(Paris) L’éditeur français de jeux vidéo Ubisoft fourbit ses armes pour faire face aux bouleversements en cours dans l’industrie, après une année de bons résultats, mais affiche des perspectives prudentes pour l’exercice décalé en cours (2019/20).

Julie JAMMOT Agence France-Presse

Au cours de l’exercice qui s’est achevé en mars et dont les résultats ont été publiés mercredi, le groupe a réalisé 2,029 milliards d’euros (+17,1 % en un an) de réservations nettes (« net bookings »), l’indicateur de revenus mis en avant par les éditeurs de jeux vidéo. Une performance légèrement inférieure aux 2,05 milliards attendus, mais qu’Ubisoft juge « record ».

« C’est plutôt bon, ils ont tenu leur objectif, et c’est une bonne nouvelle après les récentes déceptions de la part de leurs différents concurrents », juge Charles-Louis Planade, analyste jeux vidéo chez Midcap Partners, interviewé par l’AFP.

Tous les moteurs historiques (croissance sur PC ou sur mobile, engagement des joueurs…) progressent. Les réservations nettes sur le numérique bondissent notamment de 39 % à 1,4 milliard d’euros, soit 69 % du total, contre 58 % il y a un an.

Mais selon l’analyste, le groupe pêche un peu en termes de perspectives. Ubisoft table sur 2,185 milliards d’euros de réservations nettes pour l’exercice en cours, soit environ 8 % de croissance.

« C’est un peu une déception, cela semble un peu en-dessous de nos attentes et de celles du marché », commente-t-il.

En cause : trois des quatre jeux AAA (superproductions en haute définition) prévus pour sortir pendant cet exercice paraîtront seulement en janvier-mars 2020.  

« Ce qui m’inquiète c’est qu’on va avoir un premier trimestre en baisse, le deuxième pareil. Toute l’année va reposer sur un quatrième trimestre avec les risques associés : l’un des trois jeux pourrait glisser sur l’année d’après, c’est déjà arrivé », analyse-t-il. « C’est presque une année de transition ».

« 5 milliards de joueurs »

Ubisoft s’est donc montré prudent pour les mois à venir, aussi parce qu’il investit fortement dans sa plateforme Uplay (services et distribution en ligne), dans le streaming et l’intelligence artificielle.

L’éditeur français se prépare aussi à l’avènement des jeu en streaming, une technologie encore très rare, qui permet de jouer en ligne sans télécharger les titres.

Le groupe va pouvoir compter sur des partenaires de taille : le géant chinois Tencent (actionnaire du français à hauteur de 5 % depuis 2018), Epic Games (filiale du chinois Tencent et producteur du carton planétaire Fortnite) et Google, qui veut révolutionner le jeu vidéo d’ici la fin de l’année avec sa nouvelle plateforme, Stadia.

Côté perspective de long terme, le PDG Yves Guillemot a ainsi confirmé espérer « toucher 5 milliards de joueurs sur les 10 prochaines années », dans le communiqué.

Il parie sur la disparition des barrières « entre les plateformes et entre les zones géographiques », avec l’émergence de nouveaux modèles d’accès aux jeux.

Actuellement, le groupe a déclaré avoir atteint les 100 millions de joueurs actifs uniques (hors mobile) un « record d’engagement global », notamment grâce à des titres à succès comme les derniers opus de Rainbow Six, Assassin’s Creed et The Division.

« Les tendances sont très très favorables », valide Charles-Louis Planade, citant la croissance démographique, alors que de plus en plus de personnes jouent, hommes et femmes, à tous les âges, et dans tous les pays, plus seulement occidentaux.

Chine

Frédéric Duguet, directeur financier du groupe, s’est par ailleurs montré rassurant face au phénomène Fortnite, un jeu en ligne gratuit, lancé en 2017, qui est rapidement devenu l’un des titres les plus pratiqués.

« Ce jeu-là est principalement sur une audience jeune alors que nos jeux sont principalement sur une audience mature (les adultes de 18 ans et plus, NDLR). Certains de nos concurrents sont plus touchés par Fortnite », a-t-il estimé lors d’une conférence de presse.

Ubisoft s’est spécialisé dans les jeux AAA, mais a « clairement effectué un rattrapage dans le mobile », selon M. Planade. « Et la forte croissance mobile ne se fait pas au détriment de la croissance sur console ou PC. ça fait 20 ans qu’on entend que le PC est mort, mais on ne le voit pas ».

Le groupe s’est aussi félicité d’une progression de 62 % des réservations nettes en Asie, portée notamment par la Chine, un marché historiquement difficile à aborder pour les éditeurs occidentaux.

En tout, Ubisoft a dégagé 100 millions d’euros de bénéfice net pour un chiffre d’affaires de 1,8 milliard d’euros lors de son exercice décalé 2018-2019, après application des nouvelles normes comptables, sans comparaison possible avec l’exercice précédent.

Il table sur 480 millions d’euros de résultat opérationnel non-IFRS pour l’exercice 2019/20 en cours.