(New York) General Electric (GE), qui a annoncé mardi la suppression d’un millier d’emplois en France, est devenu un géant aux pieds d’argile à cause de mauvais paris dans les énergies fossiles, l’immobilier et la finance et se bat pour sa survie depuis deux ans.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

La capitalisation boursière du groupe, né il y a 127 ans de la fusion d’Edison et de Thomson-Houston, avait frôlé les 600 milliards de dollars dans les années 2000.

Mardi, elle n’était plus que de 82 milliards de dollars, ayant fondu de plus de 150 milliards depuis juin 2017, date de l’annonce du départ du PDG Jeff Immelt, qui avait pris les rênes quatre jours avant les attaques terroristes du 11 septembre 2001.

Le conglomérat industriel, inventeur entre autres de l’ampoule électrique à filament, de la lampe à fluorescence, de la transmission radio, du réfrigérateur, du silicone, du réacteur d’avion, du pilotage automatique des avions ou du réacteur nucléaire civil, est qualifié depuis peu de société à la solidité financière fragile par les agences de notation. Le coût des assurances pour se protéger contre son éventuel défaut a quasiment triplé.

L’action a été éjectée du Dow Jones, l’indice vedette de la Bourse de New York, et GE en est à son deuxième PDG en moins de deux ans et a enchaîné deux années de pertes consécutives. Les autorités américaines enquêtent sur ses pratiques comptables.

Mauvaises affaires

Experts et observateurs attribuent la descente aux enfers de GE à des erreurs de management sous les 16 ans de l’ère Immelt.

Il est reproché à Jeff Immelt d’avoir effectué des acquisitions, devenues de mauvaises affaires.

De 2010 à 2014, l’ancien grand patron a réalisé au moins neuf transactions dans le secteur énergétique au moment où le prix du baril de pétrole atteignait ou dépassait les 100 dollars.

Mais quelques mois plus tard les prix ont chuté de moitié, et cela n’a pas empêché le dirigeant de fusionner en 2016 les activités de GE dans les services pétroliers avec la société américaine Baker Hughes.

En 2004, en pleine hausse des prix de l’immobilier aux États-Unis, GE a racheté pour 500 millions de dollars la société de prêts hypothécaires WMC revendue trois ans plus tard après de premiers signaux de la crise des « subprimes » née des crédits immobiliers toxiques.

GE vient d’accepter de s’acquitter d’une amende de 1,5 milliard de dollars auprès des autorités américaines pour solder une enquête concernant des crédits « subprimes » octroyés à des ménages fragiles par WMC.

Mais le plus gros échec de Jeff Immelt est sans doute l’acquisition du pôle Énergie du fleuron industriel français Alstom pour 15 milliards de dollars en 2015, plus grosse opération industrielle de GE.

Avec Alstom, GE misait sur les énergies fossiles, un pari raté car il est intervenu en pleine chute des prix de l’électricité de gros et de l’effondrement des commandes des turbines parce que les énergies renouvelables étaient devenues compétitives.

Le secteur s’est retrouvé de plus en surcapacités du fait de l’augmentation du nombre de fermetures de centrales thermiques et du développement du solaire et de l’éolien.

Autre gros échec : GE Capital, l’ancien bras financier, qui représentait 55 % des bénéfices générés par GE en 2007.

Cette société, considérée avant la crise comme la cinquième banque américaine, s’est brûlée les ailes dans la crise des « subprimes » avec des investissements risqués dans l’immobilier commercial.  Jeff Immelt s’est résolu à la démanteler en 2015.

Economies et Cessions

Outre les acquisitions, il est également reproché à M. Immelt d’avoir dépensé 93 milliards de dollars en programmes de rachats d’actions, dont la plupart (environ 80 milliards) sont intervenus au moment où le titre valait plus de 30 dollars.

Pour redresser GE, Larry Culp, premier PDG externe à GE et aux commandes depuis octobre, se repose essentiellement sur des économies et des cessions d’actifs.

Il veut réduire les coûts de la division Énergie de l’ordre de 800 millions de dollars sur les deux prochaines années.

GE a déjà supprimé 34 % des effectifs sur ses sites de Schenectady (New York) et de Greenville (Caroline du Sud).

La société, qui a également besoin d’argent frais pour honorer les échéances de remboursement de son énorme dette, est en train de céder pour 21,4 milliards de dollars ses activités bio-pharmaceutiques au groupe industriel Danaher qu’a dirigé M. Culp.

Ces initiatives et d’autres ont donné un peu de répit à l’action mais le chemin du redressement reste semé d’embûches. GE doit par exemple rembourser en 2020 une créance de 25 milliards de dollars.

« La santé financière de GE demeure une préoccupation », estiment les analystes de MorningStar.