construction a été de 2,18 milliards, ou 12,44 $ par action. Elle a été en partie contrebalancée par un gain de 65,5 millions, ou 37 cents par action, généré par SNC Capital.