Boeing a déclaré hier une perte nette trimestrielle de 2,942 milliards US, la pire de son histoire, et a pour la première fois envisagé publiquement un arrêt complet de l’une des plus imposantes chaînes d’assemblage au monde, celle du 737 MAX.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le géant américain avait déjà prévenu la semaine dernière qu’il inscrirait à ses comptes une charge exceptionnelle de 5,6 milliards US (4,9 milliards US après impôts) en raison des problèmes qu’il éprouve avec le 737 MAX, toujours interdit de vol partout dans le monde.

Cette provision couvre les impacts de la réduction de la cadence de production de l’appareil, mais aussi de futures concessions que l’entreprise s’attend à devoir faire à ses clients, notamment pour compenser des retards de livraison et les inconvénients qu’ils ont subis dans leurs activités.

Appliquée aux revenus, cette charge a contribué à faire chuter ceux-ci à 15,8 milliards US au deuxième trimestre de 2019, comparativement à 24,3 milliards US à pareille date l’an dernier. Les revenus sont aussi durement touchés par l’absence de livraisons de 737 MAX, les clients versant la majorité du prix de vente lors de la prise de possession.

Les trimestres déficitaires sont rares depuis quelques décennies chez Boeing. Le dernier remontait à 2016 (234 millions US) et le précédent (1,5 milliard US), à la crise financière de 2009.

Fermeture envisagée

Selon le président, chef de la direction et président du conseil d’administration de Boeing, Dennis Muilenburg, l’entreprise croit actuellement être capable de livrer aux autorités réglementaires une version finale des correctifs nécessaires au 737 MAX en septembre.

PHOTO JIM YOUNG, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Dennis Muilenburg, chef de la direction et président du conseil d’administration de Boeing

Elle espère ensuite que ceux-ci seront approuvés dès octobre, menant à un retour en vol de l’appareil avant la fin de l’année. L’entreprise reconnaît toutefois qu’elle ne contrôle pas cet échéancier, placé entre les mains non seulement de la Federal Aviation Administration (FAA) américaine, mais aussi des organismes semblables de plusieurs autres pays, dont Transports Canada, qui ont promis de mener leur propre examen.

Si de nouveaux problèmes ou retards devaient repousser la recertification de l’appareil en 2020, la direction de Boeing a pour la première fois hier évoqué la possibilité de réduire à nouveau la cadence de production, voire de carrément la suspendre.

Dans certains cas, selon l’échéancier, un arrêt temporaire de la chaîne d’assemblage pourrait être plus efficace qu’une réduction de la cadence.

Dennis Muilenburg, en réponse à un analyste qui lui demandait comment serait prise cette décision

La chaîne d’assemblage du 737 MAX compte plus de 600 fournisseurs, a rappelé M. Muilenburg, ce qui pose un casse-tête logistique important puisque l’entreprise doit s’assurer que ceux-ci seront ensuite en mesure de reprendre la production. Elle doit donc protéger leur situation financière.

La situation de ses propres employés et l’espace de stockage – qui commence à se faire rare en accumulant 42 avions invendus chaque mois depuis avril dernier – sont d’autres morceaux importants du casse-tête, selon la direction.

Les gammes 737 et A320 d’Airbus sont les deux modèles d’avions les plus vendus au monde, à des volumes comparables. Quatre usines produisent des A320, contre une seule pour Boeing. Celle-ci, à Renton dans l’État de Washington, compte donc l’une des plus imposantes chaînes d’assemblage au monde.

Autre difficulté

Ce n’est pas le seul problème technique auquel fait face Boeing. La certification de la prochaine version de son gros porteur 777, le 777X, est retardée par des problèmes qu’éprouve le concepteur de son moteur, General Electric.

Alors qu’elle disait toujours croire, lorsqu’elle s’adressait à la presse en juin dernier au Salon du Bourget, que le premier vol de l’appareil pourrait avoir lieu avant la fin de l’année, la direction de Boeing a officiellement repoussé cet échéancier au début de l’année 2020, hier.

Elle n’est par conséquent plus certaine de pouvoir en livrer un premier exemplaire l’an prochain.