(Montréal) Le Northern Pass, un des projets sur lesquels misait Hydro-Québec pour exporter de l’hydroélectricité dans la région de la Nouvelle-Angleterre, vient d’être débranché pour de bon par son promoteur américain.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Cette décision, prise par Eversource une semaine après avoir essuyé un revers auprès de la Cour suprême du New Hampshire, a des répercussions financières pour Hydro-Québec, qui a investi au moins 35 millions depuis que le projet a été mis sur la table en 2011.

Dans un document déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) — le gendarme boursier américain — le partenaire d’Hydro-Québec en vient à la conclusion qu’il n’est «plus probable» que cette ligne de transport puisse voir le jour.

«Il n’y a clairement plus de possibilités pour ce projet», a indiqué un porte-parole d’Eversource, William Hinkle, vendredi, dans un courriel, en précisant que « toutes les options » avaient été étudiées par la compagnie.

Dans son arrêt, la Cour suprême du New Hampshire avait confirmé la décision du comité d’évaluation du site de l’État concernant les préoccupations des communautés et des écologistes, selon lesquelles le projet Northern Pass nuirait à l’industrie du tourisme de la région et à la valeur des propriétés.

Eversource a englouti 318 millions US dans le projet et inscrira une charge après impôts de 200 millions US, ou 64 cents US par action.

Le Northern Pass, qui devait contourner la région des montagnes Blanches, avait obtenu plusieurs permis avant d’être bloqué par la Commission d’examen du site au New Hampshire l’an dernier.

Initialement, Hydro-Québec misait sur le Northern Pass, qui devait coûter 680 millions pour la portion québécoise — où toutes les autorisations avaient été obtenues — et 1,6 milliard US au sud de la frontière, pour acheminer au Massachusetts annuellement 9,45 térawattheures (TWh) pendant 20 ans à compter de 2020. Le tracé de 309 kilomètres au total (dont environ 80 kilomètres au Québec) devait relier le poste des Cantons, situé à Val-Joli, et le poste de Franklin, dans le sud du New Hampshire.

Chez Hydro-Québec, on espérait un «autre dénouement», a convenu une porte-parole, Lynn St-Laurent, soulignant que dépenses effectuées pourront «quand même être récupérables».

«Il y a eu du travail d’ingénierie effectué pour le (renforcement) du réseau, de la conception de pylônes et d’autres études, a-t-elle expliqué au cours d’un entretien téléphonique. Il s’agit de travail que nous pourrons récupérer.»

Mme St-Laurent a précisé qu’il y aura des évaluations comptables effectuées au cours des prochaines semaines afin de déterminer avec exactitude l’ampleur des sommes engagées par Hydro-Québec.

Hydro-Québec a toujours en poche son contrat avec le Massachusetts, qui a opté pour le New England Clean Energy Connect, dont le tracé doit passer par le Maine. Ce projet, qui doit être réalisé par Hydro-Québec et Central Maine Power, doit encore obtenir de nombreuses approbations avant sa mise en service, prévue en 2022.

Mme St-Laurent a estimé que malgré tout, le Northern Pass a été un « projet phare » pour la société d’État dans le cadre de son positionnement en Nouvelle-Angleterre, qui représente la moitié de son volume d’énergie exporté.

«Eversource nous a permis de nous positionner comme fournisseur d’énergie propre et fiable, a dit la porte-parole d’Hydro-Québec. Selon nous, le Northern Pass a été positif et nous a ouvert des portes.»

La semaine dernière, à la suite de la décision de la Cour suprême du New Hampshire, le gouverneur de cet État, Chris Sununu, en faveur du projet d’Eversource, avait estimé que le temps était venu de «passer à autre chose», ajoutant qu’il y avait «plusieurs autres projets» d’énergie propre pouvant faire diminuer les tarifs énergétiques en Nouvelle-Angleterre.